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Sortir de la confusion des valeurs

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Nos élites ne doivent plus continuer de vivre dans le confort douillet qui les fait se croire en avance sur la société, enracinés pour les uns, dans la tradition et, pour les autres, ouverts à la modernité.

Car, la tradition des uns est frelatée et la modernité des autres agonise, et pour tous, cela est à l'origine d'une terrible confusion des valeurs. Surtout qu'on est en postmodernité, qui est la synergie de l'archaïque et du technologique, supposant une conciliation nécessaire de la tradition musulmane et de la modernité occidentale, mais une fois réinventées selon le génie de notre peuple, afin de réaliser le vivre-ensemble paisible que mérite notre peuple déjà en avance, en la matière, sur ses élites.

Pour que la Tunisie réussisse sa révolution démocratique, il faut donc que ses élites se libèrent des réflexes conditionnés qui plombent leurs comportements au quotidien, s'imposant à tous et empêchant le moindre changement vers une meilleure socialité. Or, notre société y est prête, ayant totalement changé au niveau des mentalités populaires.

Stigmates à tout va

Le stigmate est ce qu'il y a de plus terrible pour le vivre-ensemble; il fait office de complexe d'élection qui est, comme on le sait, l'arme par excellence prisée par les intégristes extrémistes, qu'ils soient religieux ou profanes.

Or, notre comportement de tous les jours est marqué par des stigmates à la pelle découlant d'une terrible confusion au niveau des principes et valeurs éthiques et qui en arrivent à faire relever de l'Islam ce qui n'en fait point partie.

Tous les jours, nous pratiquons le stigmate, flétrissure sociale d'exclusion, arme fatale pour la tolérance et l'acceptation d'autrui tel qu'il est, dans sa différence même. Nous en donnons ci-après quelques exemples illustratifs.

Appel à la prière sur les ondes publiques

Dans un État de droit, se voulant en plus civil, on continue à tort de stigmatiser ceux qui ne prient pas, et ce en diffusant l'appel à la prière sur les ondes publiques, interrompant même pour cela les émissions, comme si tout le monde faisait ou était tenu de faire la prière.

Qu'on appelle à la prière dans un pays à majorité musulmane ne choque pas et cela se fait déjà sur les ondes privées et dans les mosquées par le biais des mégaphones.

Ce qui est inadmissible, si l'on ne veut pas pratiquer d'amalgame ni de stigmate, c'est de le faire dans un État civil sur les ondes publiques qui sont la propriété de tous les Tunisiens, qu'ils prient ou qu'ils ne prient pas. Or, la majorité est loin d'être pratiquante.

Rappelons, à ce sujet, que du temps de Bourguiba, une telle confusion de l'affaire privée qu'est la religion et de la chose publique que sont les ondes nationales n'aurait pas été imaginable!

Alors, M. Caïd Essebsi, qui se veut le digne héritier de Bourguiba, à quand la mise d'un terme à une telle hérésie?

Appel à la prière aux heures matinales

Tout comme l'appel à la prière est de droit sur les ondes privées, il l'est aussi pour les mosquées qui le diffusent désormais par porte-voix.

Toutefois, ce droit n'est pas absolu étant conditionné, du fait de l'Islam même, par l'obligation qu'il n'y ait pas de risque de gêne pour ceux qui ne sont pas concernés par l'appel; alors c'est notre religion même qui interdit la gêne.

Or, l'appel à la prière aux premières heures de la matinée, notamment en hiver, est susceptible de déranger, réveillant de jeunes enfants ou empêchant des malades de trouver un repos salvateur.

Aussi, c'est au nom d'une interprétation correcte de notre religion que les mosquées se doivent de débrancher leurs mégaphones aux premières heures de la journée pour ne pas attenter au repos d'autrui.

C'est ainsi qu'elles respecteront leur religion qui le leur commande encore plus que l'ordre public.

Interruption des séances de l'ARP pour la prière

Une autre anomalie qui se fait au nom de notre religion, et ne devant plus être tolérée dans un État civil est cette habitude prise d'interruption des séances de l'Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) aux heures de la prière.

Il est inadmissible d'instrumentaliser ainsi la religion et d'en dévergonder l'esprit, car la religion n'en demande pas tant, n'ayant jamais forcé à faire la prière à l'heure, l'en dispensant même.

C'est le cas s'il y a nécessité pour différer un tel devoir rendu à Dieu qui commande toujours que le croyant s'acquitte en premier de ses devoirs envers ses semblables, notamment quand il en est le serviteur.

Or, les séances de travail de l'Assemblée sont censées être suffisamment importantes pour supposer ne pas être interrompues pour une prière que la religion autorise de faire en dehors des heures du travail de l'Assemblée ou même en fin de journée.

Vente des boissons alcoolisées

Nous avons déjà démontré que ce n'est pas la boisson alcoolisée qui est prohibée en Islam, mais plutôt l'ivresse. Pourtant, l'alcool fait toujours l'objet d'un stigmate, qui est d'autant plus injustifié que les statistiques les plus fiables font état de la grande consommation d'alcool en Tunisie.

Ainsi, si la vente est autorisée, elle se fait dans des conditions indignes d'un État civil, se voulant civilisé. Le rayon, quand il existe, est souvent cantonné dans un coin reculé, loin des regards. Il est même parfois dans un local à part. Cela, nous dit-on, est fait pour ne pas choquer la clientèle alors que celle-ci, dans sa quasi-majorité, est loin de l'être, sa tolérance n'étant pas pudibonde.

C'est plutôt un tel stigmate qui choque d'autant plus qu'en Islam, le vrai croyant ne se cache jamais la vue de ce qu'il ne veut pas voir, mais s'en détourne ou en détourne simplement le regard. C'est même une épreuve nécessaire pour lui afin de s'exercer à voir avec le cœur comme l'y invite sa foi, étant la façon islamique de voir et la meilleure des visions.

Tartuferie et hypocrisie politique

Dans ces exemples tirés de la vie de tous les jours où l'hypocrisie est à son comble, on a affaire à une singerie de comportement étranger à l'Islam. Car une telle tartuferie ne reflète pas l'Islam premier ni son esprit libertaire; ainsi, même le premier pèlerinage s'y est fait selon la tradition arabe, soit avec des pèlerins complètement nus.

Ce comportement supposé islamique est davantage inspiré par la tradition judéo-chrétienne qui, au cours de l'histoire, a su pénétrer l'Islam et s'y imposer, en viciant la tolérance initiale et l'humanisme intégral.

Il serait donc temps de renouer avec l'Islam des origines en abandonnant une tradition que même les Juifs et les Chrétiens ont répudiée depuis longtemps, découvrant la démocratie et pratiquant le vivre-ensemble qu'impose une société paisible.

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