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Voyager hors des sentiers battus, rencontre avec "Moments in time"

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C'est par le plus grand des hasards, un ami commun en fait, que j'ai découvert Imèn Moussa.

Ce qui m'a tout de suite intrigué dans ses photos/carnets de voyage c'était la poésie qui s'en dégageait et surtout les lieux immortalisés. Entre destinations mainstream et pays à découvrir, l'angle choisi semble toujours être celui d'une poésie naïve, mais loin d'être ingénue. Rencontre.

Bonjour. Présentez-vous.

Bonjour, pour faire dans le formel je dirai que je suis une tunisienne de trente ans, originaire de Bizerte et installée à Paris depuis 6 ans. Je travaille dans l'éducation et je prépare une thèse en littératures francophones dont le sujet porte sur la situation de la femme dans Maghreb contemporain.

Mais si je pouvais me présenter autrement je dirais que je suis une femme qui se cherche dans le monde et par le monde. À vrais dire mes documents d'identité peuvent vous informer sur la forme: mon nom, mon prénom ou encore ma nationalité. Mais, ce que je suis vraiment est un "fond" en perpétuelle construction. C'est peut-être pour cette raison que j'ai choisi le voyage comme outil à cette quête de mon "ÊTRE".

Comment est venu votre désir de voyager?

Comme je le disais précédemment, mon désir de voyage est venu essentiellement de mon désir de me positionner dans ce monde et de m'approcher de plus près de mon véritable MOI.

En réalité, lors de mon travail associatif auprès de réfugiés politique et demandeurs d'asile en France, j'ai ouvert mes yeux sur l'existence d'un ailleurs. En tant qu'enseignante bénévole de FLE, j'ai eu l'occasion de fréquenter des personnes issues de cultures et de milieux si différents. Cette expérience humaine m'a donné ce que j'appelle aujourd'hui "le gout des autres". J'ai découvert mon ignorance de l'Autre, j'ai surtout compris qu'il y'avait dans cet univers tant de choses à explorer à découvrir et à partager. Depuis, dès que l'occasion se présente, je sillonne les routes pour faire la connaissance des Autres.

Vous alternez entre destinations "touristiques" et destinations atypiques? Est-ce une résolution ou le hasard?

Le choix de mes destinations résulte généralement de rencontres, de lectures, ou tout simplement d'un emboîtement de coïncidences. Parfois je rencontre des personnes qui me parlent avec tant d'amour de leur pays d'origine et des endroits qui les ont bercés. Leurs récits titillent ma curiosité et je m'embarque dans des aventures parfois atypiques et fortes en sensations. Ce fut le cas pour mon grand tour du Caucase.

Parlez-nous un peu de l'Iran? Ressemble-t-elle à l'image véhiculée par les médias occidentaux?

J'ai toujours été fascinée par la culture persane et par l'héritage de la perse antique. Lorsque j'ai commencé les formalités d'usage pour mon voyage, j'avais beaucoup d'appréhensions par rapport aux règles à suivre et aux codex de conduite une fois dans le pays. J'avais une certaine peur qui se dissimulait tant bien que mal derrière mon grand enthousiasme. Il faut dire qu'avec l'embargo imposé depuis des années à ce pays et sa politique de fermeture, les gens ignorent le véritable visage de l'Iran. Avant mon départ, j'ai eu le droit à beaucoup de commentaires comme "Tu es vraiment folle, il y'a la guerre chez eux!", "Pourquoi tu ne pars pas au bord de la mer, c'est beaucoup mieux que de s'infliger le port du tchador", "Est-ce que tu vas pouvoir revenir vivante? La république islamique procède souvent à des arrestations arbitraires, fait attention à ce que tu diras dans la rue", "Ils n'aiment pas les sunnites, tu dois être prudente". Bon, remercions les médias pour cette séduisante réputation.

Pour ma part, je dirai que l'Iran est un pays bouleversant dans tous les sens du terme. La première chose qui nous frappe est incontestablement l'accueil des iraniens. Je suis partie avec un groupe d'amis, lorsqu'on interpellait un passant pour chercher un restaurant, la personne nous accompagnait, nous y invitait et parfois insistait pour payer notre addition. Ils sont d'une bienveillance immodérée. Les iraniens n'hésitent pas une seconde à t'inviter chez eux pour y séjourner ou simplement pour boire un thé et discuter de tout et de rien. La plus part des iraniens critiquent la rigidité de leur gouvernement et montrent une grande joie de vivre et de partage. Ils ont d'une grande tolérance dans la pratique de la religion et les lois imposées par leur gouvernement les infligent beaucoup.

Une petite anecdote témoigne de cet esprit critique: Nous étions dans le wagon mixte du métro de Téhéran. Le foulard de mon amie a glissé de ses cheveux pour atterrir sur ses épaules sans qu'elle ne s'en aperçoive. Lorsqu'elle l'a remarqué, mon amie a commencé à me réprimander à haute voix car je ne l'ai pas avisé de la disparition de son foulard (il faut dire que la police des mœurs n'est jamais loin). Un iranien présent non loin de nous a compris ce qu'elle me disait et il a répondu à haute voix: "Vos cheveux sont allergiques au foulard et vous n'êtes pas la seule. Ne vous inquiétez pas, tout l'Iran en est allergique". Tous les voyageurs se sont éclatés de rire.

C'est ça l'Iran, un rire aux éclats par-dessus les lois.

L'Iran c'est aussi cette étrange sensation d'être envahis par des siècles et des siècles de culture. L'un des moments inoubliables de mon séjour fut ma visite du site de Persépolis qui réunit toute la puissance de la civilisation persique. Le séjour dans la ville d'Ispahan avec ses majestueuses mosquées, sa place Naghsh-e Jahan et ses palais dignes des mille et une nuits est un autre temps fort de mon voyage.

C'est vrai qu'il existe quelques règles de vie à suivre quand on visite l'Iran. Mais, lorsqu'on est dans la mosquée rose envahis par les lumières de ses vitraux et lorsqu'on s'enivre de musiques traditionnelles dans les jardins du tombeau des poètes en présence de l'esprit de Hafez nous arrivons à percevoir le véritable visage de l'Iran, celui de la joie de vivre, celle qui qui se partage même avec des inconnus.

Quid de l'Arménie?

L'Arménie est un pays de l'Asie occidentale qui reste assez méconnu des voyageurs. Ses terres portent une lourde douleur. Celle-ci est visible dès l'arrivée à Erevan avec la visite de son mémorial du génocide. Pour les amoureux de la nature, le pays offre une richesse naturelle et des édifices à couper le souffle comme le monastère d'Haghpat, d'Alaverdi ou de Tatev.

Personnellement, j'ai apprécié les villages paisibles comme Dilijan où j'ai eu l'occasion de faire du bénévolat dans une ONG locale pour promouvoir le tourisme local en balisant des sentiers pour les randonneurs. En effet, le meilleur moyen de profiter de la région du Caucase c'est de faire des randonnées ou des trekkings de quelques jours. C'est ainsi que j'ai eu l'opportunité de faire du camping au bord du lac Sevan. Enchâssé entre les montagnes et perché à 1950 mètres d'altitude ce lieu est une bénédiction pour les amateurs de méditation.

L'Azerbaïdjan est parait-il un pays magnifique. Vous confirmez?

L'Azerbaïdjan est le pays de tous les contrastes. La capitale Bakou ressemble beaucoup aux grandes capitales européennes avec une architecture impressionnante où les gratte-ciels, les édifices modernes et les magasins de luxe côtoient de très près la vieille cité médiévale. La touche soviétique est très présente dans l'infrastructure et particulièrement dans les métros qui ressemblent à de véritables musées.

Malheureusement je ne suis adepte de ce genre de paysage au luxe parfois insolant. De ce fait, j'ai préféré fuir le fracas de cette somptueuse capitale pour me réfugier dans les villages de la montagne. Gandja, Shaki, Lerik ou encore Quba offrent des paysages grandioses, une nature riche et un patrimoine d'exception. Le temps semble s'être figé dans ces petits villages comme celui de Lerik connu pour ses maisons en pierres taillées. Ce village de chaudronnier avec ces vues imprenable sur la rivière et la montagne offre un cadre idyllique pour ceux qui cherchent l'inspiration et la paix de l'âme.

Y'a-t-il un rapport entre vos études et cette boulimie de voyage?

Dans mon travail de thèse j'aborde la situation de la femme arabo-musulmane moderne et son rapport au monde. Malheureusement nos sociétés, et dépit de la modernité observée ces dernières années, demeurent foncièrement hostiles et réticentes face aux femmes qui voyagent seules. La plupart des gens rejette cette culture du voyage, surtout quand une femme décide de conquérir l'espace extérieur et aller au-delà des frontières.

C'est peut-être un défi que je me lance que de vouloir toujours aller plus loin ou c'est peut-être une revanche que je cherche à prendre sur toute une mentalité qui souhaiterait réduire la femme dans l'espace de l'intérieur et du dedans ! Est-il dangereux pour une femme seule d'aller voir ce qui se passe de l'autre côté du monde? À méditer.

Quel est le pays qui a le plus marqué et pourquoi?

Ce n'est pas vous répondre dans la diplomatie que de vous dire que tous les pays que je visite me marquent à leurs manières. Parfois, c'est un paysage que je garde en moi, parfois ce sont des accents, parfois c'est une mésaventure et parfois une rencontre avec des inconnus qui deviennent de véritables amis. Chaque pays laisse en moi son emprunte particulière.

Je dis souvent à ceux qui me demandent conseil pour fixer leur destination que l'essentiel c'est d'oser. Oser partir à l'aventure et vous rentrerez marquer à jamais.

Pour moi et pour n'en citer qu'un seul exemple, ce fut ma rencontre avec les nuages de la chaîne montagneuse du Caucase. Après des heures et des heures à grimper une montagne assez hostile, mon corps commençait à souffrir de la chaleur et de la fatigue. Les effets de l'altitude se faisaient aussi sentir. Mais, lorsque nous avons atteint le village de Khinalug situé à 2500 mètres d'altitude et que nous étions encerclé par les nuages de tout cotés j'ai senti une étrange renaissance, une purification de mon âme.

Je sais que je ne suis pas descendue la même Imèn de ces montagnes.

Vous tenez un compte Instagram "Moments.in.times". C'est pour quand le carnet de voyages?

Le choix de publier mes photos de voyages sur Facebook et sur Instagram est motivé par la réaction de ceux qui me suivent. Mon entourage m'a encouragé à partager d'avantage mes souvenirs en disant "Tu nous fais rêver, continue". Même si mes prises sont le fruit d'un geste amateur n'obéissant à aucune règle de la photographie, mais l'âme du moment vécu semble leur parvenir.

Depuis, des inconnus se mettent à m'écrire pour me demander des conseils de voyages, des recommandations d'itinéraires, de bons plans... D'autres personnes me suggèrent de tenir un blogue pour y consigner mes aventures ou encore d'écrire mes carnets de voyages. Je vous avoue que l'idée est en train de germer et même de prendre forme.

Que peut-on vous souhaiter pour l'avenir?

Vous pouvez me souhaitez à moi, ainsi qu'à toute autre personne un avenir sans frontières. Quand je dis frontières, je parle de ces barrières géographiques que l'on s'impose les uns aux autres au nom de je ne sais quelle raison, au nom de je ne sais quelle loi, et au nom de je ne sais quelle idéologie.

Nous remarquons que les Hommes sont perpétuel désaccord. Les gens qui se font la guerre simplement parce qu'ils s'ignorent : je ne te connais pas, je dresse entre toi et moi une barrière encore plus grande et je reste dans mon coin à te détester, à te fuir et à vouloir te nuire. Alors, souhaitez pour l'avenir de tous, l'abolition de ces frontières mentales et physiques.
L'ignorance de l'Autre assombri notre chemin. Souhaitez nous des chemins en lumières.

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