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Affaire de Béni Mellal: Pour un projet de loi pour en finir avec le crime d'homophobie

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HOMOPHOBIE - Il est temps de le dire et d'agir pour le droit et l'éthique: l'homophobie de l'article 489 du Code pénal est illégitime et viole la saine interprétation des traditions marocaines et de l'islam. Le crime qui vient d'avoir lieu à Béni Mellal le confirme de la plus horrible façon.

Les criminels de Béni Mellal ont violenté la religion islamique par deux fois: en profanant la sacralité de l'intimité des personnes et de leur domicile protégée par l'islam et la lettre et l'esprit de cette religion. S'agissant de la protection de la vie privée, elle y est attestée et avérée au point que le calife Omar, malgré sa sévérité, mais aussi à cause de sa justesse dans l'application des textes et de la justice, a osé punir des criminels bien moins coupables que les agresseurs de Béni Mellal, qui étaient venus dénoncer des consommateurs d'alcool chez eux, sans sanctionner ces derniers. Il a estimé que la violation du domicile était bien plus grave que la consommation d'alcool chez soi.

Alors, pourquoi les victimes du lynchage ont été condamnées à des peines plus lourdes que les agresseurs? Pourquoi ne pas suivre les commandements du second Calife Majeur? Les juges du royaume seraient-ils plus justes qu'Omar? S'agissant de la saine interprétation de l'islam, il a été démontré et largement prouvé que l'islam n'est pas homophobe, l'homosensualité (terme proposé pour remplacer celui trop connoté de "sexe"), étant placée par Dieu dans certaines de ses créatures parfaitement dignes et respectables.

En effet, le Coran n'en parle qu'en termes de récits rappelant ce qui a existé avant lui; même le verset supposé par certains en traiter est loin d'évoquer la question selon les exégètes les plus réputés, comme Tabari. Et il n'est aucun hadith prophétique attesté dans les deux recensions unanimement considérées comme étant les seules crédibles que sont Boukhari et Mouslem.

Les dires évoqués en la matière sont inauthentiques ainsi que les faits atroces rapportés et qui, en tout cas, n'ont jamais été attribués au prophète, mais à certains de ses Compagnons influencés par la tradition judéo-chrétienne. Tous les jurisconsultes musulmans le diront: il n'est d'illicite en islam qu'au vu d'un commandement clair, net et précis. Or, il n'y en pas!

L'homophobie, contraire aux droits de l'homme et au "vivre-ensemble"

L'article 489 du Code pénal viole aussi la Constitution marocaine et l'État de droit qu'elle consacre dans le royaume. Il faut donc l'abroger au plus vite, car c'est une tare pour la démocratie qui n'existe que par le vivre-ensemble supposant que l'on respecte tout un chacun, y compris et surtout le différent. Or, désormais, l'homosensuel est la figure emblématique du différent absolu.

De plus, comme la Constitution est la norme supérieure dans le royaume, l'article 489 est d'office nul et non avenu; aussi, le devoir des juges est de s'abstenir de s'y référer. Il y va de leur honneur et ils risquent de mettre en cause celui de la monarchie par des décisions ainsi injustes et illégales! Il est à noter ici que les militants des droits humains, s'ils invoquent volontiers cet aspect des choses, s'abstiennent souvent d'évoquer l'argument majeur exposé ci-dessus quant au fait que l'islam n'est pas homophobe, alors qu'il est le seul à permettre l'abrogation en terre d'islam de l'injustice moyenâgeuse de l'horreur homophobe.

À cet égard, disons que ces militants, dans une stratégie inadaptée aux réalités de nos pays et donc contreproductive, nourrissent le fallacieux espoir d'obtenir l'abolition de cet article en saisissant la Cour constitutionnelle. En cela, ils se trompent lourdement et se font berner par les islamistes qui les encouragent à utiliser une voie qui n'est qu'une véritable impasse juridique. En effet, tout élève juriste le dira: les juges constitutionnels une fois saisis n'auront que le choix de déclarer la constitutionnalité du honteux article 489 eu égard à la référence à l'islam dans la Constitution, ce qui figera la situation actuelle longtemps sinon toujours.

"Susciter un débat salutaire"

Il ne reste pas moins que la voie juridique est nécessaire. Mais pas la judiciaire, plutôt la législative. Un texte de loi référant aussi bien à la Constitution qu'à l'islam et aux traditions du pays sainement et correctement interprétées doit être proposé au plus tôt au parlement pour abolir l'article 489 du Code pénal. Comme ni le gouvernement ni les partis ne le feront, c'est aux associations d'en prendre l'initiative et de finir par imposer ledit texte.

Ce texte devra mentionner que l'homophobie est contraire non seulement aux droits de l'Homme et au vivre-ensemble paisible, à la base de la démocratie, mais aussi à l'islam qui n'est pas homophobe. De plus, que l'orientation sexuelle relève de la vie privée que respectent l'État de droit marocain et l'islam.

Un tel projet de loi aura pour le moins le mérite de susciter un débat salutaire dans le pays, honnête et crédible, et il amènera alors forcément tous les intégristes, religieux comme profanes, à tomber enfin le masque en se positionnant clairement pour ou contre le vivre-ensemble paisible et les droits humains. S'ils sont contre l'abrogation, c'est qu'ils ne sont pas démocrates et donc nullement patriotes!

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