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L'apostasie est licite en islam (1/7)

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Nous continuons dans le droit musulman de relever d'une interprétation fausse des prescriptions de notre religion sur nombre de sujets; aussi certaines de nos lois se prétendant inspirées de l'islam sont-elles non seulement illégitimes, mais aussi illégales; car elles rendent l'État qui les applique injuste et même meurtrier, en mettant à mort pour apostasie, par exemple.

En effet, l'apostasie est licite en islam; je ne suis point le premier à le dire. Déjà très tôt en islam des voix justes et autorisées l'ont dit et répété. Mais une conception étrangère à l'islam a altéré l'esprit libéral en la matière de notre belle religion, rendant illicite ce qui ne l'est pas.

Voici, en résumé, la véritable conception de l'apostasie en islam extraite de deux ouvrages récemment publiés (1) où la démonstration est faite que l'islam est innocent des horreurs qu'on soutient à ce sujet en son nom. Aussi on viole l'islam en prétendant que l'apostasie y est illicite.

Mieux comprendre l'islam 

Dans le cadre du rapport actuel qu'on entretient avec notre patrimoine culturel religieux, il nous est impératif de privilégier les meilleures voies et les moyens de haut prix pour appréhender la richesse de notre héritage.

En matière d'application des préceptes du Coran, cela nécessite de coller simultanément à la lettre du texte et à son esprit. Si le texte correspond dans sa lettre à son esprit, il est la seule référence; mais si le texte se différencie de l'esprit, celui-ci est alors privilégié.

Bien évidemment, en se référant à l'esprit du texte, vient le rôle de l'exégèse; et cela ne se fait qu'en revenant, tout en premier, à la noble tradition du prophète et ensuite aux visées de la loi de Dieu. 

En cela, nous ne procédons que selon l'exemple de nos plus pieux devanciers, selon les principes qu'ils retenaient pour leur mise en œuvre, mais nullement selon celle-ci. En effet, ils partaient du principe de l'application des visées de la loi islamique pour en interpréter ce qu'il pouvait y juger d'obscur; puis, ils adaptaient leur exégèse aux données distinguées par la raison islamique en un instant précis de son histoire.

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Aussi, ils ont fait législation divine de ce qui n'était qu'une déduction des hommes pouvant se révéler aussi bien juste qu'erronée, et qui demeurait nécessairement aussi imparfaite et versatile que la nature humaine. Or, une telle interprétation ne devait pas manquer de demeurer changeante en cas de nécessité afin de rester en congruence avec les exigences du temps des hommes et de leurs besoins. C'est en cela, au demeurant, que réside l'éternité des préceptes de la religion.  

En vue d'entourer de toutes les garanties scientifiques cette œuvre qui revendique la caractéristique d'être objective avant tout, de cette objectivité scientifique inévitable en notre religion, nous pensons qu'il ne faut plus aujourd'hui recourir de façon automatique à la jurisprudence telle qu'aboutie en une séquence de son histoire. Cela concerne, plus exactement, la prééminence obligée donnée à la tradition prophétique avérée sur le Coran au point d'accepter qu'elle en abroge des versets. Mais cela consiste également dans le cantonnement de la Tradition avérée au corpus attesté uniquement par les jurisconsultes majeurs que sont Boukhari et Mouslim. (2) 

L'œuvre des jurisconsultes encore en vigueur à nos jours fut sans conteste grandement bénéfique en son temps; mais elle ne l'est plus, ayant entraîné les pires malheurs à l'islam en le figeant. Et il est loisible à tout un chacun en islam de faire le même effort pour peu qu'il connaisse sa religion et fasse preuve de bonne foi. (3)  

Aussi, en ce que nous affirmerons dans ce qui suivra, parlant de la Tradition avérée, nous ne signalerons que les dits du prophète acceptés par les deux éminents jurisconsultes. Tout ce qui excède ce qui a été retenu dans leur compilation exhaustive ne constitue pas pour nous une preuve irréfutable, notamment en l'absence de texte coranique; il donne juste une orientation générale à laquelle il n'est néanmoins pas exclu de revenir en vue d'un éventuel éclaircissement.

Assurément, cela ne plaira pas à la plupart de ceux qui s'étaient habitués à une pratique antédiluvienne de traitement de la religion; et il en est qui en a fait un objet de commerce lui permettant de vivre et de s'engraisser.(4) Notre méthode ne reste pas moins la meilleure, étant de nature à assurer à notre religion ce qu'elle est sans conteste : le sceau des religions. Ce qui signifie que tout un chacun ayant la foi en Dieu, croyant en son unité, juif ou chrétien et de toute autre obédience, peut dire à juste titre et sans hésitation : Je suis musulman fervent, attaché à la foi d'Abraham.(5)

À suivre

NOTES :

  • (1) Afrique Orient, Casablanca, Maroc, 2014.
  • (2) On pourrait se référer ici au précieux ouvrage en la matière de Foued Abd AlBaki :    اللولؤ والمرجان في ما اتفق عليه الشيخان، مؤسسة الريان للطباعة والنشر والتوزيع
  • (3) Ainsi, Malek Ibn Anes, qui est la référence jurisprudentielle en notre pays, assurait ceci : "Je ne suis qu'un humain qui se trompe et qui dit juste; examinez donc ce que je dis et prenez-y ce qui correspond au Livre et à la Tradition et ne retenez pas ce qui n'y correspond pas" (ابن عبد البر في الجامع 2/32). Le propos de Malek et d'autres jurisconsultes ne fait que confirmer le verset 3 de la sourate Al 'Araf.
  • (4) Parmi ceux-là figure un certain nombre de jurisconsultes qui ont accepté d'instrumentaliser la religion au service de la politique, comme nous l'enseigne l'histoire. Il suffit de signaler ici Az Zohri dont les historiens étaient unanimes à se méfier de la plupart des dires; ou encore la référence absolue des instruits en traditions Abou Hourayra qui était connu par le surnom de maître de la Madhira du fait de son grand appétit pour cette spécialité culinaire. qui servait au calife omeyyade Mouawiya de s'attacher à son service les consciences libres.
  • (5) Nous traduisons ainsi مسلم حنيفي.
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