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Pour un nouveau militantisme : Initiative législative en self-service de la société civile

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On n'arrête pas de lancer des cris et des alertes sur l'état des libertés en Tunisie, allant de mal en pis ! Or, on sait que celui qui crie n'agit pas. C'est hélas ce que font nos militants de la société civile, qui est pourtant capable de faire bien mieux que de l'incantation : des miracles, s'il le faut !

On l'a bien vu avec le texte de la Constitution qui a failli être d'une totale nullité dans sa première version qualifiée malgré tout, à l'époque, par celui qui veut aujourd'hui s'attribuer la paternité du texte final, de chef d'oeuvre parfait !

Triste bilan de la révolution

Aujourd'hui, à l'exception de la liberté d'expression écornée malgré tout et chahutée, la situation est la même que sous la dictature en matière de droits et de libertés. En effet, le pays est toujours régi par l'arsenal de lois scélérates de l'ancien régime. Les gouvernements successifs n'ont pas osé abolir les lois liberticides, en faisant même usage pour brimer la jeunesse.

Ils prétextent la situation d'insécurité dans le pays et surtout le terrorisme. Or, ce sont de telles lois liberticides qui minent le peu de confiance que la révolution a ramené dans les coeurs à l'égard de la classe politique.

Or, la confiance dans l'État est quasiment disparue désormais et les jeunes, comme avant brimés, ne s'immolent plus par le feu ni en allant périr au fond de la Méditerranée. Ils s'adonnent au coup de feu terroriste. Pour cela, ils n'ont même plus besoin d'aller loin, la Libye est toute proche pour rallier l'horreur qu'est Daech et qui est, pour la plupart des jeunes paumés, une sortie de l'horreur d'une vie sans droits ni libertés.

On l'a dit pourtant et répété : Il n'y a que l'État de droit pour contrer efficacement le terrorisme. Il faut permettre au jeune de vivre librement sa vie, y compris de faire des bêtises innocentes relevant de ce qu'on appelle vulgairement "jeter sa gourme" (fumer un joint, avoir une relation sexuelle, boire de l'alcool, etc. de menus rites de passage à l'âge adulte), afin de ne pas l'encourager à hanter les véritables chemins de traverse, ceux du banditisme de grand chemin.

Déconnexion des réalités populaires

On sait aussi que pour l'édification de l'État de droit, il faut des lois; ce à quoi se refusent nos dirigeants coupés des réalités du pays. Or, qui est plus proche de ces réalités que les militants de la société civile ? Ils admettent aussi la nécessité des lois; pourquoi donc n'en proposent-ils pas au lieu de les réclamer en vain puisque ni les députés ni les autorités ne le feront ?

La raison est que nombre de militants ne font que du militantisme de salon avec des méthodes copiées sur l'Occident, sinon dictées par lui, qui n'ont aucune prise sur la réalité et encore moins sur les autorités.

D'autres s'investissent vaillamment sur le terrain, apportant soutien et réconfort aux cas de détresse, mais sans réelle écoute des masses, car usant d'arguments ne leur parlant pas, là encore importés de l'étranger, sans la nécessaire adaptation à la mentalité du pays tout en ne cédant nullement sur les valeurs.

Pourtant le monde a changé et, en Tunisie comme ailleurs, de telles méthodes antiques ne servent plus ou si peu. L'action efficace aujourd'hui de la part de la société civile doit être une sorte de militantisme self-service qui défend et impose une valeur non pas simplement en agitant des slogans, mais en proposant un texte de loi de nature à être défendu devant le parlement et voté.

Il est sûr que si la société civile arrivait à se faire violence en quittant sa posture actuelle qui est un mélange d'attentisme, de laïcisme et de procrastination, outre une satisfaction du confort d'un militantisme de salons et de happy few, la situation des libertés changera du tout au tout.

Initiative législative en self-service de la société civile

Voilà comment la société pourra faire bouger les choses : Elle doit se substituer aux autorités défaillantes comme elle a su le faire lors du débat sur la Constitution. On sait toutefois que l'essentiel a alors été fait à l'étranger; mais pour nos lois internes, cela ne saurait être le cas.

C'est à la société civile de préparer ses textes, de les proposer et de les défendre afin de finir par les faire entrer à l'Assemblée. Après tout, le nombre requis pour l'initiative parlementaire n'est pas si élevé que ça : Juste dix députés ! N'y aurait-il donc pas une dizaine de démocrates dans l'Assemblée pour endosser des textes informels comme ceux déjà proposés pour l'abolition de l'homophobie ou la dépénalisation de la consommation du cannabis ? Que si, à la condition que les associations militantes leur propose un texte à parrainer !

Alors, qu'elles agissent en osant proposer des textes incarnant les valeurs humanistes et en les défendant becs et ongles ; des textes efficaces, privilégiant la simplicité, la clarté et allant à l'essentiel, mais tout en étant organiques, enracinés dans les réalités populaires.

Que la société civile parraine donc le texte ci-après rappelé pour l'instauration de l'égalité successorale en Tunisie sans plus attendre ! Elle assumera alors entièrement sa responsabilité en ce moment historique pour sortir la Tunisie de son actuel Moyen Âge juridique en matière successorale.

Imaginons un instant quel débat on aurait à l'Assemblée si l'on venait à y faire discuter ce projet et combien de masques tomberont sur les faux démocrates et les prétendus modérés ! Le vote favorable y sera acquis à l'avance, sauf reniement douloureux des faux démocrates amenant forcément le changement du tout au tout dans le pays de la donne actuelle basée sur le mensonge et les fausses apparences, notamment celle d'un islam politique se voulant démocratique et qui démontrera alors ne point vouloir ou pouvoir l'être.

Ce sera le même résultat que donneront les autres projets de loi déjà proposés aux associations militantes, mais snobés par elle, sur les questions sensibles de l'abolition de l'homophobie et la dépénalisation du cannabis, parmi les thématiques de nature à lever les freins qui figent les mentalités sur un temps révolu, cultivant un terrorisme mental et empêchant le saut qualitatif vers la démocratie.

Que la société civile ose enfin parrainer ces projets en 2016 ! Qu'elle commence par celui cité ci-après, inaugurant ainsi en beauté cette année nouvelle avec un militantisme du 21e siècle, un militantisme d'initiative législative en libre service !

Projet de loi
pour
l'égalité successorale

Eu égard à la consécration constitutionnelle de la parfaite égalité des citoyens,

Tenant compte du rôle éminent de la femme dans la société tunisienne et son droit d'égale de l'homme,

Et par référence aux visées de l'islam qui a honoré la femme et élevé son statut dans une démarche progressive et progressiste en conformité avec le sens de l'histoire et les valeurs humanistes universelles,

L'Assemblée des Représentants du peuple décide :

Pendant une durée de dix ans à partir de l'entrée en vigueur de la présente loi est suspendue dans le livre neuf du Code du Statut personnel intitulé "De la succession" la règle de l'attribution à l'héritier masculin d'une part double de celle revenant aux femmes.

Durant cette période et sauf refus avéré de la femme concernée, il lui sera attribué une part égale à celle revenant à l'héritier de sexe masculin.

Au bout de dix années d'application de la présente loi, elle sera confirmée et rendue définitive ou abrogée selon une évaluation réalisée sur la décennie de son application.

Celle-ci sera examinée par l'Assemblée des Représentants du Peuple avant la fin de la décennie d'application de la présente loi pour sa confirmation définitive ou son abrogation.

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