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Tunisie: L'Enseignement est à 80% hors normes

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L'épineuse question de la qualité de l'enseignement en Tunisie, a été toujours traitée avec une approche plus politique que technique: C'est la raison des résultats très mitigés de toutes les réformes y compris celle entamée en grandes pompes en 2015.

A vrai dire, l'unique sérieuse évaluation de la qualité du système éducatif national, avec des indicateurs scientifiquement définis, a été conduite en 2004, il y a 13 ans!

Cette évaluation a été menée dans le cadre d'un projet à la hauteur des ambitions du pays: La mise en place d'un système qualité dans les établissements scolaires.

En 2003, après les piètres performances de nos élèves dans les évaluations Internationales périodiques: PISA, TIMSS, il a été décidé, de mettre en place un système de management de la qualité dans le dispositif éducatif national tunisien: Une courageuse et sage décision politique.

Le pilotage et la conduite du projet m'avaient été confiés de concert avec une équipe de compétences nationales confirmées triées sur le volet.

Le système qualité dans les établissements scolaires se ramifie en six (6) domaines d'intervention, à savoir:

  1. Réalisation des Apprentissages.
  2. Organisation de la Vie Scolaire.
  3. Pilotage de l'Établissement Scolaire.
  4. Gestion des Ressources Humaines.
  5. Gestion du Budget.
  6. Gestion des Ressources Matérielles.

Réalisations et résultats de l'audit qualité

Durant la période 2003 - 2007, les balises essentielles du projet ont été mises en place.

Les plus importantes sont:

  1. Élaboration d'un référentiel national de la qualité.
  2. Élaboration d'un fascicule de mesure de la qualité.
  3. Formation d'un premier noyau de vingt (20) auditeurs qualité du système éducatif tunisien formés selon des critères internationaux.

Une première en Afrique et dans le monde arabe: Les diplômes des auditeurs qualité sont frappés du prestigieux sceau DAVA: "Dispositif Académique de Validation Des Acquis".

Octobre 2004, le ministre de l'Éducation, a chargé une équipe d'Inspecteurs pédagogiques et d'inspecteurs administratifs et financiers chevronnés, de faire un audit qualité de neuf (9) établissements scolaires couvrant les trois (3) cycles de l'enseignement.

Les établissements scolaires sélectionnés étaient alors considérés comme les fleurons du réseau scolaire tunisien.

"...Un audit qui s'inscrit dans les annales du ministère de l'Éducation pour sa rigueur et sa démarche scientifique..." me confia la cheffe de mission d'un bailleur de fonds international, qui par ailleurs recommanda au ministère de l'Enseignement Supérieur de s'inspirer de cette unique expérience.

Hélas, les résultats étaient tout sauf glorieux.

En effet, les résultats de l'audit, ont levé un bout du voile sur une situation gravissime du dispositif éducatif national:

  • 22% des standards qualité sont respectés au niveau global.
  • 11% des standards qualité relatifs à la réalisation des apprentissages sont respectés.
  • Le taux global le plus bas, soit 13%, a été mesuré dans les écoles primaires.
  • 54% des standards qualité sont partiellement respectés. Une preuve indéniable, qu'avec une bonne volonté politique, plusieurs failles et dysfonctionnements peuvent être corrigés.
  • Au demeurant, en ce qui concerne le domaine de pilotage de l'établissement, 44% des standards qualité sont respectés. Un indicateur très positif à inscrire au crédit de l'administration des établissements scolaires.
  • Le plus bas pourcentage a été enregistré dans le domaine de la gestion des ressources matérielles.

Un modeste 4% des standards qualité étaient respectés.

Ces chiffres nous laissent pronostiquer une situation déplorable pour le reste des établissements scolaires en 2017, soit treize (13) ans après?

Il est patent que l'école s'acquitte mal de ses missions. Une responsabilité amplement partagée entre décideurs, enseignants, administration, parents, élèves et syndicats.

Hélas, depuis l'indépendance, telle Penelope, nous essayons toujours de tisser le jour la toile que nous avons pris un malin plaisir à défaire la nuit.

L'Enseignement et l'Education ne doivent aucunement se prêter aux jeux des politiques: Nul n'a le doit d'hypothéquer l'avenir de nos enfants.

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