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Le visa biométrique de circulation pour en finir avec les drames en Méditerranée

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MIGRATION SEA
Handout . / Reuters
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Le dernier drame en Méditerranée, au large des îles Kerkennah, ne peut laisser notre classe politique de marbre; elle se doit de réagir à bon escient et d'agir pour y mettre fin.

Or, il n'est nulle action utile si elle se limite à l'incantation ou à user d'une répression de pareil élan légitime des jeunes à construire un avenir meilleur. Car on ne peut criminaliser le droit à la libre circulation.

Certes, elle se fait illégalement, mais qu'elle en est la cause? C'est la fermeture des frontières du fait d'une politique migratoire européenne qui est devenue criminogène. C'est donc agir sur cette cause qui permettra de limiter, sinon éliminer - du moins pour les ressortissants tunisiens - de tels drames dont l'horreur est amplifiée par le fait qu'on peut les éviter.

Effectivement, il suffit pour cela que les autorités tunisiennes arrêtent d'aller dans les sens de ses partenaires européens et les appellent à plus de sérieux, et surtout de responsabilité, dans la gestion de ce dossier sensible.

C'est le visa qui crée la clandestinité

Il nous faut arrêter d'user de langue de bois et de fumeux partenariat stratégique pour passer aux actes; ce qui suppose de rompre avec une politique migratoire qui n'est plus efficace. Bien mieux, elle ne sert que les nouveaux corsaires de notre mer commune, négriers des jeunes en quête de dignité et de liberté! Et elle est aussi criminelle, puisque c'est elle qui crée la clandestinité qu'elle est censée combattre.

Il est bien évident qu'en ouvrant les frontières, en garantissant le droit humain de circuler librement, on ne sera plus tenté par la clandestinité, ses risques et ses périls. Cela est parfaitement possible. Cela se fera même toujours avec l'outil du visa actuel, mais transformé en visa de circulation.

Outil parfaitement respectueux des réquisits sécuritaires européens, le visa biométrique de circulation est un outil incontournable pour assainir la situation en Méditerranée et mettre fin à l'état actuel de drames récurrents, ce qu'une voix juste d'Europe même, a qualifié d'holocauste moderne, la maire de Lampuedusa, bien placée pour peser le choc des mots et le vice des intentions.

Pourquoi donc la Tunisie ne réclame-t-elle pas pour ses ressortissants le droit à circuler librement entre leur pays et l'Europe? Leur nombre assez limité permettra l'expérimentation de ce qui serait la norme des mouvements humains demain, car le visa appartient à un passé qui a trépassé, le monde ayant changé, étant devenu un immeuble planétaire. Peut-on donc barricader les étages dans un immeuble?

Un espace méditerranéen de démocratie

C'est aujourd'hui le devoir de la Tunisie de montrer la voie de l'avenir fatal en étant la voix de la raison: demander que la variété du visa actuel soit désormais transformée en un seul type de visa qui soit de circulation, d'une année au moins et pour toute demande émanant d'un ressortissant tunisien, quel qu'il soit, lui garantissant la libre circulation pendant un an renouvelable d'office.

La Tunisie est bien en droit de demander, sinon exiger au nom de sa révolution, une telle mutation qualitative de ses rapports avec l'Europe, car elle a initié sa transition démocratique qui ne saurait réussir sans ouverture du pays sur son environnement et surtout les réalités occidentales, sa sphère naturelle de vie.

On ne peut plus se contenter de parler de liberté de mouvement de marchandises, de libre-échange pour les services et d'espace aérien ouvert si on ne commence pas à le réaliser pour les humains. C'est une question d'éthique outre de l'être de droit.

Or, le droit international est actuellement bafoué par la prise des empreintes digitales de nos ressortissants par des autorités étrangères sans contrepartie sérieuse; et celle-ci doit être le visa de circulation qui pourrait préfigurer une future adhésion de la Tunisie à l'Union européenne afin de transformer l'actuelle dépendance informelle, non pas en dépendance réelle, mais en adhésion avec des droits et des privilèges aussi.

En ma qualité diplomatique, j'ai déjà osé déposer la candidature de mon pays auprès de l'ambassadeur de l'Union européenne. J'ai aussi, mais en vain, exhorté mon ami le ministre Jhinaoui à appeler pour un espace méditerranéen de démocratie.

Au vu des circonstances dramatiques que nous vivons et eu égard au fait que de telles initiatives demeurent la seule alternative aux horreurs actuelles, en mesure de nous sortir rapidement de cet holocauste moderne dont on est les complices objectifs et actifs, je me permets ici de renouveler l'appel à nos autorités d'officialiser ledit projet mémorandum pour un tel espace d'humanité en notre mare nostrum.

Mémorandum tunisien à l'Union européenne

Le monde est en pleine dérive axiologique à la faveur des drames issus du choc des idéologies antagonistes, nouvelle guerre de religion.
Or, en cette époque postmoderne, les idéologies sont mortes; il n'est plus de grand récit de référence pour l'humanité entière sinon l'humanisme intégral.
Celui-ci suppose que la fluidité du mouvement humain soit aussi facile sinon plus que celui des marchandises.
C'est aujourd'hui possible grâce à un outil fiable, le visa biométrique de circulation, respectueux des réquisits sécuritaires tout comme des valeurs des droits de l'Homme, dont la liberté de circulation.

Il pourrait être mis en place à la faveur de la démocratisation avérée dans les pays du Sud et dont la Tunisie donne le meilleur exemple.
Cela se ferait dans le cadre d'un espace méditerranéen de démocratie délivrable gratuitement et pour un an au moins aux ressortissants des pays en démocratisation ou s'engageant dans ce processus inévitable pour la paix en Méditerranée.

Un tel espace supposera aussi la reconnaissance de tous les États méditerranéens entre eux, dont celui d'Israël par les pays arabes sur la base de la légalité internationale.
Ainsi serait érigé, en une Méditerranée plus que jamais mer commune et lac de paix, le premier jalon pour une aire de civilisation occidentalo-orientale.

Aussi, la Tunisie appelle solennellement l'Union européenne à transformer incontinent le visa tel qu'il se pratique actuellement en un visa biométrique de circulation en commençant par la Tunisie dont les ressortissants ont démontré amplement leur maturité.
Elle s'engage en contrepartie et dans le cadre de la généralisation de ce mécanisme à tous les pays du Sud de la Méditerranée à établir sans plus tarder des relations normales avec l'État d'Israël.

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