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Tunisair: Une compagnie qu'on doit préserver de la faillite

Publication: Mis à jour:
TUNISAIR
Jacky Naegelen / Reuters
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En décembre 2016, la dernière livraison du bilan de Tunisair n'est guère réjouissant.

En effet, la compagnie nationale a derechef enregistré un résultat net déficitaire de prés de 20 Millions TND.

Par voie de conséquence, en Janvier 2017, l'action de la compagnie aérienne connut une chute vertigineuse dans la bourse de Tunis.

Tous évoquent des raisons classiques telles que la difficile conjoncture économique mondiale, le terrorisme, et les conventions internationales, comme l' "Open Sky" dont la Tunisie est signataire et qui serait dure réalité en 2017.

Un concept qui vise la libéralisation totale des Espaces Aériens Commerciaux et dont l'application graduelle fut entamée en 2014.

Hélas, ces deux années de sursis, c'est pile poil pour la mise en œuvre des réformes consignées dans un plan de sauvetage conçu pour éviter à la compagnie une banqueroute qui se profile déjà à l'horizon.

Open Sky: Des privilèges pour le Qatar

En Décembre 2013, cédant aux instances du Qatar, le gouvernement provisoire tunisien octroya à la principale compagnie aérienne de l'émirat, le privilège d'exploiter l'espace aérien tunisien, à seulement une semaine de l'ouverture officielle des négociations à Bruxelles en Décembre 2013.

Une concession qui a mis à mal toutes les compagnies aériennes et en particulier les tunisiennes.

Achat d'avions et le projet de Mghira

En Mai 2008, lors de sa dernière visite officielle en Tunisie, l'ex-président français avait conclu un très juteux contrat avec la Tunisie pour la vente de seize (16) nouveaux appareils pour le pharaonique montant de 1 Milliard € soit prés de 2 500 Millions TND.

A l'époque, le G8, dont la France est membre, avait cautionné le contrat d'achat en promettant des fonds à la Tunisie.

A titre de gratification, un accord fut conclu pour l'implantation d'une usine de pièces avioniques dans la zone de Mghira.

Un mégaprojet qui promettait la création de 1 500 emplois directs à l'horizon 2015.

Un autre projet qui patauge comme tant d'autres.

Un plan de redressement ou un plan de licenciement?

Dans les années 2000-2001, quand j'avais dimensionné une compagnie aérienne privée, l'effectif nécessaire pour exploiter un (1) avion avait été évalué à 100 agents: Personnel Navigant Technique et Commercial, Personnel au Sol, Catering, Staff Technique et Administratif.

En 2013, Tunisair comptait un effectif de 8 500 agents pour une flotte de 34 avions: Soit 250 agents par avion!

Ainsi, en appliquant la magique règle de trois, seulement 3 400 agents seraient suffisants pour l'exploitation de 34 avions, soit un sureffectif de 5 100 agents!

Dans la foulée, en Décembre 2012, les responsables de cette compagnie annoncent l'élaboration d'un plan de redressement.

Un plan de redressement aux allures d'un plan social, qui prévoit, dans une première phase, le licenciement de 1 700 salariés, soit un reliquat de 3 100 agents.

Les grandes lacunes du plan de redressement annoncé

Cependant, Tunisair a encore raté la marche, les résultats le prouvent, car des points cruciaux auraient du être inclus dans ledit plan. Des points que j'avais énumérés dans d'autres publications.

J'en citerais, ci-après, les plus importants:

  • Élaboration d'un Business Plan Triennal révisable annuellement.
  • Augmentation du capital pour le financement du plan de modernisation de la flotte selon un plan préétabli et la mise en œuvre des réformes structurelles et organisationnelles.
  • Suppression temporaire des bureaux à l'étranger non rentables, centre de coûts important, en ayant recours à la sous-traitance.
  • Développement d'une politique commerciale agressive en concluant des conventions avec les principaux Tours Opérateurs européens de concert avec les fédérations professionnelles du tourisme et de l'hôtellerie.
  • Développement de l'activité Leasing des appareils: en Wet Lease et en Dry Lease, pour les pays et/ou les compagnies aériennes qui ne peuvent investir dans de nouveaux appareils.
  • Relancement d'une compagnie Chater Low Cost qui serait d'un grand appoint à la compagnie dans certains marchés niches. Cette compagnie servirait d'éclaireur pour développer plus tard des marchés potentiels avant de lancer des lignes régulières.
  • Recours au Hedging pour le Kérosène, un important centre de coûts, pour s'approvisionner en carburant, et éviter ainsi les aléas du marché.
  • Redimensionnement de la compagnie en élaborant une Loi des Cadres pour arrêter le personnel nécessaire pour gérer 20 avions.
  • Recrutement de personnel saisonnier, sous contrat CDD selon l'activité, à l'instar des transporteurs privés.
  • Reprogrammation de la livraison des nouveaux avions, en négociant avec les avionneurs et les assureurs de crédit.
  • Instauration d'un système de comptabilité analytique pour une meilleure utilisation des ressources.
  • Développement de centres de révisions techniques en partenariat avec les compagnies privées de la place et réduire ainsi les coûts d'entretien cycliques.
  • Constitution d'un stock commun de pièces avioniques de rechange et de consommables en faisant pot commun avec les compagnies privées tunisiennes et/ou étrangères.
  • Rééchelonnement des dettes de la compagnie avec ses créanciers et activer le recouvrement des impayées.
  • Cession d'une partie des actions du capital social pour le financement du plan.

Pour sauver la compagnie nationale, il est requis de faire des sacrifices qui doivent être consenties par tout le personnel de la compagnie et un engagement inconditionnel de l'Etat.

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