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L'épreuve du maillot de bain sur nos plages

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On se rappelle comment la danse torse nu du chorégraphe Belgasmi à Carthage a suscité une polémique de la part des pudibonds qui, dénonçant déjà à tort cet invariant social qu'est la danse masculine, attestée dans notre société tout autant que celle de la femme, se sont offusqués qu'il ait osé se mettre torse nu.

C'est que la moindre parcelle dénudée du corps, non seulement chez la femme, mais aussi chez l'homme, devient l'objet de tentatives de codification illégitime qu'il nous faut dénoncer pour y mettre fin. Car elle violente la saine et libre volonté de vivre paisiblement.

La nudité n'est pas un péché en islam

Une illégitime tradition rigoriste venant d'Orient veut s'implanter en Tunisie pour n'accepter que soient montrées que des parcelles du corps, de l'homme comme de la femme, autorisées par les censeurs de l'apparence supposée islamique, de vrais tartuffes se disant musulmans. Car l'islam n'a jamais érigé la nudité en péché à l'instar de la tradition judaïque et la pastorale chrétienne. C'est donc des prescriptions de la Bible, déjà contestées et rejetées chez les siens, que se réclament nos imams qui ne sont que d'anciens rabbins.

Faut-il le rappeler encore: la tradition arabe n'a pas honte d'une nudité qu'elle acceptait même pour les actes sacrés, comme le pèlerinage à la manière des cultures antiques. Ainsi a-t-on vu le premier hajj de l'islam triomphant, à la suite de la conquête de La Mecque, se dérouler selon cette tradition en présence du premier futur calife Abou Bakr, conduisant la délégation de Médine, et aussi du quatrième calife, Ali, envoyé du prophète avec de nouvelles normes à appliquer à partir du pèlerinage suivant.

Parmi les nouvelles normes, il y avait certes l'interdiction du hajj nu comme avant; or, cela fut imposé sous l'influence de l'islam de Médine qui était fortement marqué par la tradition judaïque puisqu'on sait à quel point Yathrib a relevé de la religion de Moïse.

C'est sous l'influence de cette religion que nombre de nouvelles règles ont été inventées par les jurisconsultes dont la plupart, sinon la quasi-totalité, étaient non Arabes et souvent de confession juive, ayant donc l'inconscient et l'imaginaire bibliques, comme l'a démontré Ibn Khaldoun.

Ainsi, les nouvelles prescriptions inventées par la jurisprudence dite musulmane et ses interprétations des règles coraniques, libertaires en matière du corps humain, ont-elles été marquées par une pudibonderie n'ayant pas cours dans l'islam d'origine.

Pruderie jurisprudentielle inspirée de la Bible

On a donc prescrit, et c'est un effort purement humain n'ayant rien de sacré, l'impératif de couvrir des parcelles du corps ne devant plus être découvertes en public. Il y a eu, bien évidemment, celles bien connues concernant plus particulièrement la femme devant se voiler, alors que le voile n'est pas islamique, mais biblique.

Mais il y a eu aussi des règles strictes pour les hommes, comme de considérer insusceptible d'être offert à la vue ce qui est situé en dessous du ventre et au-dessus du genou. Ce qui veut dire que l'homme ne doit pas découvrir ses cuisses. Et on n'a pas tardé, dans la pratique, à y ajouter le torse.

Il est important de le dire et redire ici: ce ne sont que des règles inventées par des hommes faibles, incapables de maîtriser leur libido, et donc se protégeant de la sorte comme ils le pouvaient et par le moyen le plus facile dans un environnement autoritaire: la prescription légale qui a d'autant plus de pouvoir qu'elle se veut morale, d'inspiration religieuse.

La meilleure preuve est que ces règles n'ont pas été toujours respectées ni imposées, surtout au Maghreb dont les moeurs sont bien plus saines que celles du Machrek. Ainsi voyait-on les maillots de bain et même y trouvait-on des endroits où le nudisme, masculin comme féminin, était pratiqué sans problème!

Tout cela a disparu de nos jours sous la pression de la démission des autorités devant la vague de rigorisme qui ne concerne pas que le monde arabe musulman, mais aussi le monde entier selon ce phénomène sociologique de balancier entre la tendance à couvrir et à découvrir.

On le voit, par exemple, avec la mode du poil, le barbe retrouvant les honneurs d'antan, jusques et y compris dans les milieux les plus rétifs, ou encore dans le milieu sportif où on a banni les shorts courts pour ces bermudas à la mode ancienne.

La société au Maghreb est libertaire

Sur nos plages, cette fausse loi de la pudibonderie se voulant islamique est devenue même une épreuve, terrible épreuve pour un peuple de nature libertaire. Elle dépasse les femmes, bien évidemment plus souvent et plus facilement soumises au machisme les obligeant à adopter ce qui était bien rare, le propre même des vieilles femmes: se baigner tout habillées.

Aussi ne voit-on désormais quasiment plus de maillots sur nos plages, qu'il soit bikini -- sans oser parler du monokini qu'il nous arrivait de voir à certains endroits touristiques -- ou slip de bain pour les garçons. Les garçons, plus nombreux sur les plages, n'osent plus se mettre en maillot ou même en short boxeur. Ils sont surtout en shorts bermuda descendant aux genoux et qui sont la règle.

Mais qu'on ne s'y trompe pas! Ce n'est pas une question de conviction religieuse qui est derrière un tel comportement, mais bien l'envie de ne pas avoir de problèmes avec les multiples polices des moeurs qui commencent à pulluler. Pourtant, elles n'ont aucune légalité, sont bien minoritaires, n'étant que le fait de zélotes qui n'ont de pouvoir qu'à cause de la démission des autorités, complices ou indifférentes.

Certes, le torse nu est encore épargné chez les hommes, mais les débardeurs et les tee-shirts se multiplient hors de l'eau, à défaut des djellabas. Là encore, il ne s'agit pas nécessairement de moralisme ou de pruderie, mais de cette ruse sociale afin d'échapper aux regards qui ne sont pas tous réprobateurs, pour autant.

En effet, les regards sont parfois concupiscents, car la vision d'une parcelle nue du corps, même anodine, devient choquante non pas au sens négatif, mais au sens de vision excitante à laquelle on n'a que le choix de résister du fait de l'environnement législatif scélérat. C'est ce qui explique l'attitude de nos ancêtres jurisconsultes qui se sont forcés à contrarier leur nature.

Notons, quand même, qu'un corps couvert, notamment avec de belles formes, surtout féminines, n'exclut nullement d'offrir une vision fortement érotique, attirant encore plus le regard sur le corps couvert bien plus que nu, le linge mouillé soulignant les formes, les mettant encore plus en évidence. De cela, certaines filles coquettes (et même des garçons) n'en sont pas inconscientes, faut-il remarquer, en usant pour charmer, attirer le regard, mais en toute sérénité, étant donné leur respect formel de se couvrir.

C'est ce que je nomme parabole du moucharabieh, ce jeu avec les interdits, imposé dans nos pays par des lois liberticides en pays d'islam qui est bien plus la foi des jouissances que des interdits inventés par des hommes, sinon complexés, du moins en phase avec leur environnement en un monde de complexes. C'est ce qui a induit ce jeu du je qui caractérise la psychologie en Tunisie, notamment chez les élites. N'est-il pas venu le temps d'en finir!

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