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Que des paroles pour honorer la femme?

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La célébration de la journée de la femme n'a pas dérogé à la règle des festivités depuis la Révolution: un concours de solennités ridicules et de discours insipides et oiseux qui ne trompent plus un peuple éveillé à son intelligence ancestrale et sa sagesse incorporée.

Il faut croire que cette sagesse populaire avérée manque désormais aux dirigeants du pays où l'on compte pourtant des valeurs sûres qui se laisseraient niveler par le bas d'une partie de la politique ayant pignon sur l'Atlantique, mettant alors tout leur savoir-faire en un congé indéfini. Et c'est une grave démission au vu de l'état catastrophique de la patrie!

Nivellement par le bas

Parmi de tels sages n'usant de leur sagesse pourtant réputée qu'en paroles où la saveur est dénuée de consistance, se retenant d'agir au moment où l'inertie est suicidaire, figure en place d'honneur le président de la République.

Disciple de Bourguiba dont il a hérité le bagout, un talent orateur ensorceleur, en mesure de faire bouger les montages du dogmatisme, il déroge pourtant à la geste de son illustre mentor en ne le suivant pas sur la nécessité de l'action envers et contre tous.

Or, un tel non-sens atteint son degré le plus élevé quand cela a trait au coeur de cible même de l'oeuvre bourguibienne: le statut de la femme en Tunisie et l'obligation du recours à la loi pour le consolider et l'améliorer; car qui n'avance pas recule. Et c'est ce qui se passe pour la femme en Tunisie où on prétend se figer sur un texte qui fut révolutionnaire il y a 59 ans et qui ne l'est plus, exigeant un complément de réformes du même tonneau pour garder son esprit d'origine.

Dans son discours célébrant la femme, cette Tunisie incarnée, le président de la République n'a apporté aucune mesure concrète, même pas l'achèvement du processus qu'il avait pourtant initié lors de son passage à la tête du gouvernement, et ce en matière de mise en oeuvre totale de la convention Cedaw.

Bien pis! M. Caïd Essebsi n'a pas hésité à déclarer que la réforme pourtant plus que nécessaire de la législation successorale n'était ni à l'ordre du jour ni d'actualité. On croirait entendre M. Ghannouchi parler, ô sacrilège pour ses électrices! On s'attendait en le portant à la présidence à un nivellement par le haut de la classe politique; or, elle vit au rythme des lubies d'un chef islamiste ne comprenant rien à l'islam tunisien, humaniste, spiritualiste et libertaire.

Une telle affirmation étonnante de la part d'un successeur de Bourguiba est complètement fausse. En effet, contrairement aux apparences semblant justifier le statu quo social, c'est en agissant sur de telles situations contraires à la nouvelle constitution qu'on a la possibilité de sortir le pays de sa crise qui est moins plombée par le terrorisme physique que mental, un dogmatisme logique s'évertuant à tout maintenir en l'état pour des intérêts partisans.

Honorer la femme selon l'islam et la constitution

La législation actuellement en vigueur est celle de la dictature et sa scélératesse est plus qu'avérée dans nombre de domaines, notamment celui des droits et libertés. Les parts successorales inégales violent la constitution et doivent donc être réformées au plus vite. Sinon, on n'est plus dans l'État de droit qu'on prétend mettre en place.

D'ailleurs, une telle réforme est à faire non seulement au nom de la nouvelle légalité dans le pays, mais aussi au nom de l'islam que nos soi-disant islamistes modérées défigurent en s'opposant à son épiphanie démocratique.

En effet, l'islam a honoré la femme plus que toute autre religion et il a veillé à améliorer constamment son statut. Il a commencé en lui octroyant une dignité qu'elle n'avait pas, lui réservant une part fixe dans l'héritage dont elle ne pouvait rien prétendre dans un milieu machiste. Prétendre aujourd'hui que cela était définitif et que l'on doit s'y tenir ad vitam aeternam, c'est fausser l'esprit du texte religieux et contredire ses visées évoluant vers la parfaite égalité entre les croyants nonobstant leur sexe.

Refuser aujourd'hui de modifier les parts successorales du fait de l'existence d'un texte religieux dont on viole éhontément l'esprit revient à affirmer parallèlement que l'islam consacre l'esclavagisme, puisqu'il ne l'interdit pas, ou commande l'ablation de la main en cas de vol, puisqu'il le prescrit.

C'est un tel islam dont rêvent ceux qui, aujourd'hui, s'opposent à la réforme de la législation des successions. Est-ce cet islam que veut M. Caïd Essebsi? Où est-ce sa fibre humaniste et son esprit bourguibien?

Il est temps de revenir à vos fondamentaux, M. le président, en demandant aux services de la présidence un texte réformant les successions dans le sens de la parfaite égalité et légalité républicaine. Et cela aussi bien au nom du respect de la Constitution que de l'islam authentique, correctement interprété.

Alors, à quand des textes concrets honorant la femme au nom de l'islam et de la constitution? Osez-les vite, M. le président de la République, le temps en politique est compté pour bien faire; et que tombe le masque des faux musulmans modérés, intégristes dans l'âme!

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Les femmes tunisiennes en 2014
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