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La Tunisie exporterait plus de pétrole conventionnel qu'elle n'en produit, avec des réserves qui s'épuiseraient avant 2030!

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Quand un pays ne dispose pas d'un stock, hors production, d'un quelconque bien, peut-il en exporter plus qu'il n'en produit?

La réponse est éminemment négative, élémentaire, diriez-vous.

Et si d'aventure la réponse est affirmative, comment est-ce possible? La réponse n'est certainement pas simplement économique.

Dans ce qui suit, je vais essayer de lever un bout du voile sur le dossier du pétrole tunisien, avec des données à l'appui, sans spéculer sur les explications ni les conclusions.

La Tunisie Exporte plus qu'elle ne Produit!

Ce phénomène est surtout observable à partir de l'année 2010 avec une tendance croissante:

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Source: Indexmundi.com

Avec la quasi-certitude que la Tunisie ne dispose pas d'un stock de pétrole brut pour l'exporter,et comme l'illustre le tableau ci-dessous, n'en importe pas assez pour couvrir ses besoins réels, pour cause de sa faible capacité de raffinage, il lui est logiquement impossible d'en réexporter.

En 2012, la Tunisie a exporté 6 000 barils/jour en excès de sa production.

Et d'ajouter, en 2011 la Tunisie a exporté 7 000 barils/jour en surplus de sa production, mais n'en a importé que 6 000, dans le cas extrême, même si tout ce qui a été importé a été réexporté, moyennant des bénéfices en retour, les chiffres ne concordent toujours pas.

Les chiffres le démontrent avec éclat.

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Source: Indexmundi.com

(*) Le reliquat des besoins est importé sous forme de produits finis, essence, gasoil, kérosène, etc....

Besoins en carburant pour moteurs: Rôle de la contrebande

La Tunisie n'exportant ni de l'essence ni du carburant pour moteurs à combustion (Motor Gasoline), on peut dresser le tableau suivant :

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Source: Indexmundi.com

Durant la période 2003-2005, soit avant la révolution, la Tunisie a importé, officiellement, moins de carburant que ses besoins en consommation.

Une question s'impose: Comment ce déficit a-t-il été comblé? Par la contrebande!

En général, depuis 2006, l'État a importé moins que les besoins réels du pays, au lecteur de faire ses propres conclusions.

Et d'ajouter, selon les données disponibles, la Tunisie n'a pas produit du carburant ni en 2011 ni en 2012, tous les besoins ont été importés, avec toujours un déficit de 1 000 barils/jour en 2012.

Les réserves en pétrole brut conventionnel extractible: Seulement 400 Millions de barils!

Par définition, les réserves de pétrole brut, sont la quantité de pétrole économiquement et techniquement extractible.

Jusqu'à 2006 les réserves sont estimées à 300 Millions de Barils.

Après la découverte de plusieurs champs pétroliers, la réserve a évolué pour atteindre les 400 Millions de Barils seulement, contrairement aux chiffres astronomiques avancés par certains qui tombent dans le domaine de l'exagération et de la fiction.

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Source: Indexmundi.com

Ce qui revient à dire, que pour une production journalière de 100.000 barils/jour, une capacité jamais atteinte, ces réserves seraient épuisées dans 12 ans, soit horizon 2030, si d'ici là d'autres gisements ne sont pas découverts!

Après 2030, on s'intéresserait, peut-être, aux hydrocarbures non conventionnels, qui sont disponibles en abondance dans tout le territoire tunisien (voir ma publication du 18 mars 2014), ou se résignerait-on à devenir un pays exclusivement importateur: une catastrophe économique dont on ne peut encore estimer l'ampleur!

Augmenter la capacité de raffinage

Pour contrecarrer la contrebande, créer plus d'un millier d'emplois permanents, et réduire les importations en produits raffinés qui s'élèvent à plusieurs Milliards USD, la Tunisie doit reconsidérer sérieusement l'augmentation de ses capacités de raffinage et de traitement du pétrole brut, soit par l'extension de la raffinerie de Bizerte, soit par la construction d'une nouvelle pour un investissement initial de prés de 2-3 Milliards TND.

En 2012, la Tunisie a consommé prés de 85 000 baril/jour, ce qui donne un besoin de raffiner de prés de 4 Millions de tonnes annuellement.

Or la STIR, la seule raffinerie de la Tunisie, a une capacité de raffinage de seulement 1.75 Millions de Tonnes soit 35 000 Barils/Jour, ce qui couvre à peine la moitié des besoins en produits raffinés et dérivés.

Le maximum de sa production a été de 1.742 Millions de Tonnes en 2007, et selon les dernières données disponibles, 1.6 Million de Tonnes en 2014.

Pour l'heure, les protestataires se tiennent droits dans leurs bottes, et ne sont pas prêts d'abandonner leur quête de la vérité sur ce dossier qui désormais revêt aussi un aspect politique.

Hélas, la machine à rumeurs tourne à plein régime, et le manque de transparence entame la confiance dans l'exécutif.

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