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Présidentielle: Boycottons l'encre de la honte !

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Le scrutin de la présidentielle est déjà ouvert pour nos ressortissants à l'étranger. Malgré nos demandes réitérées pour sauvegarder l'éthique de l'acte électoral, ne pas en faire une opération de commerce, l'ISIE maintient l'usage de l'encre.

Or, on l'a déjà démontré, cette encre est non seulement inutile, mais elle manifeste la soumission de l'opération électorale aux intérêts qui entendent en faire une occasion pour de juteux bénéfices.

Cela ne serait pas trop grave si le recours à une telle tache sur les doigts des électeurs tunisiens n'emportait aussi une flétrissure, le stigmate d'un électeur de seconde zone, référant à la conception que l'Occident se fait de notre démocratie, ne voulant notre pays bon que pour une sous-démocratie.

Une encre synonyme de sous-démocratie

Une telle encre n'est nullement en usage dans les démocraties occidentales; elle est réservée aux démocraties émergentes en la présentant fallacieusement en une garantie contre les fraudes par vote double.

Or, une telle fraude est déjà rare, car les fraudeurs empruntent des moyens bien plus sophistiqués et encore plus efficaces. De plus, pour un pays comme le nôtre, utilisant des listes électorales, l'encre ne conserve plus une telle fonction; aussi l'ISIE invoque-t-elle un prétendu intérêt pour ce motif farfelu d'évacuation du bureau de vote des électeurs ayant la marque de l'encre au doigt. Ce qui, comme de bien entendu, relève de l'organisation et n'exige point une telle encre.

Ainsi, celle-ci ne garde que sa fonction de stigmate, étant semblable à la marque au fer rouge qu'on applique aux animaux ou, dans les temps révolus, aux bagnards. Et cela juste pour servir des intérêts occultes dont le souci est moins la démocratie en Tunisie que le profit qu'on peut tirer d'une opération électorale réduite à une simple fonction formelle et un aspect commercial.

D'ailleurs, cette année, lors des législatives, on a noté que la couleur de l'encre était mauve, soit la couleur de l'ancien régime. D'aucuns n'ont alors pas manqué de faire le rapprochement entre ce coloris et le résultat final du scrutin. Franchissant le pas séparant une couleur supposée oeuvre du hasard et le résultat des élections donné pour être résultat d'un vote libre, ils ont donc douté de l'honnêteté des élections.

Une encre synonyme de flétrissure

Aussi, on a le plus haut intérêt à éviter tout ce qui est susceptible de susciter le doute quant à la régularité de l'acte de vote, éviter que l'argent politique qui a dominé les législatives ne domine aussi la présidentielle en ayant son symbole dans cette encre cachant mal les intérêts commerciaux qui sont derrière elle.

Cela s'impose d'autant plus que le maintien de cette encre est une offense manifeste et caractérisée à la maturité de l'électeur tunisien. Certes, on nous dit voir ce dernier plutôt fier de voter et d'en avoir la preuve avec cette marque au doigt. Et il est vrai qu'en première réaction, ce signe pour lui est distinctif, car il pense qu'il le place loin devant les citoyens des pays n'ayant pas encore la chance de voter.

Toutefois, son imaginaire ne pense pas moins le contraire, même si cela reste de l'ordre de l'imaginaire. En effet, s'il y a une comparaison à faire, elle doit l'être avec les citoyens des pays démocratiques et non les autres, moins développés politiquement que la Tunisie.

On ne doit pas regarder vers l'arrière, mais devant soi. Or, une telle encre n'est utilisée dans nulle démocratie qui se respecte. Alors, pourquoi persister à stigmatiser ainsi l'électeur tunisien en privilégiant le commerce de l'encre à l'éthique de l'acte de vote ? Surtout qu'une telle attitude manifeste de notre part une totale inféodation à ces intérêts internationaux et à l'agent politique !

Non au stigmate de l'encre !

Face à l'autisme de l'ISIE incapable de se libérer du diktat de tels intérêts économiques parrains de l'encre de la honte, il revient à l'électeur tunisien de faire preuve de sa maturité en refusant d'être marqué comme une bête ou un criminel.

Aussi, nous invitons d'abord et de nouveau la direction de l'ISIE à sauver l'honneur de notre élection présidentielle et de l'électeur tunisien en donnant aux présidents des bureaux de vote des instructions pour le non-usage de cette encre ou, pour le moins, la faculté de ne pas l'utiliser.

Nous avons d'ailleurs déjà expliqué, ce que l'ISIE a confirmé, que cette encre n'a rien d'obligatoire, que l'opération électorale est parfaitement valide si on s'abstient de l'utiliser.
Et à défaut de réaction des instances dirigeantes de l'ISIE, nous appelons les présidents des bureaux de vote à leurs responsabilités. Les plus consciencieux et soucieux de garder à l'acte électoral sa dignité et à l'électeur son honneur, doivent alors décider de leur propre chef de ne pas utiliser cette encre ou d'accepter tout refus citoyen de l'utiliser, car elle n'est légalement pas obligatoire, son absence n'annulant en aucune façon l'acte de vote.

En l'absence d'initiative des présidents des bureaux de vote, nous conseillons vivement à nos concitoyens les électeurs de refuser de tremper leur doigt dans une encre qui les marque comme sous-électeurs, bons pour une sous-démocratie où l'on marque les votants à la manière des animaux pour que des commerçants n'ayant en vue que le profit fassent leurs juteux bénéfices sur leur dos.

Ainsi, l'électeur tunisien prouvera encore plus sa maturité et son attachement à une vraie démocratie, entière et morale, non pas une simple opération formelle, réduite à n'être qu'une opération commerciale.

Et que l'électeur ne soit pas berné sur le caractère obligatoire de l'encre ; elle n'en a point n'ayant aucun caractère légal. Ce serait plutôt illégal que les bureaux de vote empêchent des votants régulièrement inscrits d'exercer leur droit au prétexte qu'ils ne veulent pas être marqués comme des bêtes, excipant leur maturité et leur juste exigence d'être traités comme on traite l'électeur dans une vraie démocratie.

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