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Une majorité pour la patrie

Publication: Mis à jour:
CAID ESSEBSI
Eduardo Munoz / Reuters
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Il est bien temps que le président de la République, qui est -- rappelons-le, à qui voudrait l'oublier -- le président de tous les Tunisiens, dispose enfin d'une majorité qui soit en mesure d'initier les réformes impératives qui s'imposent.

Car pour sortir le pays de l'inertie dans laquelle il se trouve, il importe de voter les lois qui sont de nature à faire bouger les lignes en levant surtout les obstacles figeant les mentalités, quand ils n'alimentent pas un véritable terrorisme mental.

On sait, en effet, à quel point le mental, à travers l'imaginaire et l'inconscient, dirigent l'humain, notamment sa jeunesse. M. Ghannouchi, avec son récent pas de clerc sur Daech, vient d'en donner un exemple parfait malgré son talent politique avéré.

Ce serait ainsi que le Président marquerait son passage à Carthage tout autant que l'histoire de la Tunisie, l'ancrant pour de bon dans son temps -- qui est celui de la postmodernité à qui ne le saurait pas encore. Cela lui permettrait également de tenir certaines de ses promesses auprès de ses électrices et électeurs, bien déçus de n'avoir rien vu venir encore.

Or, il ne s'agissait certainement pas d'oubli ou de reniement de la part du Président, mais juste de stratégie et de tactique. Avait-il le choix au vu de la situation héritée de son prédécesseur de totale déliquescence de l'État et de blocage, non seulement des institutions, mais surtout des mentalités? Un proverbe, bien de chez nous, ne dit-il pas: le meilleur tarde?

Impératif de la réforme législative

On parle donc ces jours-ci de l'imminence d'une initiative de M. Caïd Essebsi afin de se doter d'une majorité présidentielle qui lui permettrait d'avoir enfin les moyens de sa politique au lieu d'être réduit, comme c'est encore le cas, à faire la politique des moyens dérisoires dévolus à la présidence de la République. D'autant plus que le parti qui l'a fait entré à Carthage est tombé en quenouille.

Au fond, c'était assez prévisible au vu du talent que l'on connaît d'un tel grand commis de l'État qui est également -- ne l'oublions jamais -- un véritable animal politique, forcément soucieux donc de ménager sa monture du moment que son ambition est d'aller loin dans la nécessaire innovation politique s'imposant au pays.

Aussi, après avoir mis en place en orfèvre le gouvernement d'union nationale, le voilà qui, de main de maître forcément, esquisserait les dernières retouches au profil envisagé d'une nouvelle majorité. Toutefois et contrairement à ce que l'on dit, celle-ci se réclamera bien moins de la présidence de la République, incarnation plus que jamais de la Tunisie tout entière, qu'elle n'ambitionnera d'être plutôt une majorité pour la patrie.

Quelle pourrait -- et même devrait -- être la physionomie d'une telle majorité patriotique? À notre humble avis, elle a intérêt à s'articuler clairement, et non sans courage, autour de mesures phares qui soient de nature à agir immanquablement sur le mental populaire, mais surtout des élites, en vue de les innerver, étant anesthésiés actuellement, empêchant la moindre avancée hors des sentiers battus du dogmatisme et du conformisme logique.

Nous en avons avancé déjà certaines dans le cadre de ce qu'on a appelé Politique arc-en-ciel qui est, de notre point de vue de chercheur de terrain, scrutant au long cours la psychosociologie des Tunisiens et la profonde nature de la Tunisie, la seule alternative crédible, en mesure de permettre aujourd'hui la sortie du pays indemne de sa crise actuelle pour incarner l'exception qu'il est en puissance. Car la crise est d'abord dans les têtes !

Aspects d'une politique inclusive

Une telle politique serait inclusive, ce qui inclut donc, dans le cadre d'une solidarité concrète, des rapports véritablement interdépendants pour une solidarité n'étant plus un vain mot, étant contenue en soi dans cette nouvelle politique.

Celle-ci suppose, d'abord, l'absolue nécessité d'agir afin de convaincre les partenaires stratégiques de notre pays, ceux d'Europe en premier, de refonder leur propre politique en vue de relations internationales n'obéissant plus, comme c'est encore le cas, à l'ordre obsolète artificiellement maintenu, quoique devenu un véritable désordre, et qui ne cadre plus ni avec les réalités ni avec les défis du monde d'aujourd'hui qui est en pleine crise des valeurs.

Certes, l'Occident par trop centré et concentré sur ses propres intérêts égoïstes (qui l'en critiquerait?) n'y est toujours pas prêt; aussi faut-il impérativement lui faire comprendre que c'est de la sauvegarde de ses propres intérêts qu'il s'agit aussi.

Pour ce faire, quelle meilleure façon d'agir que d'oser le bousculer pour se réveiller enfin à une telle inéluctabilité en n'hésitant pas à prendre l'initiative s'imposant à la Tunisie, comme à l'Europe, de la demande officielle d'adhésion à l'Union européenne. Cela fait partie du cheminement fatal pour un futur tunisien serein; car la question n'est pas si la Tunisie doit faire partie de l'Europe mais quand ?

Une telle démarche étant faite, tout le reste coulerait de source, tel l'appel par la Tunisie à un espace de démocratie méditerranéenne supposant en premier la libre circulation en Méditerranée par la transformation d'ALECA en ALECCA, mais aussi et dans le même temps quasiment dans le cadre d'un deal pour la paix en Méditerranée, l'instauration de la paix en Palestine avec l'incontournable retour à la légalité internationale de 1947, ce qui implique, bien évidemment, la reconnaissance de l'État d'Israël.

Ce volet international suppose toutefois au préalable une réforme nationale d'envergure des lois scélérates gouvernant encore le peuple, une législation antédiluvienne devenue non seulement caduque, mais un réel obstacle au vivre-ensemble démocratique.

Bien pis, elle est aussi -- et on l'a vu avec la récente résolution du parlement européen -- une raison éminente qui prive la Tunisie de l'aide conséquente qu'elle est en droit de réclamer de son partenaire européen.

Aussi, notre droit doit-il être d'urgence toiletté, non seulement de tout ce qui empêche les investissements de venir au pays, mais aussi et surtout de ces mesures liberticides brimant les libertés et les initiatives privées quel que soit le domaine où elles se manifestent.

Nous avons déjà démontré que la logique constitutionnelle ainsi que la bonne compréhension de la religion du pays imposent de commencer, en un salut mérité à Bourguiba, par l'instauration de l'égalité successorale entre les sexes.

La mesure tout aussi salutaire pour l'État de droit tunisien -- qui viendrait d'ailleurs en écho à l'exigence des parlementaires d'Europe, étant de plus en conformité avec les moeurs de notre société et de l'islam, nullement homophobe -- consiste dans l'abolition de l'article 230 du Code pénal. Elle devrait même venir dans le cadre d'une totale libéralisation du sexe enter majeurs consentants qui ne doivent plus êtres traités en mineurs, ainsi qu'ils le sont aujourd'hui, ce qui les amènent à agir en déséquilibrés.

Dans la foulée de telles meures à la valeur symbolique fort importante, aux retombées majeures, tous les textes restrictifs en matière de libertés privées doivent être abrogés, tels ceux relatifs au commerce et à la consommation d'alcool ou encore -- et c'est une promesse présidentielle ferme à la jeunesse -- la dépénalisation du cannabis. Rappelons ici que les plus honorables instances internationales ont suffisamment démontré que sa nocivité est bien moindre que celle d'un tabac qui n'est pourtant nullement criminalisé.

Avec à son programme la réussite du vote de telles mesures pour le moins, la majorité présidentielle serait bien plus qu'une formation partisane, plutôt un mouvement se voulant une lame de fond venant revitaliser la patrie dont la dramatique situation impose le sauvetage au plus vite, un salut se situant dans l'esprit de l'initiative du gouvernement d'union.

Ce sera bien une mobilisation générale de tous les patriotes en vue de remettre enfin à flot un pays à la dérive, du fait moins de son peuple, bien plus ouvert au changement, que de ses élites. Aussi, il n'y a que des actions ciblées, telles celles ci-dessus évoquées qui sont en mesure de le sauver et de le sortir assez vite, ainsi que la région d'ailleurs, sinon le monde, de l'inertie mortelle où se complaisent les tenants de l'ordre ancien, mondial y compris, alors que ses seigneurs n'y sont plus les seuls saigneurs des damnés de la terre.

C'est la responsabilité de tout Tunisien honnête encore plus que patriote parce que c'est d'une question hautement éthique qu'il s'agit, poléthique même au sens noble de la politique que ne permettrait qu'une réforme mentale. Ce qu'on pourrait appeler une majorité d'union ou de salut national(e) y aiderait assurément, faisant issue de la crise!

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