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L'obligation de lutte anti-homophobie du ministère de l'Éducation nationale

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On a vu récemment le ministère de l'Éducation nationale, sous la pression, semble-t-il, des lobbys politiques, consacrer une journée à la Palestine dans les écoles et lycées.

Or, la politique n'a pas droit de cité dans les établissements scolaires! Encore si on avait veillé à parler de manière objective du conflit palestinien et non de la façon manichéenne ainsi qu'on la fait! En osant, par exemple, faire état de la justesse de la lecture de Bourguiba et de la nécessité de reconnaître Israël dans le cadre d'un appel au retour à la légalité internationale du partage de 1947.

La mission éducative de lutte contre l'homophobie

Ce qui est aberrant, c'est que le ministère -- qui fait par ailleurs du bon travail globalement --, tout en se laissant aller à la démagogie politicienne de certains sur la Palestine, s'abstient d'agir sur des questions essentielles de société qui polluent les esprits de nos enfants et adolescents.

Ainsi, celle de l'homophobie, cette tare légale de notre société guère homophobe pourtant, mais qui gagne du terrain, étant encouragée par le maintien de sa base légale, héritage de la colonisation, et par de supposés responsables, en fait des irresponsables, qui divisent la société et y empêchent le vivre-ensemble paisible.

Pourquoi donc le ministère n'initie-t-il pas des journées destinées à apprendre aux jeunes l'obligation démocratique et humaniste du vivre-ensemble et du respect mutuel autour de cette question fort symbolique? Car il est évident qu'accepter l'homosensuel (terme plus adéquat à substituer à celui par trop connoté sexe), c'est accepter le différent absolu.

Certes, on pourrait dire que l'homophobie est encore consacrée légalement en Tunisie; or, on sait parfaitement que ses jours sont comptés et qu'il importe de l'abolir dans le cadre de la réforme impérative de la législation scélérate de la dictature.

D'ailleurs, l'article 230 du Code pénal, base légale de l'homophobie est une pure survivance de la colonisation étant la manifestation de la morale judéo-chrétienne qui a persisté en France jusqu'en 1982.

Faire redécouvrir aux jeunes une riche culture tolérante

Le ministère pourra ainsi, textes littéraires, historiques et religieux à l'appui, rappeler la tolérance qui a marqué l'islam et sa civilisation en la matière.

Il rectifiera du coup la fausse lecture du Coran, qui ne compte que du récit, la méconnaissance de la Sunna authentique qui ne comporte aucun hadith en l'objet ni chez Boukhari ni chez Mouslem, et la fausse interprétation de l'histoire des gens de Loth punis non point pour les moeurs sexuelles de certains parmi eux, mais du fait que c'était un peuple de brigands et de bandits de grand chemin.

Ce serait l'occasion de rappeler le riche legs de la culture arabe islamique où les poètes musulmans, tout comme les gens de loi et de foi, chantaient l'homosensualité dans cette catégorie d'homoérotisme appelée Moudhakkirat au moment où l'Occident mettait à mort les homosexuels.

Ce serait donc bien dans la mission du ministère de l'Éducation nationale de se charger de cette mission ô combien éducative de bannir les manifestations homophobes dans nos écoles et lycées, un pas important et obligatoire vers le vivre-ensemble démocratique.

Alors, M. le ministre Néji Jalloul, le feriez-vous? Et quand? Il y va de la noble mission de votre département en ce temps de confusion terrible des valeurs!

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La fresque sur le mur de l'école primaire de la Cité Essalama
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