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Relecture de FIS de la Haine* de Rachid Boudjedra

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BOUDJEDRA
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Dans un contexte d'effervescence médiatique autour du phénomène de "l'islamisme", ou du terrorisme "islamiste", nous avons essayé de mieux comprendre cet extrémisme religieux à travers des lectures qui pourront nous renseigner sur ce sujet aussi vaste qu'incompréhensible.

C'est dans ce but que nous avons choisi le pamphlet de Rachid Boudjedra FIS de la haine écrit dans le contexte de la décennie noire des années 1990 en Algérie.

Sa vision reste focalisée sur ce phénomène du point de vu algérien mais il a cette authenticité qui lui permet de donner des éléments de compréhension pour ce mouvement au niveau international.

La désillusion a succédé à ce qu'on a communément appelé le "printemps arabe" en donnant à voir un spectacle d'anarchie à travers laquelle l'islamisme, voire le terrorisme, s'est frayé un chemin. Ce spectacle a été vécu par l'Algérie, selon Boudjedra, après les "émeutes"de 1988 et la suite de violente qui s'en est suivi durant plus d'une décennie.

On peut lire dans les premières pages de FIS de la Haine :"Les émeutes d'octobre 1988 n'ont été ni des émeutes de la faim ni une révolution populaire. Faux ! Mais seulement une révolution de palais. Quelque chose de concocté par les différentes factions du pouvoir en place, programmé de longue date, mis sur disquette électronique par des jeunes loups fascinés pas les Chicago Boys et recevant les ordres de vieux manitous passés en un tournemain de l'économie planifiée à l'économie ensauvagée." 2. Ceci jette un discrédit sur les " émeutes" de 1988 que certains présentent comme une révolution au sens propre du terme.

Pour essayer d'être objectif, Boudjedra impute la création du FIS et sa mainmise sur la société à tous les Algériens, non seulement au pouvoir que certains présentent comme le seul responsable. Effectivement, il s'agit de l'échec de la société algérienne -encouragé par un enseignement qui a démissionné de sa mission authentique -à bien gérer l'indépendance après la fin de la colonisation.

Boudjedra écrit dans ce sillage : "le FIS est la création collective de nous tous. Que nous sommes tous responsables de ce monstre. Non seulement nous l'avons enfanté mais nous l'avons nourri avec notre laisser-aller, avons exagéré sa force et son impact sur et dans la société.

Tout le monde est responsable de cette chose-là : le pouvoir, les intellectuels et le peuple, aussi...Dire que seul le pouvoir politique est en cause, c'est reconduire son égoïsme à outrance, c'est multiplier son narcissisme à gogo, c'est -enfin -commettre une nouvelle lâcheté parmi tant d'autres déjà cristallisées autour de ce noyau brut qu'est l'histoire de l'Algérie."3.

Malgré cela, l'Occident endosse sa part de responsabilité dans la montée de l'islamisme et du terrorisme dans le monde : ce qui signifie que la responsabilité est partagée. Par le biais de financements, les encouragements idéologiques par le canal des "prestigieuses" institutions religieuses, l'Occident et le monde dit-Arabe déroulent le tapis rouge à ce phénomène et ne présentent aucune volonté de l'éradiquer.

"Ce sont ces chefs d'Etat occidentaux qui dépècent les pays, rallument les guerres civiles partout, font régresser le monde comme jamais, consolident l'intégrisme. Tous les intégrismes. [...] Ces chefs d'Etats qui donnent des leçons de morale, eux dont les mains ne sont pas très propres, qui font du chantage aux gros sous donnés d'une main et récupérés au centuple de l'autre.»4, nous dit enfin Boudjedra pour inciter tout le monde à assumer sa part de responsabilité.

Dans le monde actuel, certains avancent la thèse du retour du religieux ou du communautarisme. En vérité, il s'agit tout simplement d'une énième utilisation de la religion à des fins politiques et surtout économiques en choisissant un nouvel bouc-émissaire (le monde dit-musulman) après la disparition de l'Union Soviétique.

En l'état actuel des choses, ni l'Occident ni les pays dits-Arabes ne manifestent une volonté de mettre fin à ce phénomène : hormis les interventions militaires, qui sont plus désastreuses que bénéfiques, on n'enregistre aucune volonté de tourner la page.

On assiste, malheureusement, à une sorte de film réel, où le simple citoyen est l'éternelle victime. La particularité est dans le fait que celui qui prétend combattre le terrorisme est allié à celui qui le finance et l'encourage.

Notes :

1 : Rachid Boudjedra, FIS de la haine, Paris Denoël, 1992.
2. Ibid, p. 7-8
3. Ibid, p. 58.
4. Ibid, p. 91-92

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