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L'islam n'est pas homophobe (dernière partie)

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Comme le vin, l'homosexualité existe au paradis!

Pour être complet, terminons en évoquant la question qui a toujours irrité les plus puritains des religieux, celle des adolescents et éphèbes du paradis. Elle constitue, effectivement, la preuve la plus insurpassable sur la conception islamique révolutionnaire du sexe en notre époque. Il n'y est plus possible de parler de pareil sujet sans complexes ou crispations à l'encontre des temps anciens où les musulmans étaient bien moins embarrassés pour disserter sur le sexe tout à fait spontanément comme le leur a apprit leur religion.(1) La matière a été épuisée par cheikh Keshk dans son ouvrage: Réflexion d'un musulman sur la question sexuelle.(2)

Il s'agit d'une étude objective où le professeur Keshk analyse la question sexuelle en islam d'un point de vue instinctuel et non comme envisagée par les jurisconsultes selon les exigences de leur époque et l'imaginaire de leur société. Plus particulièrement, il a entendu dans sa réflexion sur la religion islamique s'éloigner radicalement de ce qu'il a appelé la religiosité de profession. Son idée se résume dans le fait que les adolescents du paradis et ses éphèbes y sont prévus pour la jouissance de ceux des musulmans pieux qui ont été abstinents et chastes sur terre. Ce qui renvoie à la conception totale du sexe chez les Arabes ainsi que nous en avons déjà parlé.(3)

La question des adolescents et éphèbes aux bracelets aux bras, à boucles aux oreilles est évoquée dans les versets des trois sourates suivantes:

-- Le Mont (52) : 24 :

"Des jeunes gens placés à leur service circuleront parmi eux semblables à des perles cachées."

-- Celle qui est inéluctable ou Al Waqui'a (56) : 17-18 :

"Des éphèbes immortels circuleront autour d'eux * portant des cratères, des aiguières et des coupes remplies d'un breuvage limpide."

-- L'Homme (76) : 19 :

"Des éphèbes immortels circuleront autour d'eux. Tu les compareras, quand tu les verras, à des perles détachées."

Qui sont donc ces adolescentes et éphèbes? Que font-ils au paradis? Est-ce que leur mission se limite au service seulement sans s'étendre au sexe; autrement dit, et contrairement à ce qui existait en ce temps-là, le rapport sexuel est-il exclu du service domestique au paradis ?

Ceux qui ont procédé par analogie avec les houris pour dire qu'ils sont en service, y compris celui du plaisir sexuel -- ainsi que le fit cheikh Keshk, à l'instar d'autres, bien nombreux avant lui --(4) ont fait le parallèle avec la question de la boisson alcoolique qui est licite au paradis, même s'il s'agit d'un vin paradisiaque d'un type particulier, n'ayant rien à voir avec l'alcool ici-bas.(5)

C'est ce que nous trouvons dans nombre d'exégèses de référence; en effet, il n'y a pas de contradiction chez les sommités des exégètes à dire que la mission de ces éphèbes et adolescents relève de ce qu'assurent de leur côté les esclaves servantes et les houris en termes de jouissance du fidèle selon ses désirs. Si ceux-ci portent sur le sexe féminin, les houris y pourvoient; s'ils inclinent vers le masculin, les adolescents et les éphèbes y sont prévus. C'est que le paradis est la complétude du plaisir et de la distinction, et l'islam ne voit pas d'empêchement à ce que l'entièreté du sexe y soit avec ses deux variantes, la féminine habituelle et la masculine; ce faisant, il ne contredit point la nature, telle qu'elle se décline tant chez les humains que dans le reste des créatures.

L'imam Tabari a agréé aussi une telle explication lorsqu'il a comparé la mission des adolescents dans le service de la boisson alcoolique aux fidèles à celle des houris et des vierges célestes. A'qam, dans son exégèse,(6) fut le plus explicite à le suivre en la matière; Tabatabaï va dans le même sens dans son exégèse La mesure dans l'explicitation du Coran.(7)

Le reste des exégèses,(8) y compris contemporaines,(9) n'hésitent pas à dire qu'il s'agit d'esclaves. Assurément, il existe aussi de multiples explications opposées, mais elles sont demeurées de faible valeur et ont été généralement rejetées. Ce sont, par exemple, celles qui ont dit qu'il s'agissait des enfants des musulmans qui les ont précédés au paradis; que ce sont les enfants de musulmans au service d'autres musulmans; ou les enfants des incroyants qui sont morts en bas âge sans péchés ni vertus et qui se retrouvent au service des vertueux du paradis; ou encore des enfants musulmans morts sans avoir eu le temps d'être pieux ou de pécher.

Notes
  1. Les livres d'histoire et de jurisprudence islamiques regorgent d'exemples en ce sens. Nous nous limiterons ici d'évoquer ce qu'on trouve dans "Du verdoyant bocage sur l'utilité de la baise" (sic; c'est bien le titre du livre, aussi choquant que cela puisse être !) du traditionaliste JalelEddine Siyouti : "Ibn Aqil AlHanbali a dit : Une discussion eut lieu entre Abi Ali Ibn Al Walid le Mo'tazilite et Abi Youssef Qazwini au sujet de la licéité des rapports sexuels des éphèbes au paradis; et Ibn AlWalid dit : cela se pourrait parmi la somme des jouissances du paradis, n'étant point cause de corruption".
  2. Le texte du livre est disponible en téléchargement sur internet. Il est intéressant de signaler que l'ouvrage, après avoir fait l'objet de saisie en 1984, a été autorisé et bénéficia de la permission de publication en 1985 à la suite d'une décision favorable d'une commission spéciale de l'Académie de recherches islamiques d'Égypte qui attesta qu'il ne comportait rien de contradictoire avec la religion musulmane ni dans son texte ni dans l'interprétation.
  3. La revue égyptienne Ma liberté a publié en date du 19 avril 1992 en pages 24 et 25 un article sur cheikh Keshk où il est dit que les adolescents du paradis aux boucles d'oreilles et aux bracelets sont pour la jouissance, le musulman n'ayant pas seulement droit au plaisir au paradis avec les houris, mais aussi avec les adolescents dont la beauté fascinante, la sveltesse du corps et la douceur sont source d'excitation pour les bienheureux qui ne commettent pas de péché en s'accouplant à eux au paradis.
  4. Ainsi que nous l'avons mentionné précédemment, dont le juge Yahya Ibn Aktham auquel on attribue ce qui suit : "Dieu a honoré les bienheureux du paradis que circulent autour d'eux des éphèbes, les privilégiant pour le service aux jeunes filles; qu'est-ce qui me priverait donc par anticipation de cette grâce réservée aux bienheureux dignes de la proximité de Dieu?"
  5. Cf. Razi en sa monumentale exégèse Clefs de l'Invisible. Cf. Razi en sa monumentale exégèse Clefs de l'Invisible. Sur l'alcool, cf. mon article sur Nawaat : L'islam n'interdit pas l'alcool, plutôt l'ivresse !
  6. A'qam est un chiite zaydite.
  7. Il s'agit d'une exégèse du chiisme duodécimain.
  8. Par exemple Baydhaoui dans ce qui est l'une des références en matière d'exégèse ou Abou Hayan, dont l'exégèse est réputée chez les sunnites ou encore les exégèses dessoufs Ismaaïl Hagui et Ibn Ajiba.
  9. Comme dans l'exégèse d'Aloussi ou de Cheikh Ibn Achour.
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