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Retombées en Tunisie des supposées caricatures du prophète

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Maintenant que la fièvre est quelque peu retombée, on peut réfléchir avec quelque sérénité sur la fameuse affaire de ce qui a été abusivement appelé caricatures du prophète.

Car il faut ne pas avoir de cervelle pour croire que les gribouillis vaguement d'un type arabe représenteraient le prophète.

Il n'y a pas de délit du blasphème en Islam

En effet l'image du prophète est amplement détaillée en prose dans la littérature islamique la plus sérieuse, et ce bien mieux que n'importe quelle photographie numérique.

Cette littérature est même bien plus osée, se donnant une liberté inouïe désormais inconnue, qui relèverait aujourd'hui d'un blasphème qui n'existe d'ailleurs pas en Islam, contrairement à la Bible.

Aussi, il est heureux qu'en Tunisie, le nouveau pouvoir ait été à la hauteur de sa réputation moderniste en refusant de se laissant entraîner à l'excès.

On apprend ainsi que le Canard Enchaîné n'a pas été censuré pour sa reprise de la dernière caricature supposée du prophète au lendemain du drame de Charlie Hebdo. C'est d'autant plus heureux que l'affaire a été l'occasion non seulement de l'horreur qu'on connaît, mais aussi de l'étalage de fausses vérités.

Une telle sage décision est donc de bonne guerre; elle confirme la rupture des nouvelles autorités avec la conception dévergondée de celles qui les avaient précédées au pouvoir.

Nous avons, d'ailleurs, déjà dit ici que la vraie caricature faite de l'Islam ne venait pas de la presse humoristique, mais du comportement des Musulmans. Aujourd'hui, si l'Islam est caricaturé, c'est plutôt par la lecture intégriste que ceux-ci en font.

Lecture caricaturale, elle est bien sûr l'oeuvre des intégristes, mais pas seulement. Ceux qui tuent au nom de la religion comme à Daech, bien sûr; mais aussi ceux qui tuent pour homophobie en Arabie Saoudite et en Iran ou pour apostasie en Mauritanie.

Mais il y a également ceux qui, s'ils ne tuent pas, emprisonnent injustement pour ces mêmes raisons ou pour cause de non-respect en public du jeûne de ramadan, comme au Maroc, et pour un malheureux joint, comme en Tunisie.

Urgence d'un moratoire pour les lois scélérates

Ces quelques exemples parmi tant d'autres se présentent à tort comme inspirés par l'Islam et donnent une idée éloquente sur notre lecture actuelle pervertie d'une foi.

Or, celle-ci a été une culture et une civilisation universelles dans une interprétation humaniste inégalée telle qu'incarnée par le soufisme des origines.

Aussi, la bonne nouvelle de la non-censure en Tunisie du Canard, alors qu'il l'a été en Algérie et au Maroc, atteste s'il en était besoin de la vitalité de l'exception tunisienne.

Il importe donc de confirmer cette nouvelle donne au plus vite en osant suspendre incontinent par un moratoire à décider par l'Assemblée des représentants du peuple quelques-unes des lois les plus honteuses qui font mal à l'islam plus qu'elles ne le respectent.

Par exemple, on ne doit plus punir au nom de textes scélérats comme ceux qui répriment la simple consommation de drogues douces ou celles constituant les délits anti-islamiques de l'apostasie et de l'homosexualité.

En effet, et nous l'avons déjà prouvé ici, ces deux derniers délits ne font point l'objet de prohibition en Islam.

Et que les risques terroristes ne constituent pas pour nos autorités un prétexte pour différer une telle entreprise de véritable salubrité publique, car elle aidera à dépolluer les esprits, le terrorisme se nourrissant mentalement de pareilles lois de la haine et de l'exclusion.

Tout au contraire, la menace terroriste en Tunisie doit avoir l'effet inverse, celui d'encourager ses autorités d'aller de l'avant, encore plus loin dans l'humanisation de nos lois supposées inspirées par l'Islam. Ce faisant, il conformera la société à sa foi qui est et doit demeurer humaniste et tolérante, condamnant tout terrorisme, qu'il soit physique ou moral.

Pour tenter une comparaison, on dira qu'une telle œuvre législative à ne plus tarder se situera dans la logique de la libération de la femme décidée par Bourguiba et à laquelle on doit l'actuelle santé morale de la Tunisie qui lui a permis de triompher de sa descente aux enfers intégristes que le pays a connu avec la troïka défunte.

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