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M. le Président de la République, qu'est-ce donc ce voile imposé à la femme à Carthage?

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Si je me permets, Monsieur le Président, de m'adresser directement à vous ici, c'est que je respecte trop votre talent politique auquel je me permets de faire appel afin de le mettre, tant qu'il est encore temps, au service d'une politique éthique, une poléthique.

Ce à quoi ne veillent pas assez, malheureusement, ni les ministres du gouvernement ni votre entourage. Or, la veille axiologique est impérative, aujourd'hui plus que jamais.

Vous ne voulez pas de l'égalité successorale

M. Caïd-Essebsi, vous avez eu beau évoquer, le 13 août, le droit de la femme a être l'égale de l'homme, y agissez-vous vraiment ? Car vous ne faites rien, aucun projet de loi n'ayant été encore proposé à ce jour!

En politique classique, antique même, cela s'appelle simuler et dissimuler. En politique de notre temps, devant être morale, un tel agissement est immoral, relevant de l'intention consciente ou inconsciente de vouloir tromper. Et je ne veux pas croire que cela soit votre cas.

Certes, on dira que l'engagement quant à l'abolition de la circulaire interdisant le mariage et/ou l'enregistrement d'un mariage avec un non-musulman a été finalement tenu, mais ne fut-ce pas pour donner le change?

Qu'est-ce qui empêche donc de réaliser, de suite, l'égalité successorale sinon une volonté de ne rien faire, juste pour donner l'illusion qu'on y agit? On a bien sûr constitué une commission pour cela; mais n'est-ce pas en vue d'enterrer la question, au mieux la renvoyer aux calendes grecques?

Un projet de loi consensuel existe pourtant, et qui est susceptible de satisfaire la légitime revendication des femmes à l'égalité, ce non seulement au regard du droit, mais également de la religion.

Car l'islam est pour l'égalité parfaite en tout entre les croyantes et les croyants; la parfaite égalité successorale y est même un impératif catégorique au vu de ses visées.

Ce qui m'amène à conclure que vous n'avez pas véritablement le souci de réaliser l'égalité successorale. Ce qui est regrettable, car vous auriez alors non seulement mis vos pas dans ceux de Bourguiba, mais dans le même temps avantageusement substitué votre nom au sien en réussissant ce qu'il n'a osé faire en des circonstances encore plus clémentes que celles dans laquelle vous agissez.

Or, vous avez et l'âge et l'expérience pour oser; et la foi correctement interprétée vous y encourage. Si vous ne songez pas à une telle action historique afin d'inscrire votre nom dans le marbre des grands de l'histoire, qui le fera à votre place ? Si vous ne le faites pas pour la dignité de la patrie aujourd'hui, qui d'autre le fera et quand?

Demandez donc à la commission que vous avez constituée d'examiner le projet consensuel proposé et qui est de nature à réaliser l'égalité successorale sans plus tarder, sans mécontenter personne.

Le peuple est parfaitement prêt contrairement à une telle évolution qualitative, une révolution mentale, comme en tant d'autres sujets au demeurant, contrairement à ce qu'on colporte de faussetés à ce sujet; croyez le chercheur de terrain, en parfaite syntonie avec la Tunisie des profondeurs.

Vous ne voulez pas la justice pour tous

Si je suis aussi catégorique à fustiger une inertie qui ne vous honore pas, vous ayant connu plus audacieux, c'est que des signes ne trompent pas aujourd'hui dans votre action publique, dénotant l'absence de ce panache qui a été le vôtre de par le passé.

D'abord, votre sens de la réconciliation administrative, osant appeler au pardon des coupables alors que des innocents n'arrivent toujours pas à avoir satisfaction de leurs droits légitimes : la levée d'injustices datant du régime déchu.

Comment songer à pardonner aux coupables avant de rendre leurs droits à des innocents qui n'exigent même pas de réparation, juste la levée du tort avéré qui leur a été fait et le droit de servir leur patrie, surtout au moment où elle a un besoin cruel de compétences sûres et non simulées?

Interrogez donc les ministres du gouvernement combien ils ont dans leur département de cas d'injustice touchant de fiers commis de l'État n'ayant été auteurs d'aucun méfait pour pouvoir être concernés par la loi que vous défendez pour ceux qui, légalement, ont été des malfaiteurs!

Interrogez votre ministre des Affaires étrangères s'il a réparé toutes les injustices ! Si je me limite à citer ce département, c'est que j'en été et continue à en être une des nombreuses victimes revendiquant que justice leur soit rendue.

Vous imposez un voile judaïque, non islamique

Si je suis surtout catégorique dans mon jugement quant à l'absence de volonté réelle de votre part à réaliser l'égalité successorale, c'est que des signes pertinents le veulent et l'imposent. Je n'en citerai qu'un seul : celui imposé par le protocole présidentiel aux femmes diplomates.

Pourquoi vouloir encore que la femme se voile la tête pour prêter serment sur le Coran ? Il n'existe aucune obligation religieuse de port du voile, ni dans la vie ni pour prêter serment contrairement à la Bible où le voile est religieux.

En islam, le voile est tout juste une tradition. Alors qu'applique-t-on donc en Tunisie : le Coran ou la Bible? Il est vrai, nombre de jurisconsultes, influencés par la tradition judéo-chrétienne ont édicté un précepte nullement justifié, faisant du voile judaïque un voile islamique. N'est-il pas temps de sortir d'une pareille supercherie religieuse ? Il n'y a pas de nonne en islam, faut-il le rappeler!

Exigez, Monsieur le Président, que l'on retire du protocole présidentiel l'obligation inepte faite aux femmes de se couvrir la tête lors de la prestation du serment ! Vous ferez alors un pas sérieux vers l'égalité parfaite, et non juste simulée!

Ce sera un acte symbolique à forte teneur politique fondant votre action - si elle est sincère - pour honorer la femme, ainsi que l'islam l'a fait, la reconnaissant l'égale de l'homme en tout, y compris en termes successoral!

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