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Shams ou le rendez-vous des autorités avec la vérité

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Ce mardi 12 janvier, à la veille de la célébration du cinquième anniversaire de la révolution, les autorités tunisiennes ont rendez-vous avec la vérité.

En effet, de deux choses l'une : ou la magistrature en Tunisie confirme qu'il y a bien eu révolution dans le pays, pour le moins mentale, et elle donne raison à Shams. Ou elle démontre que la dictature a non seulement encore cours dans le pays, mais qu'elle est aggravée par une seconde, une dictature morale; et elle confirme la suspension de l'association.

C'est le sens de l'audience de demain statuant sur l'opposition formulée par l'association Shams à l'interdiction d'un mois de militer pour les valeurs au vu desquelles elle a été créée il y a moins d'un an: les valeurs humanistes.

Quand on viole l'esprit de la révolution

Une telle suspension est jugée, par les observateurs, être la première étape vers l'interdiction définitive.

Si elle manifeste l'hésitation du gouvernement, elle ne traduit pas moins la ferme intention des courants les plus rétrogrades d'en finir avec le droit légitime des homosensuels en Tunisie de revendiquer leurs légitimes droits garantis pas la Constitution et par une saine lecture de l'islam qui n'a jamais été homophobe.

Or, une frange intégriste des islamistes, soutenue par des milieux dogmatiques supposés libéraux, encouragés par le silence honteux des démocrates, veut étouffer cette voix de justice et de justesse.

Ils usent donc de l'arme par excellence de la dictature, celle de l'interdiction qui n'a pas empêché pourtant le peuple de la déchoir.

Pour cela, ces terroristes mentaux espèrent instrumentaliser la magistrature comme le faisait l'ancien régime, en comptant sur des milieux conservateurs en son sein afin d'imposer leur omerta.

Or, cela ne peut ni ne doit plus marcher en une Tunisie où le peuple tunisien est désormais réveillé à ses droits. Et ceux-ci commencent assurément avec les droits des minorités.

Aussi, ne pas rendre justice à Shams à la veille de la révolution tunisienne, c'est bel et bien cracher sur l'esprit de cette révolution qui est la dignité de chaque Tunisien, le plus humble qu'il soit.

Est-il plus digne donc pour la Tunisienne et le Tunisien de revendiquer leur droit à s'exprimer librement, quitte à ne pas être dans le vrai ? N'est-ce pas le droit à l'erreur qui fonde la démocratie vraie qui est même synonyme d'impertinence ?

Quand on défigure l'islam

Interdire Shams serait non seulement une grossière injustice envers le peuple tunisien, un crime même, mais elle l'est aussi -- avec une plus grande monstruosité à la manière de Daech -- à l'égard de sa religion islamique qui est d'abord et avant tout une tolérance absolue.

Suivons donc le raisonnement de ceux qui veulent faire taire à jamais Shams en supposant, par l'absurde, qu'ils ont raison, que Shams ne serait pas dans le vrai. Sont-ils pour autant en droit de la faire taire? Ne doivent-ils pas lui répondre par l'exemple et la preuve? Seraient-ils donc meilleurs que le prophète et sa religion qui ont toléré les hypocrites, ces menteurs acceptés au sein de l'islam? Peut-on admettre le mensonge en notre religion et ne pas le tolérer dans la vie? De quel islam relèvent donc nos intégristes? Certainement pas de l'islam authentique !

De fait, ils ne font que relever de la tradition judéo-chrétienne infiltrée en islam que manifeste justement l'article 230 du Code pénal qu'ils défendent. En effet, il n'est qu'une survivance de la colonisation, ayant été introduit par la morale chrétienne de la France qui a interdit l'homosensualité jusqu'en 1982.

Avant cet honteux article colonial, la pratique homoérotique a toujours existé dans le pays et elle y existe toujours, mais en catimini. Faut-il rappeler à nos supposés musulmans, ces tartuffes judéo-chrétiens, que non seulement les poètes, mais aussi les jurisconsultes, ont chanté l'amour au masculin qu'on a appelé "moudhakkirat" ?

Pour un geste de salubrité publique

Il est temps pour le gouvernement de clarifier sa position à l'occasion de l'audience de ce 12 janvier : qu'il rappelle que la Tunisie est désormais démocrate et que sa démocratie suppose pour tout un chacun le droit de s'exprimer librement et de vivre en toute sérénité selon la nature placée en lui par Dieu.

Car l'homosensualité est une nature chez certaines personnes, parfaitement conforme à l'ordre des choses dans l'univers tel que voulu par Dieu. D'ailleurs, les sciences démontrent aujourd'hui que, chez toutes les créatures, le sexe ne distingue ni mâle ni femelle, et que cela est une spécificité chez les humains du fait de traits culturels travaillés par l'idéologie.

Or, ni la civilisation islamique ni la culture arabe, conformes en cela aux moeurs de la Grèce antique, n'ont été homophobes. Aussi, le gouvernement serait bien inspiré, conformément à la Constitution du pays, mais aussi au nom de l'islam et de la démocratie bien comprise, d'oser non seulement encourager Shams à militer selon son droit absolu, mais aussi de prendre l'initiative d'abroger l'article 230 du Code pénal.

À titre de rappel, je lui signale le texte qui lui a été communiqué en ce sens, ainsi qu'aux députés de l'Assemblée des Représentants du Peuple depuis mai dernier.

Qu'il ose enfin le geste de salubrité publique que sera l'abrogation de cette tare sur le front de la nouvelle Tunisie, car autorisant les pratiques les plus injustes et les moins morales, faisant revivre sur notre terre tolérante le Moyen-Âge de l'Occident et sa tradition judéo-chrétienne, qu'il a rejetée lui-même à la faveur à la démocratie. La Tunisie ne peut faire autrement sinon elle ne sera nullement crédible dans sa volonté démocratique.

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