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Le F.N s'est-il inspiré du Général de Gaulle ?

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DE GAULLE
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"Qu'on ne raconte pas d'histoire ! Les Musulmans, vous êtes allé les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leurs djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français !"
Le Général de Gaulle

Les actes terroristes qui ont secoué la France l'année dernière ont provoqué une montée des opinions se réclamant de l'extrême droite que se trouve en nette recrudescence dans la société française : le Front National avait "exploité" ces événements pour consolider ses positions dans l'opinion publique et se préparer aux élections présidentielles de 2017.

Ainsi, dans le discours du Parti, la crainte et le rejet du musulman est palpable surtout avec les vagues de réfugiés que l'Europe a connues depuis le début du conflit syrien et autres instabilités dans le monde.

Les idées du Front National ne sont pas propres au XXIéme ; de nombreux indices montrent que ce Parti cher à Jean-Marie Le Pen perpétue une tradition et un mode de pensée qui remontent à la colonisation française de l'Algérie.

La politique française en Algérie était celle de l'injustice et de l'exploitation de l'indigène qui était considéré comme inférieur sur tous les plans face à l'Européen ou au Français d'Algérie. Cette politique d'asservissement est confortée par toute une théorie qui place le Français au sommet et relègue l'Indigène (musulman) au bas de l'échelle sociale.

Dans ce sillage, le livre Les Origines de la guerre d'Algérie écrit quelques mois après la fin de la guerre et dirigé par Robert Aron soutient ce mode de réflexion. On peut lire dans l'introduction de Robert Aron à propos des musulmans : "ils ne savaient pas raisonner et argumenter comme nous. [...] Je ne dis pas qu'ils avaient tort : mais une pensée qui n'a pas assimilé les cadres du langage dont elle se sert ou de la civilisation donc elle se réclame ne peut pas aller très loin dans ces voies, qui ne lui sont pas familières. Alors, ce qui est la vraie nature de la pensée musulmane réapparaît : plus affective et sentimentale que dialectique et logique. Peu douée pour l'objectivité, mais très encline à la passion."

La glorification de la supériorité de l'Homme européen était donc le fil conducteur d'une réflexion qui tend vers la description subjective au lieu de l'analyse objective et constructive.

Si on prend les choses d'un autre angle, on peut dire qu'une telle réflexion témoigne de la déception qui a marquée certains pro-Algérie française après l'indépendance de l'Algérie : soutenir l'incompatibilité des Européens et des musulmans en Algérie colonisée était l'un des arguments de ceux qui avaient accepté la défaite après des combats acharnés pour le maintien de la colonisation.

C'est dans ce sillage que s'inscrivent les propos du Général de Gaulle à propos de l'impossibilité d'une vie commune entre Européens et musulmans en Algérie, lui qui a n'a pas lésiné sur les moyens afin d'éradiquer le FLN-ALN.

On peut lire dans ces propos : "C'est très bien qu'il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu'elle a vocation universelle. Mais à condition qu'ils restent une petite minorité. Sinon la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne."

Ceci était-il un aveu de l'échec de la colonisation française ? Était-il plutôt un rejet de la population musulmane et africaine qui s'inscrit dans la continuité de la politique de rejet et d'injustice suivie par l'empire colonial français en Afrique ?

Le Général poursuit ainsi son discours sur l'impossibilité d'intégration : "Ceux qui prônent l'intégration ont une cervelle de colibri, même s'ils sont très savants. Essayez d'intégrer l'huile et le vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d'un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber 10 millions de musulmans qui demain seront 20 millions et après-demain 40 ?"

De Gaulle, à travers ces propos, ne fait que confirmer une politique basée sur l'exploitation et qui remonte jusqu'aux premiers jours de la colonisation : cette politique du "vinaigre" et de "l'huile" a été suivie pendant 132 ans de colonisation.

Quel rapport ces propos ont-ils donc avec la politique du Front National ? Cela a-t-il influencé la Droite comme l'a montré Nadine Morano qui a soutenu que la France est "un pays judéo-chrétien...de race blanche !"?

Certainement, la "crainte" du Musulman est palpable aujourd'hui en France, un sentiment renforcé par les divers attentats qui ont secoués Paris les mois précédents. Cela, certes, naît de l'amalgame entre "musulman" et "islamiste" dans lequel tombe la majorité des Français.

La place des "musulmans" face à la République est un débat qui prend ses racines dans la colonisation de l'Algérie et les diverses politiques suivies depuis le...décret Crémieux en 1870.

Dans ses affirmations, le Général de Gaulle soutient à propos de cette "peur" comme suit : "Si nous faisons l'intégration, si tous les Arabes et Berbères d'Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s'installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées !".

Si le Front National tient aujourd'hui de tels propos ce n'est pas un fruit direct de la politique française de notre époque ou d'un quelconque problème concernant la communauté maghrébine en France ; Il s'agit d'une vision du monde et des choses qui prend ses racines dans le passé coloniale.

Certains débats dans la télévision française essaient de faire la relation avec la religion musulmane et ses fidèles, ce qui pourrait mener les opinions dans une fausse piste.

La solution est dans la politique française mais surtout dans son passé colonial : si les guerres d'indépendance sont finies, les guerres de mémoire sont toujours d'actualité dans la société française contemporaine.

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