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Légalisons l'amour en Tunisie!

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AUTOMNE VIE SEXUELLE
SambaPhoto/Andre Penner via Getty Images
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Il est temps de mettre fin à l'actuelle dérive de la Tunisie vers le pire. Cela nécessite un sursaut de notre conscience endormie. Car, au nom d'une foi islamique pervertie, on y encourage un terrorisme mental.

Quand on interdit aux jeunes de s'aimer et de s'embrasser, y compris en public, comment s'étonner qu'ils choisissent de se révolter contre une société qui les brime et oser, dès lors, tuer et mourir avant d'être tués? Car empêcher d'aimer une jeunesse qui se doit de vivre sa vie avec ses pulsions, c'est la tuer à petit feu et la pousser forcément à se révolter.

Il nous faut au plus vite cultiver ce qui est de nature à empêcher nos jeunes de se laisser allers aux extrêmes; et c'est en commençant par réhabiliter ses sentiments amoureux, le meilleur en elle et dans l'humain. Aussi nous faut-il honorer l'amour en lui donnant droit de cité en notre pays, légaliser l'amour en Tunisie!

En finir avec la hideuse face de la Tunisie

Aujourd'hui, la Tunisie porte un masque lui donnant une hideuse face de temps anciens si laids, dont elle a cru s'être débarrassée. C'est une part sombre du protectorat et une portion du diable qu'entretenait la dictature.

Cette hideuse face, ce masque monstrueux, ne représente en rien le peuple et sa belle âme hédoniste. La société tunisienne n'est ni conservatrice dans ses moeurs ni intégriste dans la pratique de sa religion.

Le Tunisien comprend correctement sa foi, c'est-à-dire qu'il la sait tolérante et humaniste, glorifiant la sensualité, encourageant l'amour sous toutes ses facettes. Ainsi le sexe est-il total chez lui, ne distinguant pas le genre, pour une totale assomption de son être porté sur la jouissance selon l'adage des anciens : carpe diem.

C'est ce que traduisent ses célèbres Mille et une nuits, qui sont autant de mille et un jours de plaisirs, mais se vivant en catimini du fait de la peur des lois scélérates au service de gouvernants toujours despotes par réflexe et mauvaises habitudes incrustées, usant de tout, y compris de la religion violée pour imposer leur main de fer sur la société et la contrôler.

Nos dirigeants, attachés à une mentalité bien incarnée par l'ancien régime, continuent à emprisonner les gens pour un innocent baiser, même pas échangé dans la rue, sous les yeux des passants, mais dans une voiture, à l'abri des regards, sauf ceux des agents de police.

Les forces de l'ordre n'ont-elles pas autre chose à faire? La Tunisie n'est-elle pas en guerre contre le terrorisme? Quand donc arrêter de faire la chasse aux amoureux pour pister plutôt les terroristes?

Notre jeunesse, à force d'être brimée, est traitée moins que rien, non seulement en mineure, mais aussi en débile; aussi choisit-elle de mourir aux fonds de la Méditerranée en cherchant ailleurs un sens à sa vie, quitte à affronter, défier et même quêter la mort.

Nos obscurantistes, qui hier ont encouragé nos jeunes à rallier les champs de bataille, ne cherchent-ils pas à désespérer ainsi la jeunesse pour en faire les munitions de projets machiavéliques? Ils ne sont d'ailleurs pas les seuls à porter la responsabilité de la dévastation de la vie des Tunisiens, car sans l'assentiment de leurs partenaires et alliés supposés modernistes, sans parler de l'Occident autiste, juste soucieux de ses intérêts propres, ils n'auraient rien pu faire.

Une Tunisie de la honte à faire oublier

En cette Tunisie au hideux masque de la pudibonderie, on continue à harceler les jeunes dont la seule supposée faute pour certains est juste d'avoir grillé ce qui est bien moins nocif qu'une cigarette, un joint de cannabis. Pour d'autres, c'est d'avoir bu une bière ou s'être adonné au sexe, chose de leur âge, parfaitement ordinaire, surtout que cela se passe entre adultes et consentants.

En notre pourtant beau pays, on assiste à d'indignes scènes de chasse à l'homme, non pas le terroriste, mais le gay qui n'est pourtant en rien responsable de la nature en lui placée par son créateur. Et on y viole aussi, sans vergogne, les standards internationaux de la justice, inventant la présomption de culpabilité pour qui, parmi les malheureux jeunes arrêtés en violation de leur intimité, refuse de subir le test anal.

Aussi hallucinant que cela puisse paraître aux amis étrangers et en cet Occident si proche, la Tunisie pratique le moyenâgeux test pour prouver l'homosexualité. Car en ce pays voulu modèle, supposé redevenir le havre de quiétude et de douceur de vivre avec sa révolution, l'hypocrisie est désormais érigée en règle. Et elle est d'autant plus à dénoncer qu'elle se prétend se fonder sur la religion et la morale quand elle est immorale et viole la religion correctement interprétée.


Ainsi fait-on semblant de respecter les valeurs comme de permettre la vente libre d'alcool tout en punissant ceux qui en boivent et en interdisant la vente les vendredis ou en la limitant à quelques points de vente situés hors des villes. Pourtant, l'alcool est un produit comme un autre, nullement interdit par la religion qui prohibe seulement la consommation excessive et donc devenant néfaste, comme toute autre chose licite.

Pour une morale authentique en Tunisie

Il est impératif que toutes les bonnes consciences dans le pays, surtout au gouvernement, dénoncent enfin les fausses bonnes consciences qui, prétextant la référence à l'islam dans la Constitution, font de notre religion humaniste et tolérante le modèle de l'obscurantisme et de la haine.

Serions-nous Daech sans le savoir? Il faut alors le dire; car l'islam n'a jamais interdit l'amour, ni surtout un baiser public. Le prophète lui-même, qui est le modèle insigne de tout musulman, ne se permettait-il donc de câliner publiquement sa femme Aïcha, Mère des musulmans?

Qu'applique-t-on en Tunisie: l'islam vrai, celui du Coran ou l'islam des jurisconsultes qui ne font même par un effort d'interprétation personnelle? Pareil effort est de leur devoir, mais se référant plutôt à l'exégèse de qui les a précédés, qui a eu le mérite de cogiter pour son temps, même s'il ne l'a fait qu'au vu de la tradition judéo-chrétienne, l'important en islam. C'est ce qu'on qualifie de judaïcité ou Israilyet.

Faut-il le rappeler encore : l'islam est innocent de nos turpitudes politiciennes actuelles faisant bas commerce de la religion pour mieux brimer la société? Il ne prohibe pas le baiser, y compris public; il protège la liberté du commerce, tout commerce, dont celui de l'alcool, et ce même le vendredi et durant ramadan qu'il n'impose d'ailleurs pas à qui ne peut ou ne veut l'observer, prévoyant nombre de facilités pour s'en acquitter autrement.

L'islam est une foi de libertés, ce qu'on ne sait plus dans une lecture erronée. Et voilà donc notre Tunisie en train de dériver sur les sentiers de l'immoralité, tournant le dos à une lecture censée, raisonnable et tolérante de sa religion, respectueuse de son esprit et de sa lettre humaniste et libertaire.

Il importe au plus vite de rétablir en Tunisie la vraie morale qui n'est pas celle qui y a cours aujourd'hui, cette prédilection à la chasse au différent, mais celle qui autorise à quiconque d'y vivre librement, selon ses envies, du moment qu'elles sont paisibles. C'est cela la vraie Tunisie ! Son peuple est hédoniste dans l'âme et la morale, la vraie, y est une vie libre selon des sentiments vrais, sans masque ni tromperie.

N'est-ce pas le sens authentique de la morale qui est un ensemble de règles respectées pour un comportement jugé bon ? Or, quel meilleur comportement que de respecter la nature en soi et les élans du coeur, aimer et savoir le manifester, être soi en s'assumant, y compris dans sa différence? C'est cela avoir de bonnes moeurs et les respecter, vivre en harmonie avec soi et les autres et non en conflit avec sa nature et avec autrui. Et c'est ce que commande le vivre-ensemble démocratique.

Il est temps que l'amour fleurisse enfin dans nos rues! Que l'on s'y embrasse et partout au lieu de se haïr! Que nos bancs publics soient, au plus vite, ceux de Brassens! Car un pays qui interdit le bisou n'a aucune chance de devenir une démocratie ! Légalisons en Tunisie le bisou en public!

Après tout, qu'es-ce un baiser sinon, comme l'écrit Edmond Rostand, un serment fait d'un peu plus près, un aveu qui veut se confirmer, un point rose qu'on met sur l'i du verbe aimer; c'est un secret qui prend la bouche pour oreille?

Seules nos élites sont conservatrices

Certains, parmi les responsables en Tunisie, disent entendre bien évoluer dans le bon sens que nous indiquons, mais vouloir le faire lentement et sûrement. C'est une fausse excuse, car s'ils ne s'attaquent pas à de tels sujets dont les ravages sont immenses dans l'inconscient, y cultivant un terrorisme mental fait de rejet d'autrui, base du vivre-ensemble, il ne leur sera possible de ne rien faire de bon pour cause de démobilisation généralisée.

C'est ce que veulent certains, faut-il le dire, dans les rangs des tenants d'un tel discours, souhaitant le chaos dans le pays pour l'unique service de leurs affaires propres qui y prospèrent le mieux, permettant aux coupables de l'état actuel du pays d'échapper à leurs responsabilités.

Il est bien de mauvais esprits agissant contre l'intérêt du peuple. Il s'agit, de leur part, d'une oeuvre de longue haleine qui se développe de manière sournoise dans un but bien précis consistant à transformer le pays en une théocratie, éliminant tous ses acquis en ayant fait une terre de rencontres, de cultures, de joie de vivre. Faut-il laisser faire de telles forces obscurantistes internes comme externes ? Peut-on accepter un tel saccage d'un pays dont la fierté est d'avoir un peuple mûr, notamment dans son élément jeune et féminin?

De telles fausses élites sont bien les seules conservatrices dans le pays, veillant au grain à ce que rien n'y bouge, surtout pas dans sa législation scélérate, bien qu'obsolète, datant pour de larges pans de la colonisation. Pour cela, elles usent de la fibre spirituelle du peuple pour le tromper sur sa religion, dans le seul but de sauvegarder leurs intérêts que le Coup du peuple tunisien de 2011 est venu chahuter au point de les remettre en cause.

Aujourd'hui, il n'y a que l'amour, en plus de la conscience, comme armes efficaces contre un tel machiavélisme. On doit en user. Au nom de l'amour, il faut dénoncer les responsables irresponsables, de droite comme de gauche, islamistes et non-islamistes.

Ceux-là ne feront rien pour empêcher que la Tunisie ne s'enfonce encore plus dans le chaos, la haine d'autrui, surtout le différent, tout autant que de soi, car aimer l'autre, c'est s'aimer, l'autre étant soi-même. Aussi, controns-les avec l'amour, le meilleur d'une conscience éveillée!

Sauver le pays en abolissant ses lois scélérates

Le nouveau ministre de l'Intérieur a fait récemment état de sa volonté à s'engager pour rétablir l'ordre et la légalité dans le pays; cela doit commencer par le respect de la Constitution.

Ainsi, ses forces de l'ordre doivent donner d'abord l'exemple du respect des valeurs humanistes et des sentiments d'amour et d'aménité dans le peuple. Elles seraient même bien inspirées d'encourager de tels sentiments, qui alimentent les violences terroristes, au lieu de faire la chasse à qui les cultive parmi les pacifistes amoureux, jeunes s'adonnant au sexe, à la bière ou à la zatla!

Il est vrai que les lois scélérates sont en vigueur, et doivent d'abord être abolies; mais qu'est-ce qui l'empêche de donner l'instruction ferme de ne pas les respecter, étant une violation caractérisée de la seule légalité qui compte dans le pays, celle de la Constitution qui honore l'amour, consacrant les droits et libertés citoyennes?

Et qu'est-ce qui empêche le ministre de la Justice d'ordonner au parquet, toujours sous ses ordres, de ne plus donner suite aux bavures des récalcitrants, ou même de les poursuivre pour trouble au vrai ordre public qui est celui du respect de ce qu'implique le texte de la Loi fondamentale?

Que nos responsables les plus intègres arrêtent donc ce qui n'est qu'une complicité avec les ennemis de la patrie, tous ceux qui se reconnaîtront parmi qui refuse, par exemple, à la femme son droit d'être sans plus tarder la parfaite égale de l'homme en tout, y compris dans l'héritage, que commande la saine lecture du Coran!

Qu'ils dénoncent comme non-patriotes ceux qui ne prennent pas l'initiative au plus vite de proposer les textes de loi nécessaires pour mettre en oeuvre la constitution, abolissant les lois scélérates de la dictature et de la colonisation, comme l'homophobie, la criminalisation de la consommation d'alcool et du cannabis et des rapports sexuels entre adultes.

Voici un projet assainissant une partie de cette législation supposée nationale et qui n'a rien à voir avec le peuple, sa psychologie et sa mentalité. Que le pouvoir exécutif propose donc ce texte ou, à défaut, que dix députés au moins le déposent à l'Assemblée pour légaliser enfin, en notre pays, l'amour criminalisé bien à tort.

Dans l'attente, que le Chef du gouvernement donne donc ses instructions à ses ministres concernés pour ne plus recourir aux lois de la honte : le ministre de l'Intérieur en commandant aux forces de l'ordre de ne plus harceler les amoureux -- tous les amoureux --, et celui de la Justice de ne plus poursuivre ceux qui viendraient à lui être déférés, poursuivant plutôt ceux qui contreviennent ainsi à la légalité constitutionnelle du pays, la seule devant y faire loi.

Que tous les justes en ce pays osent enfin démontrer leur sens de l'éthique et de la justesse. Agissez maintenant ! Abolissez de suite les lois pénalisant l'amour en notre pays. Que la Tunisie redevienne cet amour de pays qu'elle était, un pays où il fait bon vivre, car son peuple sait aimer et le montrer. Qu'il n'en soit plus puni au nom de lois injustes dont la place est la poubelle de l'histoire !


RATIONALISATION
DE LA PROTECTION DES BONNES MOEURS
EN TUNISIE

PROJET DE LOI

Attendu que les bonnes moeurs se manifestent dans l'attachement aux vertus morales qui nécessitent de ne point violer les droits de l'Homme et le vivre-ensemble paisible, à la base de la démocratie;

Attendu que le manquement aux bonnes moeurs ne saurait se résoudre en une violation des droits et libertés citoyennes consacrées constitutionnellement;

Attendu que le comportement personnel, même en public, n'attente pas à la morale ni aux moeurs du pays tant que l'intention pour cela n'a pas été prouvée de manière irréfutable;

Attendu qu'en l'islam, religion de la Tunisie, la règle en la matière demeure la tolérance et l'indulgence pour ce qui ne relèverait pas du convenu en société et qu'induirait la liberté citoyenne en un État de droit que sacralise cette religion tolérante du fait de sa double nature de foi et de politique de vie;

Attendu que les moeurs individuelles et les orientations sentimentales et sexuelles ne relèvent que de la vie privée que respectent et l'État de droit tunisien et l'islam et leur paisible manifestation ne heurte pas la morale publique;

Attendu que les articles 226, 226 bis et 230 du Code pénal violent la Constitution tunisienne et contredisent les principes de la religion musulmane indulgente, protégeant la liberté du fidèle en respectant parfaitement sa vie privée, y compris dans l'espace public qui impose l'acceptation d'autrui avec sa différence;

L'ARP décide :

Article unique

La vie privée et le droit au vivre-ensemble paisible dans l'espace privé et public étant respectés, protégés et garantis constitutionnellement en République Tunisienne, les articles 226, 226 bis et 230 du Code pénal sont abolis.

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