Farouk Bahri

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Humeur de Farouk: Comment utiliser le "Zawali"?

Publication: 27/10/2013 20h07

Que reste-t-il de ce printemps arabe, de ces "dégage", de ces nuits passées à surveiller les quartiers, à s'entraider, à considérer que la Tunisie passe avant tout et vraiment avant tout?

Fête sanglante

C'est devenu une sorte de coutume macabre, innommable, répugnante. Chaque "fête" tunisienne entraine son lot de cadavres. Alors que le peuple tunisien essaie de colmater les brèches d'un espoir de plus en plus utopique, "des parties contre ou pour le gouvernement, nationales ou étrangères ou des extraterrestres" mettent à mal le peu de stabilité qui reste, ou plutôt le soupçon de stabilité que l'on croit encore avoir.

Et comme souvent, comme toujours, ceux sont les plus faibles, les moins protégés, ceux à la marge des grandes villes qui paient le lourd tribut.

Jeune et "Zawali"

On le sait, il vaut mieux être "riche, beau et en pleine santé". Maintenant, en Tunisie c'est encore plus vrai. Et le "Zawali" est celui qui paie l'addition, lourdement, stupidement, inhumainement.

Ce qui interpelle demeure surtout le sensationnalisme de nos médias. Des médias n'hésitant pas à filmer de gros plans dégoulinants de compassion apparente, en réalité marqués au fer rouge du mépris pour les souffrances des "Zoueoula". Des "Zoueoula" qui ne sont jamais évoqués durant le reste de l'année. On les ressort de temps en temps quand il faut apitoyer les gens, faire de l'audimat, et vendre de l'espace publicitaire quand il le faut. La souffrance, c'est tellement vendeur. Imaginez donc! De jeunes soldats, policiers, tués par des sauvages et laissant derrière eux des parents dans le désarroi, des femmes avec des enfants en bas âge. Le rêve de tout média avide de sensationnalisme. Un peu de violon, quelques ralentis, des images en noir et blanc... coupez! C'est dans la boîte!

Des "Zoueoula" que l'on ressort à chaque catastrophe. Des "Zoueoula" qui l'ont faite, la révolution, qui l'ont payé au prix fort. Des jeunes appartenant aux régions dites de "l'intérieur". En fait, pour l'Etat, il s'agit de régions de l' "inférieur", quantités négligeables au service des villes côtières et de la capitale.

Ce qui m'interpelle, en tant que citoyen tunisien, c'est qu'à chaque fois il s'agit de jeunes, des "bleus" lancés comme ça, sur la base d'informations erronées, pour servir de chair à média, de viande morte pour les politiciens, et leurs os serviront à bâtir les programmes vides de nos futurs ex-dirigeants ou ex-futurs dirigeants.

Pourquoi sacrifier ainsi la jeunesse de ce pays? Qu'avons-nous à offrir aux jeunes aujourd'hui, si ce n'est de la haine, du mépris, un cauchemar éveillé?

Qu'ont donc à offrir nos "boulitik"?

L'indécence politique

Soldats et policiers stationnent dans les rues, la poussière et la crasse avec des voitures datant de la seconde guerre mondiale. Alors oui, il faut redéfinir les priorités en Tunisie et, en tant que contribuable dont la fiche de paie est pompée tous les mois pour nourrir les députés, j'estime que mon argent devrait être mieux utilisé, pour ma sécurité par exemple.

Ces députés touchant des salaires faramineux, ces ministres au service du peuple... Il suffit de passer devant la Kasbah pour y apercevoir un défilé de berlines allemandes récentes. Et qu'on arrête de nous dire que la Tunisie n'a plus les moyens! Le restaurant des députés tourne à plein régime, les séances plénières sont vides. Les députés ont été élus pour voter des lois et non débiter, tels des perroquets, les mêmes inepties, les mêmes termes avec les mêmes intonations aux accents soi-disant patriotiques dégoulinant de misérabilisme affecté, mâtiné de mépris pour ceux-là mêmes qui ont voté pour eux.

Que dire de cette indécence politique? Cette capacité assez surréaliste à récupérer, à racler les fonds de poubelles pour en sortir un message politique, un vecteur idéologique où dominent le néant intellectuel, le zéro absolu du civisme et l'intérêt personnel...

Que penser des politiques lorsque, le jeudi soir, alors que le sang des policiers continuait à couler, deux représentants de deux partis politiques étaient littéralement en campagne électorale? Jeudi soir, M. Larayedh sur TT 1 et M. Essebssi sur Nesma étaient en campagne électorale. La classe.

Bien évidemment, comme à l'accoutumée dans ce genre de situation, nos politiciens font preuve d'une grande décence: "C'est pas moi, c'est lui!" Personne n'assume ses responsabilités: Un débat au niveau du bac à sable.

Et notre opposition, qu'en penser? Est-ce là l'alternative sérieuse à la troïka? Nous assistons surtout à une lutte d'égos. Des politiques jouant la division, parce que la division c'est le fond de commerce de la politique, l'union sa mort.

Une opposition qui demande aux jeunes de descendre au Bardo, de se prendre des coups de matraque, qui "exige" la dissolution de l'assemblée, puis qui, tout à coup, déclare "Ha... euh, les gars, au fait: Changement de programme, on va discuter, ouais, finalement on va plutôt discuter avec eux... Comment ça? Quoi les blessés? Oh! Mais ça va... Faut savoir aussi dialoguer!".

Qui croire? Une troïka aux abois? Une opposition désorganisée? Une UGTT qui tente, tant bien que mal, de les amener à la table, quitte à y perdre un supplément d'âme?

Et donc...

De plus en plus de personnes dans mon entourage affirment qu'ils ne (re)voteront pas. Très bien, parfait, magnifique. C'est exactement ce genre de raisonnement et cet absentéisme qui nous a mené à cette situation. C'est facile de dire que les fautifs sont ceux qui ont voté pour la troïka, c'est plus honnête de reconnaitre que les fautifs sont ceux qui ne sont pas allés voter.

Sinon, il parait que les "monologues nationaux" ont démarré...

 

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