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En ces réfugiés, on voit l'image de nos aïeuls!

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MIGRANTS SUBSAHARIENS
Dunes Voices
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"Au nom de l'ordre moral, le mensonge régna sur notre histoire."
Amine Zaoui, La culture du sang.

La recrudescence de commentaires et d'appels à la violence et au rejet des migrants africains sur les réseaux sociaux nous interpelle et nous incite à réagir. L'instabilité socio-politique qui frappe de plein fouet certains pays sub-sahariens poussent ces familles à quitter leur sol à la recherche de cieux plus cléments et plus accueillants. Qu'est-ce qui pousse donc certains algériens à rejeter leurs frères africains et à interpeller les autorités afin de les "chasser" du pays ?

On nous a souvent enseigné que pour avancer et progresser, il ne faut guère oublier ses racines et son passé. A-t-on oublié qu'il y a quelques années seulement, nous même, nous étions des réfugiés chez nos voisins marocains et tunisiens? Combien de familles algériennes avaient quitté le territoire national durant la "guerre d'indépendance" pour fuir les atrocités de l'armée français?

Ces Algériens qui appellent au rejet et à l'expulsion de ces "africains" ont certainement la mémoire courte et la générosité leur fait logiquement défaut. Des armes, des soutiens politiques, humains, logistiques, etc. ont transité par ces mêmes pays dont, parfois, sont originaires ces réfugiés qu'on rejette.

Ces mêmes Algériens oublient le nombre de jeunes -leurs voisins, frères ou amis -qui quittent le pays chaque jour pour se réfugier en Europe à la recherche d'une vie décente et paisible !
Après la France durant la deuxième moitié du XXe siècle, l'Espagne durant les premières années du XXIe, la Grèce, la Turquie, l'Allemagne, la Suède, etc. tous ces pays européens ont accueilli -et accueillent toujours -des Algériens qui, parfois, y séjournent clandestinement à la recherche d'une vie meilleure. Pourquoi donc oublier tout cela ?

Durant la décennie du terrorisme, des intellectuels, des journalistes, des familles entières ont quitté le pays pour se réfugier ailleurs ; ils étaient des "réfugiés" et ont pu s'installer en Europe et ailleurs grâce à la générosité de ces pays qui ont su tirer des leçons de la Seconde guerre mondiale, du Nazisme et du Fascisme, etc. En ce qui nous concerne, qu'attendons-nous pour apprendre de nos erreurs, de notre passé douloureux ? La décennie noire, dont les séquelles sévissent encore en Algérie, est-elle reléguée au grenier des oubliettes ?

Malaise identitaire ? Certes, ce côté-là n'est pas négligeable. L'Algérien d'aujourd'hui se voit plus "Arabe" qu' "Africain" : l'investissement dans le renforcement de l'appartenance "arabe" en l'insérant comme un élément principal de l'identité nationale fait que l'Algérien se voit plus proche de l'Arabie Saoudite que du Mali, pays frontalier. Et s'il s'agit de réfugiés syriens ou palestiniens, assisterions-nous aux mêmes appels à l'expulsion et au rejet? L'avenir nous le dira.

En attendant, profitons de cette occasion pour appeler à la paix, à l'entraide, l'assistance et à l'amour. Ces principes doivent être enseignés et inculqués par l'école qui, actuellement, encourage les têtes bien pleines au détriment des têtes bien faites !

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