LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Farhat Othman Headshot

Pour une association musulmane de lutte contre l'homophobie

Publication: Mis à jour:
Imprimer

On apprend que le gouvernement a réclamé la dissolution de l'association Shams, et on s'étonne de le voir s'en prendre ainsi à une association qui appelle à l'amour et à la tolérance tandis qu'il tolère celles qui cultivent la haine et appellent à la guerre!

Il est vrai que Shams s'est illustrée par la forte campagne contre le test anal, et qui a été un succès. Elle a amené dans un premier temps les autorités judiciaires à accepter de faire bénéficier d'une libération conditionnelle après une longue et injuste détention le jeune étudiant dont la condamnation a suscité un tollé général, national et international.

Elle semble augurer d'une libération définitive lors du jugement en appel prévu pour le 10 décembre, les pressions internationales continuant de s'exercer sur les autorités tunisiennes qui avaient tout à perdre de cette affaire pour leur image de marque.

Le silence des associations et des militants contre l'homophobie l'indique: une transaction stipulant le silence sur la nécessaire abolition de l'article 230 contre l'élargissement définitif du jeune Marwane. Ce qui sera une excellente issue, insuffisante hélas, car ce qui est demandé en la matière ce n'est pas la charité, mais la reconnaissance d'un droit!

Que l'innocent soit élargi, ce n'est que justice pour son propre profil et ses qualités intrinsèques avérées; mais cela doit aussi l'être pour l'illégalité du test anal qu'il a injustement subi et l'abomination de l'article 230 du Code pénal légitimant l'homophobie en Tunisie.

Fausse stratégie pour l'abolition de l'homophobie

L'attitude du gouvernement le démontre: plus que jamais, il faut un projet de loi d'abolition de l'homophobie en Tunisie pour faire taire les homophobes. Or, les associations ne sont malheureusement pas prêtes de proposer un tel texte pour cause d'orientation séculariste qui est moins leur fait qu'une exigence de leurs soutiens occidentaux tenant à exclure la religion en la matière.

Pourtant, on ne le dira jamais assez: il n'est nulle autre option pour obtenir l'abolition de l'homophobie en terre d'islam que de prouver que cette religion n'est pas homophobe! Car les milieux intégristes usent et abusent de l'argument religieux.

Qu'on soit rétif à cela, au prétexte de ne pas mélanger la religion à la vie civile peut se comprendre sur le strict plan idéologique, mais non public, surtout pour réussir un tel combat. En l'objet, plus que jamais, il importe de rappeler que l'islam est à la fois culte et culture, foi et politique civile.

En s'abstenant de présenter un projet de loi pour susciter au moins le débat du fait de la forte pression imposant une exigence laïcisante qui n'est pas sans un relent islamophobe, les associations prennent le risque d'apparaître aux masses comme une pure émanation des intérêts occidentaux en Tunisie. Ce qui convient parfaitement à la stratégie homophobe des autorités, les islamistes intégristes en premier.

Le plus grave c'est que ces associations sont alors assimilées à certaines officines mercantiles très actives dans le monde musulman et qui, sous couvert de lutte contre l'homophobie, ne font que du business.

Cela donne un excellent prétexte aux intégristes qui ne manquent d'en user pour frapper d'anathème la légitime demande d'abolition d'une homophobie qu'ils peuvent alors à loisir assimiler à une occidentalisation des mœurs quand c'est son maintien qui perpétue la morale judéo-chrétienne initiale en terre d'islam.

L'arme contre l'homophobie c'est le rappel que l'islam n'est pas homophobe

On ne doit pas négliger cet aspect des réalités qui plombe la cause de la lutte contre l'homophobie en Tunisie au grand dam des victimes attendant que justice leur soit rendue et de la vérité historique que l'homophobie a été introduite dans le pays par la morale du colonisateur.

Pourtant rien n'est plus facile ni plus logique que d'éviter de tels désagréments et/ou fausse réalité. Il suffit pour cela d'oser présenter un projet de loi appelant à l'abolition de l'homophobie sur la base de la violation de la constitution et de l'islam. D'autant plus que la preuve a été apportée pour l'un et l'autre cas.

Il faut dire encore ici que certains s'illusionnent sur un possible futur rôle de la Cour constitutionnelle appelée à déclarer inconstitutionnel l'article 230. C'est un bel exemple d'irresponsabilité consistant à se défausser sur une institution qui sera amenée à faire le raisonnement inverse, à savoir que l'homophobie en Tunisie est imposée par les valeurs islamiques que le préambule de la Constitution rappelle et auxquelles les lois sont soumises.

C'est ce qu'espèrent d'ailleurs les milieux intégristes afin que la question de l'abolition de l'homophobie soit définitivement enterrée et de la meilleure façon qui soit, par la plus haute autorité juridique!

On le voit donc, il n'y a qu'une voie passante qu'il est temps pour les vrais militants d'emprunter! Il n'est qu'une seule arme efficace et elle doit être utilisée si on veut vraiment gagner la bataille contre l'homophobie: le rappel de la preuve déjà apportée que l'islam n'est pas homophobe.

Initiative salutaire pour l'islam et l'humanisme tunisiens

Comme les associations laïques ne veulent pas faire usage de cette arme fatale, pourquoi n'y aurait-il pas une association qui se créerait au nom de l'islam et qui en userait? Ne serait-ce pas une bonne façon de défendre l'islam en Tunisie des scories qui le défigurent en commençant par cette honte de l'homophobie?

Quand on note que les hommes et femmes publics supposés modernistes sont montés au créneau pour faite acte d'une homophobie primaire, y compris le président de la République, pourtant garant du respect de la constitution, et que certaines figures supposées intégristes ont fait montre de moins de zèle homophobe, on ne peut qu'appeler à une telle association pour sauver l'islam transformé en une religion obscurantiste, terreau du terrorisme.

Elle aurait aussi pour charge de rappeler au président du parti islamiste, M. Ghannouchi, une position de principe favorable à l'abolition de l'article 230 que nombre des personnalités du parti, même si elles s'en cachent encore, ne sont pas loin de partager, n'osant pour l'instant faire état que d'une réserve prudente, bonne à souligner, comme celle de Mme Labidi.

Il suffit donc aux uns et aux autres d'oser avoir le courage qui a manqué aux supposés démocrates de faire un pas supplémentaire vers un esprit encore plus démocratique que l'apparition de cette association encouragera. Quel beau coup ce serait dans la mare des soi-disant modernistes, un pavé consolidant l'idée que c'est le parti islamiste en Tunisie qui dirige le pays.

Ce serait surtout une occasion d'or pour le gourou Ghannouchi de sauver la face en cette matière où sa reculade risque de lui faire porter pour l'éternité un honteux surnom rappelant celui du faux prophète Moussaylima, Rouiched le Menteur!

Alors, doit-on laisser la charge de l'abolition de l'homophobie en Tunisie à une association musulmane militant pour le vrai renouveau de l'islam, tolérant et libertaire? Assurément, ce sera une initiative salutaire rendant justice à l'islam tunisien menacé de daéchisation mentale!

Car, bien évidemment, l'objet de cette association ne se limitera pas à la cause homophobe; puisqu'elle aura aussi pour ambition d'étendre son action à tout ce qui bloque la revitalisation nécessaire des valeurs islamiques en vue d'un être-ensemble serein pour un vivre-ensemble démocratique.

Par exemple, elle militerait également pour l'égalité successorale entre les sexes et pour une correcte interprétation des préceptes islamiques en matière de jihad - qui ne peut être que maximal, la lutte contre ses propres pulsions - ou du martyre, ce concept supposant de vivre et non de se tuer, car la vraie notion de chahada en islam est de témoigner et non de mourir comme c'est le cas dans la conception chrétienne.

Alors, verra-t-on les valeureux militants de Shams - dont le sort semble scellé, puisqu'elle n'a même pas encore de statut et donc de réalité juridique - reconvertir leur association en une activité faisant l'éloge du soufisme et de sa conception tolérante en matière sexuelle et homosensuelle? Son sigle et son nom s'y prêtent puisque Shams réfère moins au soleil qu'à Shams Tabriz auquel réfèrent les derviches tourneurs, effigie de l'association.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.