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La Tunisie, vivier du terrorisme mondial?

Publication: Mis à jour:
SYRIA
AFP
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Déjà, avant les nouveaux attentats impliquant des Tunisiens, on a abondamment parlé de cette sorte d'oxymore qu'est le terroriste repenti, car à l'heure qu'il est, avec tout ce qui se passe dans le monde de turpitudes, il ne peut y avoir de terroriste repenti, mais plutôt de terroriste reconverti. Du moins pour les jeunes Tunisiens, les plus nombreux des jihadistes au point qu'on a osé récemment insinuer que la Tunisie serait un vivier du terrorisme mondial.

Dans les deux cas, on a affaire à une désinformation occultant la réalité du problème terroriste qui est d'abord mental et politique faisant l'objet d'une instrumentalisation idéologique qui a tout d'une menée machiavélique.

Aussi, si la Tunisie est un vivier du terrorisme, c'est que les forces en mesure de contrer cette hydre n'ont rien fait pour le lui éviter et continuent à ne rien faire de vraiment utile pour qu'elle ne le soit plus.

Terrorisme politique

C'est celui de ces élites islamistes sorties de la clandestinité, de l'exil ou de prison, pour être placée au pouvoir par un Occident aveugle à ses vrais intérêts sur le long terme. C'est en tout cas ce qui s'est passé en Tunisie.

Effectivement, la plupart des terroristes issus de notre pays ont vu le jour au lendemain de la révolution. Cela accrédite la thèse de ceux qui parlent de coup d'État en Tunisie orchestré par les puissances occidentales dans le cadre de leur nouvelle stratégie d'alliance entre le capitalisme sauvage et un islam aussi sauvage, en colère dirait Rached Gahnnouchi, pour un nouveau Sykes-Picot.

Je ne suis pas adepte de cette thèse, mais cela n'a pas moins permis de donner lieu à ce à quoi nous avons assisté : la chute de certaines dictatures non pas pour servir la cause des libertés, simple prétexte, bien évidemment, mais pour les intérêts voraces du néo-libéralisme et de l'hégémonie impérialiste.

Dans ce cadre, il y avait bel et bien un plan qui n'a finalement pas marché pour la déstabilisation de la Syrie; et la Tunisie a été instrumentalisée à cet effet au tout début de la révolution. C'est ce qui fait certains soutenir que nombre de nos jeunes qui veulent rentrer au pays ont été envoyés chez Daech et sur le front de Syrie avec la complicité du gouvernement de la troïka.

Aussi, on ne peut que comprendre que d'aucuns défendent avec acharnement ce droit au retour. C'est ce que les autorités se doivent d'éclaircir avant toute suite à donner à un retour dont les circonstances du départ n'ont pas été éclaircies. C'est, en tout cas, ce que commande l'impératif d'être juste et éthique en politique.

Car il semble que nombre de nos jihadistes estiment avoir été chargés d'une mission à remplir avec la complicité tacite ou même active de certains pouvoirs étrangers. Or, la donne ayant changé avec l'échec patent de l'Occident en Syrie, s'est imposée logiquement la question du retrait des contingents tunisiens envoyés ou dont l'envoi a été facilité. C'est là aussi une question stratégique d'importance à éclaircir.

D'autant plus que ce qui lui donne une certaine crédibilité, c'est cette détermination avec laquelle d'aucuns en parlent alors que la première priorité en Tunisie est la lutte contre le terrorisme qui déjà la menace de l'intérieur et sur ses frontières. Est-il logique dans ces conditions de tolérer le retour de terroristes avérés?

Peut-on même parler à leur propos de repentir au vu de leurs forfaits quand on ne pardonne pas des faits bien moins graves comme la consommation de cannabis, d'alcool ou de sexe et qu'on harcèle les innocents gays? Ne serait-ce pas une complicité évidente avec un tel terrorisme blanchi par une saugrenue conception du jihad en islam?

Terrorisme mental

C'est à ce niveau que se situe le terrorisme mental, celui de croire ou faire croire que la guerre armée est encore autorisée en islam et ouverte aux particuliers. Qu'est-ce donc d'autre que du terrorisme un tel jihad mineur? N'est-il pas obsolète en islam, devenant même illicite, car il n'est plus de licite depuis l'érection des États islamiques que le jihad majeur, l'effort sur soi?

Certes, on se focalise sur le conflit palestinien pour redonner du juste à ce qui n'est pas du ressort des croyants, car la guerre de Palestine ne se gagnera nullement par les armes eu égard aux forces en présence, mais par le retour à la légalité internationale du partage de 1947. Aussi, prétendre servir la cause palestinienne en encourageant le terrorisme, c'est en fait la desservir, en faire un honteux commerce en se servant des jeunes innocents, privés de leurs droits et libertés et dont on a lave le cerveau pour en faire de la chair à canon.

Il est vrai, l'État d'Israël n'accepte pas le partage et se comporte en colonisateur arrogant; mais est-ce suffisant pour opposer à son terrorisme d'État, un terrorisme qui n'a aucune chance de faire rentrer dans leurs droits les Palestiniens, mais plutôt leur faire perdre leurs droits? N'est-ce pas défendre la stratégie israélienne que de refuser que la situation actuelle ne bouge en rappelant incontinent la teneur de la légalité internationale, appelant au retour au plus vite au droit international?

On ne saura réellement s'opposer au terrorisme tant qu'on cultivera cette mentalité manichéenne du refus de l'autre et tant qu'on ne se sera pas défait de ces fausses conceptions de guerre sainte et du martyre, qui n'ont rien d'islamiques.

Outre le jihad qui ne peut plus être que majeur, le martyre en islam vrai est l'impératif de témoigner et non de mourir, le suicide étant déjà interdit par notre foi comme la pire des abominations. C'est ce que les ulémas, imams et politiciens ont l'éminent devoir de rappeler plutôt que de verser dans le manichéisme qui ne fait que servir les menées machiavéliques visant l'islam dans une nouvelle guerre de religion qui ne dit pas son nom.

Menées machiavéliques

Il n'est un secret pour personne que certains milieux en Occident, qui ne domine plus le monde comme avant, cherchent à diviser encore plus ce monde pour sauvegarder leur magistère perdu.

Aussi se donnent-ils à coeur joie à des menées machiavéliques. Tout est donc bon pour faire de l'islamophobie. Et ils trouvent chez les islamistes intégristes les meilleurs alliés, car ces derniers ne servent que leurs intérêts propres et non ceux d'une foi violée et caricaturée.

Si le monde est au plus mal aujourd'hui, c'est qu'il a mal à ses valeurs, sa jeunesse surtout étant écartelée entre ses désirs et sa condition. Que peut donc faire un jeune du Sud empêché de vivre normalement avec son trop-plein d'énergie? Brimé chez lui, empêché de circuler librement, il entre en terrorisme comme il entre en clandestinité à la recherche d'un sens à sa vie.

Or, les faussaires ne manquent pas pour le tromper, en faire munition pour les dessins machiavéliques d'une illusoire guerre des cultures qui n'est qu'une bataille perdue d'avance du capitalisme sauvage même s'il s'est allié pour cela avec l'islamisme encore plus sauvage.

Car le stratagème est éventé et les moins malhonnêtes des décideurs du monde ont enfin réalisé ne pratiquer actuellement qu'une politique d'apprenti sorcier. Le terrorisme qu'on a bien voulu tolérer, sinon encourager, n'a ni loi ni foi et il se propage viralement partout, y compris et surtout dans les pays du Nord nullement à l'abri de ses méfaits.

Aussi il devient évident et urgent d'initier une nouvelle stratégie de lutte antiterroriste qui ne peut réussir qu'en tenant compte des droits et des libertés des premiers concernés par ce phénomène que sont les jihadistes.

Toutefois, ce n'est pas en se limitant à parler de leur rapatriement comme on ferait d'une armée défaite qu'on démobilise; car la guerre se reportera dans les pays d'origine, ce qui sera une tragédie pour tous, le monde étant désormais un immeuble planétaire.

Ce qu'il faut, c'est bien cette rupture évoquée ci-dessus avec le terrorisme mental, mais cette fois-ci de la part de l'Occident qui doit, en plus d'exiger la déclaration de l'obsolescence du jihad religieux à ses protégés islamistes, ouvrir ses frontières aux jeunes afin d'assécher le terreau alimentant le jihadisme. Et, bien évidemment, cela se fera par le moyen tout à fait sûr du visa biométrique de circulation respectueux à la fois des réquisits sécuritaires que des droits humains dont sont privés nos jeunes, et qui en font des monstres.

C'est ainsi que la Tunisie ne sera pas un vivier du terrorisme, car ses jeunes s'ils y sont aujourd'hui les plus nombreux, c'est plutôt une preuve de maturité les faisant vouloir la prouver par tous moyens, y compris les moins avouables, surtout qu'ils trouvent des gourous pour les tromper sur leur religion.

Au-delà donc du coup de feu auquel ils s'adonnent, c'est le coup d'éclat qu'ils cherchent, celui d'être traités en majeurs. Et quelle meilleure preuve que de reconnaître leurs droits dont ils sont privés, aussi bien dans leur pays qu'à l'étranger, étant traités en mineurs à demeure. Ce qui ne peut que donner les monstres qu'ils sont devenus.

Or, il est parfaitement possible de trouver dans l'humain bestialisé sa part d'humanité si on lui reconnaît ses droits et ses libertés. Ce dont manque cruellement la jeunesse tunisienne comme celle de tout le Sud, les transformant en ce hochet qu'ils sont devenus aux mains des machiavéliques joueurs politiciens et idéologues, religieux surtout, nationaux et internationaux.

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