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Les erreurs de Mohamed Talbi

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Les récentes sorties de M. Mohamed Talbi sur les médias sont assurément salutaires, pouvant contribuer efficacement à sortir du dogmatisme meurtrier qui gouverne le pays, polluant ses lois, aidant mieux qu'aucun discours à les réformer au plus tôt.

D'aucuns, sans aller jusqu'à contester l'intérêt de ce qu'ils appellent malgré tout des idées singulières chez Monsieur Mohamed Talbi, ne dénoncent pas moins sa participation à des émissions de variétés.

Celles-ci, d'après eux, n'apporteraient rien au débat public ni aux attentes d'une société tunisienne ne manquant pas de problèmes graves à traiter.

De tels contempteurs de notre éminent islamologue, s'ils ont raison de noter la singularité de ses idées, ont aussi absolument tort de lui reprocher de les exposer dans le genre d'émissions où il est passé, car c'est l'esprit du temps qui veut cela.

M. Talbi a raison

C'est une réalité incontournable que ce sont les émissions de variétés qui ont le plus grand taux d'audience aujourd'hui, et ce partout dans le monde. Aussi, celui qui veut défendre ses idées ne peut faire l'impasse sur les émissions grand public.

Surtout que les idées de M. Talbi, bien qu'elles restent minoritaires, ne sont pas moins pertinentes et sensées, méritant d'être connues par le plus large public. Or, il est grand temps de sortir l'Islam de l'impasse où il s'est fourvoyé, notamment après les horreurs où l'entraîne Daech.

D'ailleurs, ce n'est pas la singularité qui dévalorise une pensée. Ce n'est pas parce qu'une seule lecture du Coran a été imposée par les autorités officielles que les autres, reconnues aussi, ne sont pas également valides. En informatique, par exemple ce n'est pas parce que Windows est dominateur que son système est le meilleur, étant même moins bien que d'autres comme Mac OS ou Linux.

De plus, ce n'est pas parce que notre pays a de graves problèmes économiques et politiques à régler qu'il ne doit pas se pencher sur une question éminemment sociale. Car notre rapport avec l'alcool est faussé à la base, notre tolérance s'accompagnant de restrictions dans son commerce et sa boisson. C'est ce qui fait que l'on a des abus de consommation et des drames, le produit interdit ou pas assez libre étant forcément recherché pour un usage abusif.

Une erreur de tactique

Il ne reste pas moins que M. Talbi a bien commis une erreur. Elle ne porte cependant pas sur le choix des émissions ni, à plus forte raison sur la validité de la véracité de ses thèses qui sont absolument vraies et incontestables.

Son tort est d'en user d'une manière qui est susceptible de choquer. Or, comme on le sait, la forme peut occulter le fond, surtout aujourd'hui, en un temps de zéroïsme de sens. L'erreur de M. Talbi est de procéder de manière abrupte, trop même, un peu à la manière de Bourguiba, ce qui a ruiné son oeuvre réformatrice malgré son intérêt.

Ce qui était contraire aux propres principes de la méthode bourguibienne des petits pas, commandant de ne jamais aller de front contre les monolithes; et c'était le cas du colonialisme. Or, on fait face aujourd'hui à un impérialisme encore plus monolithique, étant incrusté dans les têtes, un colonialisme mental. C'est le cas de la pensée religieuse intégriste qui a, de plus, le vent en poupe avec les avancées de Daech.

Aussi, dire le vrai en matière religieuse - et c'est ce que dit bel et bien M. Talbi - suppose de le dire avec tact, en soignant la forme. Plus que jamais, la politique des petits pas de Bourguiba est à recommander.

Une erreur de stratégie

Il est également une erreur de stratégie de la part de M. Talbi qui consiste à ne considérer comme sources du droit en Islam que le Coran, rejetant totalement et sans appel la Sunna, même avérée.

Or, c'est trop demander à nos Musulmans, même les plus modérés. Aussi, M. Talbi, en l'occurrence, risque de reproduire l'échec de Bourguiba qui n'a pas su rallier à sa pensée les pans les plus éclairés des religieux en Tunisie, à savoir les soufis notamment, les rabaissant à la pure jonglerie du fait de son tropisme occidental.

Si le raisonnement de M. Talbi est sain et peut se défendre, cela ne saurait venir qu'après avoir rouvert le nécessaire effort d'interprétation en Islam. Dans l'immédiat, on ne peut, au mieux, qu'exiger de se limiter à la Sunna authentique, c'est-à-dire celle qui fait le consensus de Boukhari et de Mouslem.

D'autant plus que cela permet de soutenir les mêmes idées que celles exposées par M. Talbi. C'est ce que j'ai fait, sans renier une telle Sunna, défendant la licéité de l'homosexualité et de l'apostasie ou le parfait droit du Musulman de boire de l'alcool en veillant juste à ne pas s'enivrer, l'ivresse seule étant interdite en Islam.

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