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Islam et droit du travail

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Jacky Naegelen / Reuters
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J'ai rédigé ce billet, avec l'espoir de gommer les biais entre l'Islam et le syndicalisme.

Le syndicalisme dans le monde arabe

Le mouvement syndicaliste, très imprégné de socialisme, s'est essentiellement opposé à l'exploitation des travailleurs par le capitalisme sauvage, à l'oppression communiste, et au totalitarisme.

Les organisations syndicales du monde arabe ont presque toutes vu le jour après la seconde guerre mondiale avec la naissance des mouvements de lutte pour l'indépendance et avec l'appui de l' "Internationale Socialiste":

Le syndicat historique tunisien fût fondé en 1946 avec l'appui de la Zitouna alors épicentre des contestations anticolonialistes.

Depuis 1956, ces organisations se sont regroupées dans la CISA (Confédération Internationale des Syndicats Arabes) siégeant dans la capitale Syrienne depuis 1977.

Cependant, dans les pays arabes, très peu parmi ces organisations syndicales étaient considérées comme indépendantes, démocratiques et représentatives.

Par voie de conséquences, une deuxième organisation syndicale, couvrant une partie du monde arabe, fut fondée en 1989: l'Union Syndicale des Travailleurs du Maghreb Arabe (USTMA) dont le siège est à Tunis.

Vu du prisme syndical, deux cas extrêmes sont illustrés par:

• L'Arabie Saoudite, où toute activité syndicale est proscrite.
• Le Liban, où les syndicats font et défont les gouvernements.

Sans omettre certaines pétromonarchies, bien que appliquant la Charia, et signataires de plusieurs textes sur le droit du travail au niveau international, s'en accommodent à leur façon, et quelle façon!

La dignité du travailleur dans l'Islam

L'Islam voit la relation employés-employeurs comme une relation de "fraternité".

Une relation d'égal à égal où chacun a des responsabilités envers l'autre: un nouveau paradigme moderniste plein d'enseignements.

Le prophète Mohammed dit à ce propos: "...vos serviteurs sont vos frères sur lequel Allah vous a donné autorité. Alors si quelqu'un a un frère sous son contrôle, il doit le nourrir comme il se nourrit lui-même, l'habiller comme il s'habille lui-même. Vous ne devez pas les accabler par plus qu'ils ne peuvent supporter, mais si vous le faites, aidez les dans leurs dures corvées...". (Mouhammad al-Boukhârî)

Quel meilleur exemple que celui du prophète Mohammed qui prenait ses repas avec son serviteur Anas Ibn Malik, en s'asseyant avec ce dernier à même le sol.

Les émoluments du travailleur

Le premier droit fondamental d'un travailleur est celui à la compensation, en nature ou en numéraire, en retour de son travail.

Un hadith précise que: "...le jour du jugement dernier, Dieu châtierait toute personne qui emploi un travailleur qui s'acquitte des tâches qui lui sont assignées, sans le rétribuer pour son labeur..." (Mouhammad al-Boukhârî)

Dans ce sens, les paroles du prophète Mohammed sont sans ambages quand il recommandait de donner au travailleur son dû sans retard, et les émoluments doivent être à la mesure des efforts consentis : "...les employés doivent être payés avant que la sueur de leur front ne sèche..." (Mouhammad al-Boukhârî)

Le droit au congé dans l'Islam

Les travailleurs ne doivent pas être usés par le travail. Ils ont le droit à un repos physique et mental.

Le prophète Mohammed a recommandé de donner à son corps sa part de repos: "...votre corps et votre famille ont des droits sur vous..." (Mouhammad al-Boukhârî).

Aussi, a-t-il recommandé de traiter décemment les travailleurs et de préserver avant tout leur dignité.

Le droit au travail et les droits du travailleur dans l'Islam

Les syndicats sont créés pour défendre les droits des travailleurs, l'Islam en a, précocement, jeté les fondements.

Le juriste musulman Mouhammad al-Boukhârî recommande que les émoluments devraient être "... au moins suffisants pour que les employés puissent subvenir à tous leurs besoins essentiels ainsi que ceux de leurs familles...".

Ironiquement, dans le monde musulman, les lois régissant les droits des travailleurs sont relativement récentes.

Des principes similaires sont mis en exergue dans "La Déclaration du Caire sur les Droits de l'Homme dans l'Islam". Droits adoptés par les États membres de l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI) en 1990, en se référant essentiellement à la Charia: "Tous les travailleurs, ont droit, sans discrimination entre hommes et femmes, à un salaire juste et versé sans retard, aussi aux allocations des congés et aux promotions qu'il méritent. De son coté, le travailleur doit se dévouer à son travail et l'accomplir méticuleusement...".

De son coté, la Ligue des États Arabes stipule dans sa "Charte Arabe des Droits de l'Homme":

"Le droit au travail est un droit naturel pour chaque citoyen. L'État se doit de fournir, dans la mesure du possible, un travail pour le plus grand nombre de ceux qui manifestent leur intérêt de travailler, en assurant la production, la liberté de choisir son travail avec une égalité des chances et une équité dans les opportunités, sans discrimination aucune, de race, de couleur, de genre, de culte, de langue, d'opinions politiques, de nationalité, d'adhésion à un syndicat, d'handicap ou toute autre situation ...".

L'Islam a été pionnier dans la valorisation du travail, comme une activité enrichissant l'esprit, et qui rapproche l'homme de son créateur et lui préserve sa dignité.

Cependant, dans le syndicalisme traditionnel, inspirée de l'Occident, le labeur est considéré principalement comme une activité physique et/ou intellectuelle à valeur ajoutée rémunérée.

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