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Pour une politique "adogmatique"

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On ne le sait que trop: la politique s'écrit chez nous avec un "b" initial, ou encore la particule "bou"; ainsi est-elle "boulitique", une boulimie de langue de bois. Or, cela ne peut plus servir aujourd'hui, à supposer qu'il ait eu une quelconque véritable utilité un jour.

J'ai déjà précisé l'inéluctabilité de la "poléthique"; dans ce même cadre, disons que notre action politique se doit désormais de veiller à être "adogmatique".

Cela veut dire que l'on doit déférer à la nécessité d'admettre qu'il n'existe plus de vérité une et unique, religieuse ou profane, qu'il n'y a que des formes de la vérité, variables à l'infini.

La vérité est fondamentalement multiple; c'est ce qui fait son unité, une sorte de Sainte Trinité ou ce kaléidoscope qu'est l'humain qui déjà, pour le moins, est en duel avec ses éléments étroitement imbriqués du physique et du spirituel, sans lesquels il n'est nulle vie.

La vérité comme dévoilement

Chez les Grecs, la vérité a un nom: aléthéia, qui veut dire "dévoilement". Étymologiquement, elle est "modalités altéthéiologiques", autrement dit relativisme.

Celui-ci, ainsi que Simmel l'a défini, n'est que la relativisation d'une vérité ne devant plus être unique, ramenée à l'unicité comtienne de la reductio ad unum, mais plurielle, une unité multiple, unitas multiplex.

Cela implique la mise en relation de toutes les vérités singulières et interstitielles qui sont dans le quotidien et dont use la sagesse populaire. Elle permet ainsi de survivre aux plus démunis de notre peuple, chez qui le nombre de ceux qui sont au-dessous du zéro économique vital augmente sans cesse de manière exponentielle.

C'est à une telle déconstruction efficace de l'essentialisme politique que l'on doit s'atteler, ce dernier marquant la pratique politique en vigueur au pays. Or, c'est un dogmatisme d'autant plus pernicieux qu'il se pare de morale, cette "moraline" monstrueuse qui se veut civile tout en n'étant même pas correctement religieuse, étant tout simplement incivile.

Un tel substantialisme ne peut plus constituer le fondement de notre manière de voir la situation en notre chère Tunisie, nous amenant à penser incorrectement l'ordre des choses. Voici deux exemples précis en matière de tolérance et d'intolérance pour illustrer un tel travers à bannir au plus vite.

Une tolérance injustifiée du trouble à l'ordre

D'abord, cette tolérance injustifiée à l'égard d'activistes minoritaires, ne représentant qu'une infime proportion de la majorité populaire, et qui s'agitent contre l'État de droit aussi bien dans nos mosquées, sur nos ondes que dans la rue.

On en a un exemple flagrant avec les excités qui ont occupé illégalement la voie publique devant une enseigne commerciale dans une cité populaire, portant à la fois atteinte à l'ordre public avec un slogan qu'on ne peut tolérer étant contraire aux libertés, qu'à l'État de droit et au caractère civil de cet État.

En effet, cette poignée d'excités entend contrarier une liberté essentielle, consacrée tant par la loi que par la foi, celle de commercer en toute liberté, ce qui implique l'alcool dont ils veulent interdire la vente.

Or, ce dernier n'est illicite en Islam que par l'abus qu'on en fait, sinon il fait bien partie des bienfaits voulus par Dieu à ses créatures.

Une intolérance injustifiée aux droits de l'Homme

L'intolérance est celle qui se fait jour à l'égard des valeurs humanitaires et des droits de l'Homme, fondement même de l'État de droit. En effet, au prétexte de la lutte contre le terrorisme, on prétend se libérer du devoir qui s'impose d'un tel respect, et ce quelles que soient les circonstances.

Car c'est tout simplement faire le jeu des terroristes qui nient justement les droits de l'Homme que de se comporter comme eux.

Quelle différence y a-t-il donc entre le sauvage et le civilisé si ce dernier se laisse aller à s'abaisser à la bestialité du premier en se comportant comme lui quand c'est contre sa sauvagerie même que sa supposée humanité doit être prouvée et expérimentée?

Ce sont deux exemples parmi tant d'autres, mais qui sont suffisamment éloquents pour illustrer à quel point nous versons dans la confusion des valeurs, sciant la branche de l'État de droit sur laquelle on croit et on prétend vouloir se tenir.

C'est une politique dogmatique, chez les religieux comme chez les laïques, qui le permet; il n'est donc que temps de la rendre "adogmatique"!

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