Huffpost Algeria mg
LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Farid Namane Headshot

Partir...

Publication: Mis à jour:
ALGIERS PORT
muha04 via Getty Images
Imprimer
"Partir est un soulagement, une liberté, mais à la longue, c'est une souffrance. Inversement, rester est une douleur, la peur emprisonne et stérilise, mais à la longue, si on survit, on se renforce intérieurement, on apprend à s'acharner. [...] Ici on patine dans la colère, et là dans la nostalgie."

Boualem Sansal, interview au journal Le Monde, 15/06/2016.

Depuis le début des premières vagues d'émigration pour l'Europe au début du XXéme, le départ a toujours été un déchirement, une peine à vivre pour les premiers candidats à l'émigration. Le manque de main d'œuvre en France en plein expansion en ce début du siècle a favorisé le recours à des nord-africains afin de combler ce manque.

De nos jours, le départ est vécu comme une joie immense de quitter un pays où la vie est devenue "insupportable" pour ces candidats...à une vie meilleure. Le but recherché à travers le départ n'est donc pas le même entre le passé et le présent ; divers facteurs ont accéléré cette transition.

L'émigration de travail d'antan a été vécue comme une séparation atroce, dure à vivre : cela est montré dans les chansons de l'époque comme le Chaabi et autres. Faire sa valise était considéré comme une condamnation. Quand le bateau quittait le quai, "l'immigré" contemple avec des larmes la baie d'Alger déguisé dans son costume acheté pour l'occasion.

Seul en pays étranger, l' "immigré" pleure sa patrie et les siens, vivait malheureux et triste au quotidien. Il communique avec les siens par lettres ou des "bonjours" transportés par les voisins qui rentraient pour des vacances après des années d'absence : on lui envoie aussi ce maigre pécule tant convoité pour la famille et les proches. Le retour était un triomphe, une fête pour le "néo-roumi" qui revient chez lui. Tout le village ou quartier court chez lui le rencontrer, le contempler, le toucher avec les mains pour sentir cette odeur de France. Mais ses jours étaient comptés...avant le retour.

De nos jours, le départ est une fête ; on quitte le pays sans regret. On paye des sommes faramineuses pour «acheter» le visa, ce fameux sésame devenu le rêve de chaque algérien. Après diverses tentatives, le candidat obtiendrait le visa, sinon, il opte pour la "harga" qui est ce départ d'une façon illégale pour rejoindre la rive nord de la Méditerranée.

Les chansons de notre époque chantent le départ : ils y a celles qui "supplient" le consul pour un geste à leur égard comme dans certaines chansons Rai, comme il y a celles qui « convoitent » la gentillesse de cette "roumia" afin de le tirer de la misère.

La France est mal-aimée dans l'imaginaire collectif mais adorée dans la sphère individuelle comme ce polygame qui n'arrive pas à aimer toutes ses épouses à la fois. On n'arrête pas de la montrer du doigt publiquement et rêver d'elle la nuit sous forme de fantasmes oniriques.

L'aéroport est devenu la "Mecque" des candidats au départ. Il y a l'étudiant qui brille dans ses études dans l'espoir de décrocher le visa d'études et quitter le pays. Il y'a ce joueur de football qui brille de mille feux dans l'espoir de décrocher un contrat professionnel en Europe.

Il y a cet écrivain qui cherche à attirer l'attention d'un éditeur français ou d'un prix littéraire prestigieux. Il y a aussi, cerise sur le gâteau, nos responsables qui se soignent en France en ignorant nos hôpitaux locaux et qui nous gavent à chaque occasion avec des discours nationalistes où la France (coloniale ?) est mise en cause.

Enfin, on peut dire que nul n'est à l'abri d'un départ ; le verbe "partir" est conjugué à tous les temps en Algérie et dans beaucoup de pays du "Sud".

Pour chaque nouveau départ le pays saigne et verse des larmes pour ses enfants qui le quittent sans regrets. Pour chaque nouveau départ, le pays espère, rêve et souhaite un retour qui n'est, pour le moment, pas envisagé par ses enfants qui sont éparpillés dans les quatre coins du monde.

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.

Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.