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Tunisie-Union Européenne: Pour un partenariat donnant-donnant

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La Tunisie engage incessamment des négociations cruciales avec l'Union Européenne. Il s'agit pour notre pays de résister à une terrible pression européenne et de lui faire signer, comme récemment avec le Maroc qui a honteusement fini par céder, ce qui reste d'essentiel d'un accord qui ne présente que des inconvénients pour les intérêts stratégiques de la Tunisie.

Un accord néfaste

Cet accord que l'Europe qualifie pompeusement de partenariat pour la mobilité ne fera que bétonner, s'il est signé, l'actuelle immobilité pourtant devenue criminogène, générant les drames que vit la Méditerranée où s'organise une Shoah moderne par une politique migratoire européenne obsolète.

Que veut donc l'Europe? Que tout clandestin entrant en Europe d'un quelconque point du territoire tunisien soit réadmis sans formalités par notre pays nonobstant sa nationalité et sans le fameux laissez-passer un préalable nécessaire pour l'identification, surtout en ces temps troubles.

On voit à quel point une telle mesure sera néfaste pour la Tunisie puisqu'elle sera la voie grande ouverte pour les terroristes infiltrés parmi les clandestins.

Or, la Tunisie souffre déjà assez des terroristes présents sur son sol pour en amener d'autres en renfort, sans parler des conditions d'hébergement et de sécurité lors d'afflux fort probables. Et pourquoi cela? Juste pour faire plaisir à une Europe se déchargeant de ses responsabilités sur les pays du sud de la Méditerranée.

Pas de libre réadmission sans admission libre

Comme on le voit, l'Europe cherche ses propres intérêts sans se soucier le moins du monde de celui de notre pays, alors qu'il y va de son salut et de sa pérennité.

De plus, l'UE veut une réadmission automatique en violation de la plus basique des logiques exigeant que la réadmission libre et sans entraves soit nécessairement précédée, car elle en est la stricte conséquence, d'une admission libre et sans entraves.

Cela implique la libre circulation des ressortissants tunisiens vers l'Europe, ce qui suppose certes une grosse concession européenne pour la Tunisie, qui ne serait toutefois que le pendant naturel de celle octroyée déjà et depuis longtemps par la Tunisie à l'Europe par l'autorisation de prélèvement sur son territoire des empreintes digitales de ses ressortissants, une violation caractérisée du droit international et de la souveraineté tunisienne.

Le visa biométrique de circulation pour équilibrer les concessions

Il serait donc juste et éthique qu'une telle anomalie flagrante soit régularisée au plus tôt par une concession similaire de la part de l'Europe, d'autant plus qu'elle se fera dans l'intérêt commun et sans toucher en rien aux réquisits sécuritaires, le visa biométrique actuel demeurant en place tout en étant transformé en visa de circulation.

Cela suppose que le visa sera désormais délivrable d'office aux Tunisiens pour un an au moins et pour des entrées et sorties multiples. Entre ce type de visa parfaitement possible, car sécurisé, et celui en vigueur actuellement, il n'y aura de différence que dans le droit enfin reconnu de circuler librement durant sa période de validité minimale d'un an, outre sa nécessaire gratuité.

Tout le reste, notamment les mesures de sécurité et le relevé d'empreintes digitales, demeure inchangé. Il faut noter, en plus, qu'un tel visa existe déjà, mais est actuellement limité à certaines catégories professionnelles.

Sur le plan sécuritaire, il n'y a donc aucun empêchement à en généraliser la pratique. La seule nouveauté serait la gratuité, mais ne serait-ce pas un geste mérité par la Tunisie de la part de l'Europe, d'autant plus que cela aura d'énormes retombées bénéfiques sur l'imaginaire des Tunisiens?

Appel pour un espace de démocratie méditerranéenne

Il est à noter qu'une telle revendication que doit légitimement opposer la diplomatie tunisienne à l'Europe aura encore plus de chances d'influer utilement sur le changement nécessaire de la donne en Méditerranée si elle est faite dans le cadre d'un appel solennel à la création d'un espace de démocratie méditerranéenne dont feraient partie les États démocratiques et en transition démocratique comme la Tunisie.

La Tunisie serait même fondée, eu égard à son rôle historique dans le mouvement francophone et à ses relations privilégiées avec la France, à dédoubler cet appel par un autre, pour un espace francophone méditerranéen qui développerait la même thématique, mais dans le cadre de la francophonie.

Pourquoi, en effet, ne pas envisager un visa biométrique de circulation entre pays francophones, forçant s'il le faut la main aux instances européennes comme l'Italie s'est autorisée à le faire avec le permis de circulation délivré aux ressortissants tunisiens quand ils ont pris d'assaut la péninsule?

Il est bien temps pour la diplomatie tunisienne d'innover, d'user de son fonds d'originalité qui a fait sa spécificité en son âge d'or. Or, le ministère des Affaires étrangères ne manque pas de talents chevronnés, qu'ils soient en exercice ou maintenus sur la touche.

Il serait temps de mettre à contribution tous les patriotes en notre chère Tunisie ayant un cruel besoin de compétences en mesure de sortir notre pays et la Méditerranée de la situation périlleuse où elles se trouvent.

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