Farouk Bahri

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Humeurs de Farouk: Égypte ou la "morsi" rapide d'un mandat

Publication: 08/07/2013 23h25

Chers lecteurs, peut-on parler "calmement" de la situation en Égypte? Il semblerait que non. Les jeux sont faits, soit vous êtes pour, soit vous être contre. Encore une fois, la politique rejoint cette opposition binaire qui a marqué, marque et marquera toujours l'histoire humaine: Beatles ou Rolling Stones, Lacoste ou Ralph Lauren, Mercedes ou BMW, fromage ou dessert, thé ou café... Souvenons-nous de la fameuse phrase de George W. Bush: "Ou vous êtes avec nous, ou vous êtes contre nous".

Prenons quand même le risque.

Tahrir le retour

Les Égyptiens se sont donc soulevés à nouveau contre Morsi et les Frères musulmans. Le peuple a, à nouveau, pris son destin en main à travers le mouvement "Tamarod" qui revendique plus de 20 millions de signatures sur sa pétition appelant à la destitution du président Morsi. Rappelons tout de même que les électeurs avaient voté à près de 50 % pour Morsi et 25 % pour un parti proche du mouvement salafiste Al Nour. Soit 75 % des sièges de l'Assemblée pour des partis islamistes. Tamarod! Donc ça, c'est la version officielle: un mouvement populaire spontané qui s'est organisé contre la main mise d'une dictature islamique en devenir.

Maintenant quelques questions méritent d'être soulevées :

  • Tamarod a été crée en avril 2013 et aurait totalisé en l'espace de deux mois plus de 22 millions des signatures. Qui a vu cette pétition et ses millions de signatures?
  • Le soulèvement spontané permet aux manifestants d'avoir les mêmes pancartes rouges, cartonnées et plastifiées portant le même slogan.
  • L'armée, qui, il faut le dire, détient des pans entiers de l'économie égyptienne, l'armée qui a été impliquée dans des répressions violentes durant toute l'année 2011, l'armée qui a torturé encore et encore durant les mandats successifs de Moubarak, l'armée, enfin, qui déteste les Frères musulmans. L'armée, donc, s'érige en défenseur du droit du peuple et exige de Morsi qu'il trouve une solution... pour le destituer 48 heures plus tard, l'arrêter et dissoudre l'Assemblée, nommer un nouveau président et mettre comme Premier ministre un opposant qui appartenait peut-être de loin au clan Moubarak.
  • L'Occident, au début, dit "Olalalala c'est pas bien". Puis, peu après, "prend acte" du nouveau président. Donc, finalement c'est bon, c'est fait, nous sommes d'accord.
  • Même le cheikh Tamim, nouvel émir du Qatar a confirmé vouloir continuer à soutenir l'Égypte. Si même le Qatar s'y met...

Ajoutons quand même qu'en l'espace de quelques jours près de 150 femmes ont été victimes de viol. Des violences à l'égard des femmes qui semblent devenir une "tradition" en Égypte. Et, pour le moment, bilan provisoire oblige, près de 25 morts depuis la destitution de Morsi.

Et la Tunisie dans tout ça ?

En Tunisie, un mouvement Tamarod est né avec près de 170 000 signatures! Puis, trois jours plus tard on nous explique que c'est 16 000. Sans surprise Ennahdha condamne un coup d'état, sans surprise Nidaa Tounes soutient le peuple égyptien, et sans surprise les Tunisiens continuent à vivre leur vie. Comme me le faisait, ironiquement, remarquer un ami:

"A la plage, dans les rues, les cafés, les restos, dans les grandes surfaces à l'approche de ramadhan... Tu sens vraiment comme un goût de révolution dans l'air."

Le général Ammar ayant quitté le navire, on voit mal l'armée soutenir un mouvement citoyen. L'intervention de l'armée me fait penser à deux citations. Celle de Roger Martin du Gard, "L'esprit de la révolution sera trahi par l'esprit militaire", et surtout celle de Napoléon Bonaparte : "Dans les révolutions, il y a deux sortes de gens: ceux qui les font et ceux qui en profitent".

 
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