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Tourisme sexuel: La sexualité entre abus et déni en Tunisie

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L'affaire du pédophile français Thierry Darantière a suscité un branle-bas de combat dès que l'association des magistrats tunisiens est montée au créneau pour houspiller les autorités tunisiennes, dénonçant leur inertie.

Il aura fallu en effet que l'intéressé soit jugé en France pour qu'on commence à s'intéresser à des faits qui, d'après le ministère de la Justice, remontent à 2002.

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Il faut dire que la question relève de ces sujets tabous dont on ne parle pas, ou mal; non pas que le Tunisien soit pudibond ou s'autocensure pour une question d'honneur, comme on a pu le dire à tort à l'Assemblée des Représentants du Peuple, mais du fait du milieu de contraintes légales et morales qui étouffent les libertés sexuelles dans le pays.

Car le sexe est tabou en Tunisie, non pas pour un prétendu conservatisme social, mais à cause des lois liberticides et du moralisme de certaines élites soucieuses de contrôler la société en émasculant les élans de liberté dans le peuple. Quel meilleur moyen de le faire que de priver du droit au sexe les adultes, le sexe hors mariage étant banni, et surtout les jeunes, y compris majeurs et consentants.

Si un tel déni du sexe pouvait se comprendre sous le régime de la dictature, il est désormais de moins en moins toléré depuis le Coup du peuple, la révolution du jasmin.

Or, paradoxalement, les libertés sexuelles se sont rétrécies, le régime de la dictature fermant volontiers les yeux sur certaines de ces libertés que finissait par s'octroyer le peuple en catimini. En effet, les autorités d'après la révolution se sont montrées bien plus pudibondes, et les milices informelles des moeurs sont venues épauler les services de police harcelant le peuple et sa jeunesse.

Le droit au sexe et son déni

Or, celle-ci est bien plus précocement mûre sexuellement que les générations précédentes, l'âge de la majorité sexuelle s'étant abaissé au plus bas; et elle entend assumer à plein la nature hédoniste du Tunisien. De plus, à ses yeux, le sexe est révolutionnaire, étant une contestation de l'ordre moral établi qu'on rejette.

D'ailleurs, on l'a vu avec l'affaire du Français, des parents de certains enfants semblaient avoir été au courant et ne voyaient pas d'inconvénient que leurs enfants "s'amusent" du moment qu'on ne les forçait à rien et qu'on leur payait, en plus, ce qui n'était perçu que comme un moment de plaisir auquel ils pouvaient prétendre.

Au vrai, n'était l'âge des victimes, les méfaits du pédophile pouvaient ne relever juridiquement que de parties de plaisir dans un pays où il y a injustement déni de pareil plaisir. Et on sait que l'interdit encourage à la transgression.

Aussi, nos autorités seraient bien inspirées de saisir cette occasion pour poser selon les règles de l'art le problème du tourisme sexuel qui ne concerne pas que notre pays et qui ne peut prendre fin qu'en tarissant ses sources. L'une d'elles est le besoin de sexe chez nos jeunes que ne leur reconnaissent pas des lois scélérates le prohibant même entre adultes consentants en dehors de limites obsolètes et ce au nom d'une morale immorale étant contraire à la nature humaine et à l'État de droit.

Libérer le sexe pour contrer le tourisme sexuel

Pour comprendre le phénomène du tourisme sexuel, il y a évidemment à considérer la pauvreté des victimes qu'on peut facilement appâter en achetant leurs faveurs. Mais il ne faut pas se leurrer; ce n'est ni la seule ni la principale cause. Un tel tourisme n'existerait pas, ou du moins ne ferait pas les ravages d'aujourd'hui, si les jeunes pouvaient vivre librement leur vie sexuelle comme c'est leur droit.

Il ne faut pas oublier que si l'on parle en l'occurrence de viol, c'est que ce crime est considéré de façon extensive, le viol n'étant pas réduit à la pénétration, surtout que son aspect répréhensible aggravé s'attache à la minorité des agressés. Sinon ces derniers, objet de violence morale et d'abus de faiblesse du fait de leur âge justement, ne sont pas techniquement violentés; les témoignages dans l'affaire présente disent même qu'ils étaient consentants, ce que laisserait entendre la rétribution.

On ne doit donc pas nous leurrer en nous détournant de la véritable cause de l'affaire criminelle qui n'est aujourd'hui sous les feux de la rampe que dans son aspect spectaculaire et superficiel, celui de l'abus par un adulte de jeunes mineurs. Il faut absolument que nos autorités osent aller au fond du problème, ne se limitant pas à la face apparente de l'iceberg. C'est ainsi et ainsi seulement qu'on préservera notre pays et sa jeunesse du tourisme sexuel.

Ce qui sera utile, c'est de ne pas se focaliser, tel qu'on le fait, sur le prédateur sexuel étranger, mais en traitant les causes nationales. Car de tels criminels continueront à venir en Tunisie qui vit du tourisme et ne peut s'en détourner. Or, on ne peut facilement et vite agir sur la pauvreté, dimension essentielle du phénomène, mais nullement l'unique.

Toutefois, il est parfaitement possible de traiter l'autre cause, aussi essentielle sinon plus, qui est l'aspect législatif. Car ce sont nos lois interdisant une vie sexuelle normale qui poussent à les violer et font immanquablement de nos jeunes, majeurs comme mineurs, des proies faciles à qui sait leur offrir de l'argent pour exercer un droit dont on les prive.

Assurément, en reconnaissant leur liberté à s'adonner au sexe aux personnes adultes et consentantes, on réduira drastiquement les risques du tourisme sexuel; ce qui est facilement réalisable puisqu'il suffira juste d'abolir les textes restrictifs en la matière, législatifs et règlementaires.

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