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Propos homophobes de Ramid: Quand, en violation de l'islam, un ministre des valeurs ne les honore pas!

Publication: Mis Ă  jour:
RAMID MOROCCO
Stringer . / Reuters
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SOCIÉTÉ - La confusion des valeurs est à son comble au Maroc: le ministre des droits de l'Homme, M. Mustapha Ramid, s'est laissé aller à traiter d'"ordures" les homosexuels. Or, souvent, au Maroc comme ailleurs, les gays sont bien moins orduriers dans leur vie que nombre de supposés pieux. Les Marocains le savent bien et ont été nombreux à s'émouvoir du drame de l'un des leurs, Ihsane Jarfi, assassiné en Belgique en 2012 pour son homosexualité. Or, le jeune homme était un parfait musulman pieux, respecté de tous.

Ce n'est pas la première fois que M. Mustapha Ramid dérape sur les questions liées à la vie privée, notamment l'homosexualité, cette nature voulue par Dieu chez certaines personnes sans que cela soit un vice ou une maladie. Or il est non seulement ministre aujourd'hui, mais en charge des droits de l'Homme, ce qui revient, objectivement, à faillir aux devoirs d'équité et d'impartialité, sinon de réserve, de sa charge.

Qu'il soit homophobe passerait à la limite s'il n'en faisait pas état dans le cadre de ses responsabilités officielles! En tenant les propos qu'on lui reproche à bon droit, le ministre fait non seulement du tort à sa charge et au gouvernement auquel il appartient, mais il agresse les gays et, pis, encourage l'homophobie au Maroc. Il fait aussi du tort à l'islam qui n'a jamais été homophobe comme il sera rappelé plus loin.

On pourrait, certes, trouver des excuses au ministre au vu de certains excès de la part des gays en Occident; mais est-ce que de tels excès sont le seul fait des homosexuels? Les "ordures" ne sont-elles pas partout quand les valeurs humaines font défaut? Et puis, de telles supposées saletés font-elles du mal à leurs prochains, amènent-elles à violenter autrui, attenter à sa vie? N'est-ce pas plutôt le fait des vraies ordures homophobes?

Aussi, la vision de la saleté chez le ministre est bien plus que parcellaire et injuste; elle est susceptible d'encourager les vraies ordures homophobes dans leurs méfaits contre les innocents gays. Ce qui reviendrait à encourager des actes criminels. M. Ramid en est-il conscient?

Le respect de l'homosexuel est celui du différent

Aujourd'hui, au Maroc et ailleurs, le respect de l'homosexuel - ou homosensuel, terme que je propose, étant moins connoté "sexe" - est la preuve du respect du différent. Or, le gay est le différent absolu en islam, une religion tolérante dans son essence et qui impose son respect d'autant plus qu'elle n'a jamais été homophobe. Rappelons que l'anathème jeté sur cette nature chez une minorité est issu d'une interprétation fausse de la religion, le Coran ne comportant aucune prescription en la matière ni la Sunna authentique, Boukhari et Mouslem en l'occurrence.

Malgré l'article 489 qui punit l'homosexualité au Maroc, article d'origine coloniale, la société continue à pratiquer le sexe sans distinction de genre, homosexualité y compris, mais en cachette. C'est avec une telle hypocrisie qu'il importe de rompre désormais. Aussi, les propos de M. Ramid sont-ils inadmissibles dans un État se voulant de droit, respectueux de ses traditions islamiques. Car la pénalisation de l'homosexualité a été le fait du colonisateur et non de l'islam et elle perpétue donc la soumission de l'islam à la morale chrétienne homophobe qui, au reste, a été abandonnée par les siens.

C'est en terre d'islam qu'on a le mieux chanté l'homoérotisme avant l'impérialisme occidental qui a importé avec lui sa morale judéo-chrétienne homophobe, la Bible contenant une prescription en la matière contrairement au Coran. Le ministre a, de plus, tort de dire qu'il ne faut pas "donner trop d'importance à ce sujet"; car il est au coeur du rejet du différent, et donc une négation caractérisée du vivre-ensemble démocratique.

Oser rappeler que l'islam n'a jamais été homophobe

Les associations de défense des droits humains ont parfaitement raison de dénoncer les propos du ministre, demandant des excuses pour le moins, sinon une démission. Il est toutefois regrettable que ces associations restent inaudibles sur ce qui empêche toujours la dépénalisation de l'homosexualité au Maroc et ailleurs en terre d'islam: la fausse prétention que l'islam s'y opposerait.

Alors que l'islam n'est, comme je l'ai dit, pas homophobe, elles se refusent d'user de cette arme fatale contre l'homophobie au prétexte de ne pas parler de religion. Comment espérer abolir ce que ses défenseurs estiment être une violation de la religion si l'on ne démontre pas la fausseté d'une telle argumentation? Par conséquent, aussi surprenant que cela puisse paraître, j'ai été amené à soutenir que, si aujourd'hui on reste encore loin de l'abolition de l'homophobie en islam, c'est plutôt du fait d'un pareil refus des associations anti-homophobie de tenir le langage qu'il faut.

Je l'ai dit pour les associations tunisiennes, bien en avance sur la cause tout en restant enfermées dans un laïcisme stérile; cela est encore plus valable pour leurs homologues marocaines, bien plus timorées. C'est d'autant plus à déplorer au Maroc que les militants y ont à leur disposition une figure emblématique pour arriver à leurs fins: celle de ce martyr de l'homophobie que fut Ihsane Jarfi.

Je rappelle ici que son drame a bien ému les larges masses au Maroc. Aussi, une loi portant son nom pourrait aider à dépénaliser l'homosexualité au Maroc. Pourquoi alors la dénonciation des propos de M. Ramid ne s'accompagne-t-elle pas de la proposition d'un tel projet de loi au parlement? Ce serait bien la meilleure façon de faire taire les homophobes, et ce non seulement au nom du droit, mais aussi de la religion aujourd'hui défigurée.

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