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Le "Brixit", ou le retour de l'esprit de "Nation" ?

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Reinhard Krause / Reuters
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Les résultats du référendum au Royaume Uni concernant leur sortie de l'Union européenne nous incitent à nous poser certaines questions sur l'avenir de l'Europe.

Ce projet qui a progressé au fil des années se trouve mis en branle par la volonté des Britanniques qui ne souhaitent plus faire partie de cette Europe "multinationale" : s'agit-il du retour de l'esprit de "nation" en Europe et dans le monde en général ? Si c'est le cas quelles sont les raisons d'un tel revirement de situation ? Y'aurait-il des conséquences néfastes sur l'Europe et le Royaume Uni après un tel choix ?

Dans son livre La Création des Identités nationales, Anne-Marie Thiesse affirme que : "rien de plus international que la création des identités nationales." (Paris, Seuil, 2001, p.11). La majorité des pays du monde obéissent au même plan de formation d'une "nation".

Depuis la création des "Etats-nations"en Europe entre le XIXème et XXème siècle, l'idée de "nation" s'est renforcée autour d'un nombre infini de valeurs, principes et symboles jugés communs à une nation et qui se trouvent consolidés par l'enseignement : il s'agit de la langue, le territoire, le drapeau, le "culte des ancêtres", etc.

A travers l'histoire, ces fondements de la "nation" sont renforcés par ce que Pierre Nora appelle "les lieux de mémoire" autour desquels se consolide le sentiment du "souvenir ensemble" et de l'appartenance unique. Dans ce sillage, Anne-Marie Thiesse soutient que : "La nation naît d'un postulat et d'une invention. Mais elle ne vit que par l'adhésion collective à cette fiction.
Les tentatives avortées sont légion. Les succès sont le fruit d'un prosélytisme soutenu qui enseigne aux individus ce qu'ils sont, leur fait devoir de s'y conformer et les incite à propager à leur tour ce savoir collectif. Le sentiment national n'est spontané que lorsqu'il a été parfaitement intériorisé; il faut préalablement l'avoir enseigné." (Ibid. p. 14)

Plusieurs événements et guerres se sont succédé en Europe en apportant des modifications constantes de frontières sans pour cela ébranler le sentiment "national" chez les peuples de ce vieux continent.

Le dernier épisode tragique est la seconde guerre mondiale qui avait mis en confrontation des pays et des peuples qui appartiennent au même continent mais pas à la même "nation". L'Union Européenne, créée dans un but de coopération économique, culturelle, scientifique, etc. met fin à ce genre de conflit depuis des décennies après sa création.

L'engouement de certains pays afin d'y adhérer a créé de l'enthousiasme dans l'esprit de certains et des craintes chez d'autres : selon les partis d'extrême droite, cette Union Européenne allait créer la ruine de leur "nations", le dépérissement de la culture "nationale", etc. Mais tous ces arguments n'ont pas dissuadé les peuples européens à opter pour cette option sans pour cela se sentir menacés ou autre : l'Europe a montré au monde la possibilité d'un "vivre ensemble" dans une sorte de "multination" sans porter atteinte au sentiment d'appartenance à une "nation" pour chaque citoyen.

La sortie du Royaume Uni vient-elle montrer l'échec de ce projet ? S'agit-il de la montée du nationalisme en Europe ? Si c'est le cas, cela a-t-il une relation avec les événements du présent en relation avec le terrorisme islamiste ? Autant de questions et d'autres auxquelles on est incapables de réponde à l'instant présent.

Certes, en plus de certains problèmes liés à l'économie, le choix du Royaume Uni va être exploité par les extrêmes droites en prônant un retour à la "nation", au "chacun pour soi" en proposant cela comme l'ultime solution aux problèmes que traverse l'Europe comme la crise des réfugiés, les attentats terroristes, etc. Il ne s'agit pas de causes véritables de "l'échec" (si échec il y a !) mais cela n'empêchera pas l'extrême droite de l'exploiter à sa guise. L'avenir nous apportera ses éclaircissements !

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