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Stop à la déshumanisation du monde, que le Nord repu s'ouvre au Sud famélique!

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L'été aura été, en Europe, bien propice aux courants xénophobes tirant vers les abîmes de sa crise morale un continent saisi par ses démons, dont une bonne part d'esprit religieux judéo-chrétien.

N'est-il pas tentant et trop facile d'opposer aux turpitudes d'autrui les siennes propres dans une course à l'innommable, une escalade de la déshumanisation du monde?

Une antique politique migratoire criminogène

La crise de ce qu'on appelle à tort migrants - n'étant que des expatriés - a durement secoué Calais et Paris, envenimant les rapports de la France avec la Grande-Bretagne, exacerbant les sentiments haineux de l'étranger.

Elle a permis aux droites européennes de mettre en cause des politiques officielles déjà trop peu convaincantes, non point par laxisme comme on le prétend démagogiquement, mais pour leur inadéquation aux réalités d'un monde qui a changé.

Contre toute logique et bon sens, outre un minimum de morale et d'humanité, la politique migratoire européenne continue de reposer sur des concepts éculés hérités d'un monde fini, ignorant l'immeuble planétaire qu'est devenu le monde.

Sa stratégie majeure est la fermeture des frontières avec des mesures sécuritaires en tactique se voulant efficace, mais qui ne l'a été que dans sa métamorphose en instrument meurtrier.

Une telle politique insensée a fait que la Méditerranée, au lieu d'être la mer commune reliant ses deux rives paisiblement, est devenue un cimetière réservé aux malheureux gens du Sud, en quête de dignité, leur droit imprescriptible.

Or, si les pays du Sud étaient encore il y a peu sous la coupe d'alliés du Nord maintenant leurs peuples dans des réserves fermées et infranchissables pour le confort de ce Nord arrogant, cela est de moins en moins le cas.

En une postmodernité qui est la revanche de leurs valeurs, les peuples du Sud s'émancipent, déjouant le sort qu'on veut leur faire subir de mineurs à demeure, troublant ainsi l'antique ordre des cimetières de leur environnement, quitte à en faire un réel cimetière.

Car les sudistes n'hésitent plus à choisir entre mourir à petit feu dans des pays réserves ou à périr brutalement en Méditerranée ou ailleurs, mais en tentant d'arracher leur droit à vivre et circuler librement. Devant un tel jeu de roulette russe, synonyme d'élan de vivre, aucune politique répressive ne saurait réussir.

Complicité coupable des élites du Sud

Si l'Europe repue, attachée à ses privilèges, reste autiste au désespoir du monde à ses frontières, il est inadmissible que les dirigeants du Sud ne tiennent pas assez compte des exigences de leurs peuples.

Aujourd'hui, ils ont l'obligation de refuser de coopérer avec une politique criminogène, violant la souveraineté de leur pays et peuple, risquant d'accélérer leur propre chute en tant que complices d'un Nord devenu meurtrier.

C'est la principale conséquence de la politique migratoire d'Europe pour de vils intérêts s'opposant aux principes et valeurs mêmes européens. Ceux-ci, avant tout autre jugement, condamnent déjà cette obsolète politique criminelle au vu du système des droits de l'Homme où la libre circulation est un axe cardinal.

Or, bien que contredisant ses fondements, l'Europe s'accroche à sa politique antique criminogène. Ses dirigeants pratiquent la fuite en avant dans le non-sens, craignant bien plus leurs opinions saisies par les démons de la haine et de l'exclusion que les valeurs à la source de leur civilisation.

On vient de le voir avec le document publié par les ministres français et britannique de l'Intérieur. Bien qu'admettant une crise migratoire d'une exceptionnelle ampleur et rare gravité, ils ne trouvent rien de mieux que de ressasser l'antienne classique.

Sans grand intérêt, sinon d'ajouter des drames au drame migratoire, c'est le rappel fastidieux des mesures sécuritaires basées sur la fermeture des frontières, les contrôles draconiens et la chasse aux clandestins.

Un instrument fiable pour une sortie de la crise

Pourtant, il a été largement démontré que ce sont les frontières qui sont à l'origine du phénomène de la clandestinité qu'elle entretient d'ailleurs.

Ouvrir les frontières, c'est encourager la circulation dans les deux sens, notamment celui de la sortie des clandestins assurés de pouvoir revenir en toute légalité. Et la technique pour une telle sortie par le haut de la crise actuelle existe!

Il s'agit du visa biométrique de circulation qui ne diffère du visa en vigueur qu'en ce qu'il serait délivré d'office à tout demandeur et pour une période minimale d'un an avec entrées et sorties multiples, et ce au nom de la libre circulation.

Car la libre circulation est ce principe majeur oublié en Occident du système des droits de l'homme, le faisant pratiquer une politique de deux poids deux mesures.

S'il l'a toujours fait, cela ne saurait plus marcher sans trop de dégâts et de fracas en cet âge qui est celui des foules bien plus attentives à leurs droits. C'est le retour du balancier postmoderne dont il faut tenir compte afin de ne pas enfoncer davantage l'humanité dans les abysses actuels de l'abjection.

Faut-il rappeler ici que la pratique du relevé des empreintes digitales, systématique dans le cadre du visa actuel, est illégale aussi bien du point de vue du droit interne, la souveraineté de l'État étant bafouée, que de celui du droit international, se faisant sans contrepartie?

En l'occurrence, le visa biométrique de circulation serait une contrepartie nécessaire et justifiée à une telle violation du droit positif. À quand donc un réveil des consciences à ce qui n'est qu'une mesure logique outre qu'éthique au service de la paix dans le monde?

Et si l'Europe continue à s'y refuser par aveuglement et autisme au vu de ses intérêts actuels, quelle raison ont les politiques du Sud, particulièrement les nôtres en Tunisie, pour refuser d'oser dire le vrai et exiger justice et justesse au nom du droit de leur peuple, de l'intérêt de leur pays et de celui du lac de paix que devait être la Méditerranée?

En voilà, parmi d'autres, une thématique en mesure de réhabiliter la pratique politique en Tunisie et redonner à sa diplomatie les lettres de noblesse de son âge d'or évanoui.

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Naufrage à Lampedusa
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