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Le concept de l'inégalité successorale en islam

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MOHD RASFAN/AFP/Getty Images
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La Tunisie a enfin osé reprendre la marche initiée, non seulement par Bourguiba, mais par l'islam lui-même pour l'égalité successorale.

Car, contrairement à ce que croient ceux qui ont une connaissance insuffisante ou mauvaise de l'islam, y compris parmi certains de nos jurisconsultes, c'est l'islam qui commande l'égalité parfaite en tout et selon ses visées, les seules à s'imposer de façon absolue à la lettre des textes contraires.

En cela, l'islam n'a été que rationaliste et ce tout à fait logiquement puisqu'il se veut une religion scientifique, adaptée à son temps, et donc en constante évolution. N'est-ce pas le sens même de la science qui évolue selon l'advenue des faits polémiques?

D'où la technique de l'ijtihad, effort constant et continuel, ne devant obéir qu'aux visées de la loi religieuse, règle qui n'est nullement discutable en islam, toutes tendances confondues, depuis le 8e siècle et les travaux de l'imam andalou Chatibi qui en a théorisé le principe dans son fameux livre Al Mouafakat (Concordances).

Aussi, nombre de concepts en islam doivent aujourd'hui s'imposer à tout vrai musulman, dont celui de l'égalité successorale que ne peut contester que des machistes ou des imams soucieux de sauvegarder un faux magistère qu'ils ne tirent que de l'effort de leurs prédécesseurs qu'ils ne font que ruminer.

Ce qui n'est pas seulement déshonorant pour eux, mais bien plus grave, viole l'islam en son essence égalitaire, justifiant toutes les dérives qu'on lui voit, l'ayant transformé en foi de haine et de crimes avec Daech qui se veut le pur produit de ce fiqh qu'il nous faut rénover impérativement selon de nouveaux concepts plus conformes à l'esprit de l'islam authentique.

Du concept en général

Le concept est cette idée générale qui n'est qu'une représentation mentale et abstraite que l'on se fait d'un objet, vivant ou non. On parle ainsi du concept d'arbre, de vérité.

C'est aussi, par extension, la définition des caractères d'un produit par rapport à la cible. Ainsi parle-t-on des concepts publicitaires et de nouveaux concepts en termes de marketing.

Dans le commerce, nous avons aussi l'expression "magasin concept" qui désigne un magasin conçu et présenté en fonction d'une thématique. C'est d'ailleurs la tendance générale de nos jours de tout organiser selon des thèmes; cela procède d'une bonne gestion dans le cadre de cette mode de gouvernance appelée GPO (gestion par objectifs).

On va le voir, cela n'est pas inconnu de notre religion qui a été une modernité avant la lettre, cette modernité par anticipation que je nomme "rétromodernité".

Rappelons tout d'abord l'étymologie du terme concept qui est un emprunt au latin classique "conceptus" signifiant "contenu entièrement".

Or, c'est la même origine que l'autre mot proche de concept qu'est la conception qui y ajoute juste l'action, la conception étant aussi du latin (conceptio) qui est "l'action de contenir entièrement", et du terme "conceptus" précédemment indiqué.

Cela nous amènera à dire donc que la conception, qui est la manière d'envisager et de juger une chose (on parle ainsi de conception de la démocratie, par exemple), est bien aussi cette action de concevoir une idée, de former un concept dans son esprit ou l'action de créer après réflexion (conception d'un nouvel appareil, par exemple). Elle est également la formation d'un nouvel être vivant par la fusion d'un spermatozoïde et d'un ovule; moment de cette formation.

On dit de la sorte que la naissance de l'être humain a lieu normalement neuf mois après sa conception, ce qui désigne la formation de l'être vivant, que cela soit de la manière susindiquée ou selon le dogme catholique de l'Immaculée Conception selon lequel la Vierge Marie est née exempte du péché originel.

On parle aussi, en informatique, de conception assistée par ordinateur pour désigner l'ensemble des techniques informatiques utilisées pour assister un processus de création humain, pour concevoir un produit nouveau.

Du concept de l'inégalité successorale

Le concept est donc bien une conception qui nécessite une certaine durée (neuf mois généralement pour l'être humain); ce qui doit amener à dire qu'il n'est pas de concept sans durée qui s'y attache. C'est un peu sa date de validité. Au-delà de cette durée, il y a péril.

Comme tout produit issu de la créativité humaine, le concept a donc sa date de péremption, au-delà de laquelle il est à rejeter, sinon il tombe en obsolescence, devient même néfaste pour la santé au-delà de sa durée de conception.

C'est le cas du concept de l'inégalité successorale en islam qui a été utile en ayant représenté une avancée en matière des droits humains du temps où la femme n'avait aucun droit. Or, il ne s'agissait que d'un concept à durée déterminée, évolutif par principe, devant céder la place à l'égalité parfaite avec l'évolution des moeurs et des situations.

C'est bien la loi de la nature et les visées de la Loi religieuse qui commandent donc de ne plus faire usage de ce concept de l'inégalité successorale devenu obsolète. Et on ne peut s'y soustraire au prétexte qu'il a été prévu par un verset, car alors on défigurera l'islam en s'en tenant à sa lettre, comme quand il a prévu de couper la main au voleur.

Il importe d'être logique et de respecter l'esprit de notre religion et sa philosophie même de foi humaniste et égalitaire. Il faut toujours revenir aux principes qui sont dans les visées de la Loi religieuse. Outre l'égalité, il y a, par exemple, la justice et la paix.

L'ensemble du fiqh, qui n'a été qu'un effort humain, doit donc être revu, y compris ce qu'on prétend être non modifiable, car qui l'a décidé ainsi? N'est-ce pas un diktat humain qu'on prétend substituer à la volonté de Dieu? Prétendre qu'un verset évolutif est à figer, c'est se prendre pour Dieu qui impose d'user de sa raison dans le cadre des visées de son message.

C'est même une obligation de par la religion qu'on néglige: l'ijtihad qui est aujourd'hui le véritable jihad, le seul d'ailleurs désormais en islam: jihad akbar! C'est notre oubli de l'ijtihad qui a permis la création de Daceh. Aussi, c'est lutter contre Daech que réaliser l'égalité successorale!

Ceux qui s'insurgent aujourd'hui contre cette fatalité commandée par l'islam lui-même devraient plutôt cogiter sur la meilleure façon de la réaliser sans trop heurter les mauvaises habitudes qui se sont incrustées chez les croyants qui pensent qu'on attente à leur foi quand on ne fait que la toiletter des impuretés que la raison humaine imparfaite y a accumulée.

La question n'est donc plus s'il faut réaliser l'égalité successorale en Tunisie et au-delà en islam, mais comment y parvenir en souplesse. Nous rappelons, à ce propos, avoir été les premiers à proposer, en un temps où l'on n'admettait pas encore cette évidence, un projet de loi permettant sa réalisation immédiate, mais tout en souplesse. Le voici en rappel à l'attention de la commission chargée de la question au sein de la présidence.

Projet de loi pour l'égalité successorale

Eu égard à la consécration constitutionnelle de la parfaite égalité des citoyens,
tenant compte du rôle éminent de la femme dans la société tunisienne et son droit d'égale de l'homme,
Et par référence aux visées de l'islam qui a honoré la femme et élevé son statut dans une démarche progressive et progressiste en conformité avec le sens de l'histoire et les valeurs humanistes universelles,

L'Assemblée des Représentants du peuple décide :

Pendant une durée de dix ans à partir de l'entrée en vigueur de la présente loi est suspendue dans le livre neuf du Code du Statut personnel intitulé "De la succession" la règle de l'attribution à l'héritier masculin d'une part double de celle revenant aux femmes.
Durant cette période et sauf refus avéré de la femme concernée, il lui sera attribué une part égale à celle revenant à l'héritier de sexe masculin.
Au bout de dix années d'application de la présente loi, elle sera confirmée et rendue définitive ou abrogée selon une évaluation réalisée sur la décennie de son application.
Celle-ci sera examinée par l'Assemblée des Représentants du Peuple avant la fin de la décennie d'application de la présente loi pour sa confirmation définitive ou son abrogation.

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