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La vraie conception de l'homosexualité en islam

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La vraie conception de l'homosexualité en islam

La conception islamique authentique en matière d'homosexualité est le produit d'une vision objective et scientifique de l'islam en tant que foi et code de vie, c'est-à-dire en son texte avec l'esprit de ce texte; ce qui revient à l'appréhender en ce qu'il est: fondateur d'une civilisation humaine universelle.

Car les textes islamiques sont nombreux qui attestent l'esprit de la religion islamique fait de pitié, d'absolution et de pardon. Et la grandeur de la mansuétude est fonction de la gravité de la faute; la rémission étant culminante pour le repentir du péché absolu.

C'est que le péché, quelle que soit son importance, est bien loin de dépasser la grandeur de l'absolution divine; aussi, douter de l'aptitude divine à pardonner toute faute, nonobstant sa gravité, revient pour le croyant à mettre en doute la grandeur même de Dieu; ce qui relativise sa foi pour incohérence et vacuité de spiritualité.

D'ailleurs, la conception du péché en islam n'est pas celle que nous connaissons, héritée de la tradition judéo-chrétienne, mais une notion plus proche de la tradition grecque où le péché est double: conjoncturel, contre lequel on peut et doit lutter, et structurel, avec lequel il faut faire avec. Au premier, correspond le seul véritable péché reconnu par l'islam, consistant à associer une autre divinité avec Dieu. Le verset 48 de la sourate des femmes est assez éloquent à ce niveau, confirmé par de nombreux hadiths. Au second, correspondent toutes les autres fautes humaines qui sont susceptibles, sans exception, d'être pardonnées. La technique dite de la kaffara est là pour le prouver.

Ce sont les soufis -- des authentiques, ceux qu'Ibn Taymia a qualifié de soufis de la Vérité --(1) qui ont saisi les premiers l'esprit vrai de l'islam. Aujourd'hui, ils représentent bel et bien le vrai salafisme, ce courant religieux qui puise véritablement à la source de l'islam sans abâtardissement ni détérioration; et le voilà parfaitement adapté aux impératifs de l'époque, sinon en avance sur son temps embourbé dans le matérialisme.

Il faut dire que le soufisme a été une révolution spirituelle en islam constituant ce qu'on qualifia de jurisprudence discordante dans l'effort d'interprétation.(2) Chez les soufis, il est moins question de sexe que de passion et de communion dans l'amour; il n'y a pas de lettre dans un texte, mais un esprit; et il n'est pas d'apparence, étant rien si elle n'est ésotérique. Ce qui importe donc, ce sont les visées de la religion; et elles tournent toutes autour de l'amour divin et de l'amour des humains les uns pour les autres.

On a d'ailleurs reproché à nombre des soufis ce qu'on appelle homosexualité,(3) et d'aucuns ont regardé d'un mauvais œil ce qui pouvait arriver de pratiques libertaires publiquement dans certaines zaouïas et chez certaines tariqas ou ordres.(4) Or, cela n'était de leur part qu'en assomption de leur nature telle qu'elle est et ainsi que Dieu les a créés, ne refusant pas ce que leur créateur a placé en sa créature. Au fait, il n'y a point d'excentricité dans le comportement du soufi avec son prochain, quelle que soit sa philosophie dans la vie, tous étant les pauvres de leur créateur, y compris les élus de Dieu, qui sont ses épousées, selon l'expression fameuse de Bistami.

Quelle belle leçon dans l'amour a donnée le soufisme aux musulmans et que leur majorité a ignoré ! Le temps n'est-il pas venu de se réapproprier une telle richesse islamique sans pareille, qui a été et qui le reste le miroir fidèle à l'éclat resplendissant de l'islam?

Pour une conception juste de l'homosexualité

L'obscénité et la turpitude sont dans la licence et l'indécence en matière de pratique sexuelle et non dans le sexe en lui-même; car l'islam n'a pas de complexe relatif au sexe. Sans conteste, il est la religion du bon sens naturel; or, le sexe est dans la nature, quel qu'il soit; notre religion perçoit le sexe en constituant de la vie humaine, délimitant sa pratique dans le cadre des liens conjugaux pour l'unique raison de la préservation de la lignée et de la descendance.

Aussi, si ces deux motivations ne sont plus en cause, à savoir qu'il n'y a pas de crainte quant à l'extinction de la race humaine par exemple ou la confusion dans la généalogie, la vertu de la pratique du sexe dans la limite de la conjugalité perd son assise rationaliste. Or, l'islam étant absolument rationaliste, le musulman ne peut échapper à l'interrogation de savoir si la prescription en la matière reste en l'état dans sa généralité.

Plus précisément, il se demandera si elle ne doit être interprétée en un sens restrictif dont la communauté islamique déterminerait les aspects selon l'effort d'interprétation auquel l'islam appelle en une activité assidue, manquant d'en faire l'égal de la dévotion cultuelle. Effectivement, il n'est de culte véritable en islam s'il n'est rendu par un fidèle connaisseur et de sa foi et des choses de la vie.

Par ailleurs, malgré ce à quoi on assiste en Occident, l'homosexualité y demeure en principe ce qu'on nomme en sociologie un tabou au niveau de la moralité de nombre de gens. De fait, sans démocratie dans ces États, il n'est point de libération des mœurs ni de reconnaissance de la liberté sexuelle du fait de son opposition avec son éthique religieuse traditionnelle.

C'est pourquoi il n'y a point de contradiction dans nos États islamiques à rechercher la démocratie et à respecter la liberté privée du fait que notre religion est intrinsèquement bien plus libérale que les religions chrétienne et juive en matière sexuelle.(5)

Cela démontre à quel point de rationalisme a atteint l'islam qui a édicté ses lois selon l'intérêt des humains, en tenant compte du degré d'évolution de leur mentalité. Il nous est donc impératif d'avoir de la mesure et de la compréhensibilité en application de l'esprit de notre religion du moment que les circonstances ont changé et l'appréhension de l'homosexualité par la science a évolué.

À suivre

Notes
  1. Citons, parmi ses plus illustres représentants, Junayd qui est l'une des références de l'islam sunnite en Tunisie, ainsi que l'a rapporté l'imam Ibn Ashir.
  2. Cf. l'article de AbdAssamad Dayalemi, en arabe, sur le site AlAwan en date du mercredi 30 septembre 2009.
  3. On leur a reproché aussi la prétention de certains parmi eux que "les obligations incombent aux gens communs, non points aux élus".
  4. Il est ainsi parmi les walis certains qui n'ont pas hésité à se comporter en femme, comme le saint marocain Ali Ibn Hamdouche.
  5. Il suffit, à ce propos, de revenir aux études de Michel Foucault au sujet de la transformation de l'homosexualité dans ces sociétés, du fait de la religion spécialement, d'un phénomène ordinaire en une maladie.