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Migrations: Non au partenariat européen pour l'immobilité!

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INTERNATIONAL - Des négociations sont en cours entre l'Union européenne et le Maroc portant sur un accord scélérat que toute conscience libre se doit de dénoncer, appelant à ce que le Maroc ne le signe pas, car il n'y aurait que du déshonneur pour sa diplomatie.

Appelé faussement "partenariat pour la mobilité", cet accord est une batterie de mesures destinées à exporter au Maroc les obligations légales et humanitaires s'imposant aujourd'hui à l'Europe et qui n'en veut plus, se défaussant sur ses partenaires.

Pour une conscience consciente

Cet accord est véritablement pour une immobilité de la circulation en Méditerranée, la figeant dans son état actuel devenu si dramatique que des voix européennes parlent même d'un "holocauste moderne" en notre mer commune.

Or, malgré son Nobel pour la Paix, l'Europe continue à cultive les raisins de la colère, au fi de ses propres valeurs du fait d'une politique migratoire tellement inepte qu'elle est devenue criminogène.

Avec cet accord, l'Europe persiste et signe, prétendant sauvegarder ses acquis démocratiques envers et contre toute raison. Alors que notre monde est devenu un immeuble planétaire, l'Union européenne ferme les yeux sur ses turpitudes et celles de ses partenaires, refoulant vers eux ses problèmes, notamment ceux qui titillent sa conscience inconsciente.

C'est ce qu'illustre son forcing actuel voulant aujourd'hui obtenir du Maroc la signature d'un accord scélérat, car comportant des mensonges et des périls.

Un accord scélérat

Cet accord est un diktat que l'Europe veut imposer à ses voisins du sud de la Méditerranée, aujourd'hui le Maroc et demain la Tunisie, par exemple. Il ne s'git nullement, comme on le présente faussement, d'un partenariat et encore moins pour la mobilité; il est une contrainte éhontée que la puissance économique de l'Europe veut imposer au Maroc et à la Tunisie, quitte à aggraver leurs problèmes, tant humains qu'économiques.

L'accord a pour seul but de délester l'Europe du fardeau que représente pour sa conscience, sa politique et son économie, le poids des flux grossissants d'immigrés clandestins. Au prétexte qu'on cherche à faciliter la délivrance des visas dans leur formule actuelle, qui est illégale au vu du droit international, elle entend obliger les pays du Maghreb à réadmettre sur leur sol toutes les nationalités qui viendraient à y passer dans une tentative infructueuse pour gagner la citadelle européenne.

Cela reviendra concrètement pour le Maroc, comme pour la Tunisie s'apprêtant à signer cet accord de la honte, à devoir créer des camps de rétention pour des clandestins qui viennent de plus en plus du reste de l'Afrique et dont le nombre ne cessera d'augmenter au vu de la situation catastrophique qui y règne et dont une bonne part de responsabilité incombe à l'Europe.

On ne peut jouer au pyromane et au pompier, surtout qu'on ne cherche pas à éteindre l'incendie qui embrase la Méditerranée, mais juste à en circonscrire le foyer pour le transplanter au Maghreb. N'est-ce pas honteux pour un prix Nobel dont la responsabilité est grande dans le maintien de la paix?

Une solution alternative de raison

Je viens d'adresser une lettre ouverte au roi du Maroc sollicitant son arbitrage au nom de sa juste vision des intérêts de son royaume et de sa responsabilité de garantie de la paix civile sur son territoire. Car la signature d'un tel accord précipitera le Maroc dans un cycle de problèmes insolubles, humanitaires d'abord, mais aussi sécuritaires, politiques, économiques et juridiques.

En appelant le Maroc à ne pas signer cet accord de la honte, je ne le fais pas en irréaliste, n'ayant pas l'inconscience de ne pas prendre en compte les exigences sécuritaires incontournables aujourd'hui. Je propose même la seule solution satisfaisante de nature à concilier le respect du droit international et l'humanisme dont on se soucie si peu avec les réquisits sécuritaires: la substitution du visa biométrique de circulation à la formule actuelle du visa, léonine et contraire au droit international.

Relever les empreintes digitales des citoyens marocains sur leur territoire national par une autorité étrangère sans une compensation sérieuse est une violation flagrante du droit international. Or, le visa délivré au compte-gouttes et dans des conditions de plus en plus dégradantes n'est pas une concession; il le deviendra quand il se transformera en visa biométrique de circulation délivrable sans frais pour une période minimale d'un an pour une libre circulation et renouvelable automatiquement.

C'est la seule solution de raison en l'état actuel des choses en attendant que cet instrument cacochyme des relatons internationales soit définitivement levé afin de se débarrasser de la catégorie des clandestins qui n'est qu'un mythe servant à justifier des politiques à visée purement interne.

Car il n'y a pas de clandestins si la libre circulation légale est garantie. Avec le visa actuel, c'est donc le droit qui crée le non-droit!

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