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L'honneur ou le déshonneur pour la Tunisie

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Une tache sur la démocratie

Quand le stigmate de l'encre électorale devient symbole d'une fierté nationale, on peut s'interroger légitimement à quel degré atteint la confusion des valeurs en notre monde, mesurant l'urgence de le repenser pour le modifier ? Car l'ordre mondial actuel est porteur des pires avanies pour les valeurs.

C'est un tel dévergondage qui a fait les jeunes boycotter des élections n'incarnant pas leur légitime désir à la dignité, préférant le quêter sur les champs de bataille, versant dans l'horreur, l'excès appelant l'excès.

Cette dépravation est patente non seulement dans pareille commercialisation de l'éthique électorale, ouvrant largement la voie à l'argent roi, mais aussi dans leur instrumentation idéologique.

Un déshonneur à éviter

Quand un candidat se réclame de ces valeurs alors qu'il n'a rien fait pour les protéger par un silence coupable; quand il en appelle même, en leur nom, aux instincts les plus bas, on ne peut que crier : stop à la banalisation de la haine, au mépris de la démocratie! Celle-ci est d'abord un vivre-ensemble célébrant la différence, magnifiant la dignité de tout un chacun, le différent absolu en premier.

Quand un pays jeune est réduit à voir son avenir dépendre du représentant d'une ancienne génération, on ne peut que se demander légitimement s'il sera véritablement en mesure d'écouter ses aspirations et répondre à ses rêves.

Certes, talentueux et compétent, celui qui est le mieux placé pour remporter le second tour de la première présidentielle libre en Tunisie est toutefois plus marqué par le passé que par le présent et ses défis.

Il parle d'autorité et de prestige de l'État alors que le peuple et sa jeunesse exigent que l'on soucie de leur dignité, seule source aujourd'hui de prestige véritable de l'État s'il veut incarner une démocratie qui ne serait pas un simple élevage de robots.

Monsieur Marzouki n'a milité contre la dictature et les droits de l'homme que pour satisfaire son ambition immodérée de gouverner, occuper Carthage qu'il ne veut manifestement plus quitter. Or, le vrai militant des valeurs est d'abord un rassembleur qui ne divise pas, mais réunit, ne pratiquant pas la rancune, mais la culture des meilleurs sentiments en l'humain, l'amour d'autrui, quel qu'il soit, cet autre soi-même.

L'honneur qu'on mérite

La Tunisie aujourd'hui est à la veille de confirmer un modèle politique unique en son genre; elle doit pour ce faire mériter l'honneur qui s'y attache, se gardant du déshonneur qui guette toute entreprise novatrice.

Elle est amplement en mesure d'éviter le déshonneur, portant à la tête de l'État le plus digne de représenter le pays et d'incarner son âme hédoniste et libertaire afin de la rendre re-belle.

Mais le vrai honneur sera d'éviter de céder aux travers de la loi du vainqueur, d'exiger l'expérience politique apte au pluralisme, le patriotisme vrai évitant la moindre ségrégation et le sens du devoir n'étant pas altéré par l'idéologie. En un mot, c'est de révolutionner la pratique politique en la transfigurant aussi bien au niveau interne qu'international.

L'honneur sera donc moins dans la victoire de M. Caïd Essebsi dont la compétence et le talent au service de l'État ne font certes pas de doute. Car il a le lourd handicap, majeur et même impardonnable aux yeux de la jeunesse tunisienne, d'être le symbole d'une restauration qu'il incarne à son corps défendant.

Aussi, l'honneur sera pour le chef de Nida Tounès d'être parfaitement clair dès maintenant dans la rupture avec le passé honni. Il doit se déclarer prêt pour quelques mesures phares à prendre immédiatement dès la victoire.

J'ai déjà détaillé nombre d'initiatives pour la Tunisie de nature à lui autoriser une refondation possible et salutaire de la démocratie. Que le futur président y songe, il y va non seulement de sa crédibilité, mais aussi et surtout de l'avenir de notre pays et de la paix dans notre région et dans le monde.

J'en rappelle ici certaines à l'intention du futur vainqueur, susceptibles de prouver sa volonté de rupture avec le passé et la politique à l'antique pour l'entrée de la Tunisie en postmodernité.

Ce que commande l'honneur

Monsieur Essebsi doit s'engager à déclarer la suspension immédiate de l'application de l'arsenal juridique répressif de la dictature, notamment les lois supposées islamiques et qui ne le sont pas, car heurtant l'esprit égalitaire de notre foi, ces lois et règlements discriminant les sexes, les croyances et les moeurs. Le Tunisien doit être libre et pareillement traité, quel que soit son mode de vie privée où la loi n'a plus à pénétrer, l'enceinte privative de la vie étant sacrée, d'où l'absolue égalité en droits imposée par l'islam, nonobstant sexe, origine ou obédience.

Il doit aussi réclamer pour le Tunisien, qui a prouvé sa maturité politique, le droit au libre mouvement dans le monde sous visa biométrique de circulation respectueux des réquisits sécuritaires sans drames dans une Méditerranée de périls inutiles.

De même, il doit confirmer l'orientation démocratique de la Tunisie en exigeant que sa dépendance structurelle de l'Occident, à sens unique actuellement, devienne équilibrée par une adhésion future à l'Union européenne.

Il aura enfin à promouvoir le modèle tunisien par une action internationale pour un islam oecuménique et de paix. Et celle-ci doit être rétablie en Palestine ; or, elle ne saurait l'être que par la normalisation des relations avec Israël. Aussi agira-t-il afin de quêter sérieusement la paix, soit avec la naissance d'un État multiconfessionnel soit par le retour à la légalité internationale du partage.

Ce sont quelques décisions à annoncer de suite, car manifestant la coupure attendue avec le passé en même temps que l'enclenchement d'une dynamique pour une nouvelle gouvernance que méritent la Tunisie et son peuple.

Une autre décision bienvenue, anodine en apparence, mais ayant une portée immense en termes imaginaires, est d'oser réclamer à l'ISIE de dispenser les électeurs lors du second tour de la présidentielle du stigmate de l'encre, car ils ne méritent pas d'être traités en sous-électeurs juste bons pour une sous-démocratie.

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Résultats préliminaires de l'élection présidentielle
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