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La Tunisie malade de ses élites

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Dans une tribune intitulée "La Tunisie malade de ses enfants", notre amie Mme Sihem Bouzgarou Ben Ghachem, dresse le bilan catastrophique de l'état de déliquescence généralisée de notre pays.

Ce qu'elle dit de bien avéré aurait toutefois gagné en crédibilité si elle avait spécifié que la maladie de la Tunisie concerne moins ses enfants que ses élites.

Ce dont d'ailleurs elle est consciente, puisqu'elle accuse certaines de nos élites en se posant la question "qui faut-il incriminer?" égrenant certaines des élites délitées du pays.

Aussi, on comprend alors que ce ne sont pas les exécutants de l'attentat du Bardo qui sont les plus coupables, mais ceux qui leur ont fait subir un lavage de cerveau.

Nos drames entre l'officiel et l'officieux

Ce sont bien certains de nos responsables irresponsables dont le pays est malade et non ses pauvres enfants manipulés et exploités. Les gouvernés ne sont-ils pas à l'image de leurs gouvernants? Que ceux-ci donnent l'exemple et ils ne seront que suivis!

Or, de tels coupables putatifs de l'attentat appartiennent au parti qui est dans la coalition gouvernante, et certains parmi eux osent le jour même de l'attentat faire l'apologie du jihad mineur alors qu'il a pris fin depuis longtemps.

Il est avéré aujourd'hui que nous faisons une lecture fausse et caricaturée de notre religion, et qui fonde des lois scélérates qui ont servi d'autres abus et drames, peut-être moins spectaculaires, mais qui sont tout autant à dénoncer.

De fait le drame du Bardo ne doit pas nous faire oublier ces tragédies dont l'État de la dictature était la cause et l'origine; car tous les drames se valent et une victime est toujours à déplorer et à pleurer, quel que soit son agresseur, personne privée ou publique.

Si l'effroi causé par le lâche attentat du Bardo est évident et légitime, il ne doit pas occulter la détresse qui est à l'origine de l'acte criminel. Il impose de se demander si l'État, qui a le monopole de l'usage de la violence, en a usé et en use à bon escient, d'une manière juste et équilibrée afin que l'excès n'entraîne pas l'excès.

Force nous est de constater, malheureusement, que ne fut pas le cas durant le règne de la dictature et que cela continue avec le maintien en vigueur de son arsenal répressif ainsi que par les menées de certains qui veulent y ramener.

Le drame du terrorisme légal

Aussi, la seule question judicieuse que l'on doit se poser est de demander aux gouvernants quand vont-ils se décider à toiletter nos lois de tout l'arsenal répressif qui phagocyte les libertés?

Car ce sont les lois scélérates qui permettent que nombre de nos jeunes basculent dans l'horreur n'ayant plus rien à perdre du fait qu'ils ont déjà perdu le plus précieux: leur liberté et leur dignité.

Malheureusement, dans son acte d'accusation, notre universitaire ne fait nullement mention de cette cause directe du terrorisme qui est l'arsenal répressif de la dictature, cette véritable fabrique de la délinquance.

Elle ne parle pas non plus de ceux qui instrumentalisent la religion, en faisant une fausse lecture, appelant à un petit jihad révolu et défendant des lois immorales se targuant d'être morales et d'inspiration religieuse.

Elle se focalise, comme c'est un peu à la mode, sur les salafistes qui sont bien évidemment à dénoncer, mais qui restent le sous-produit d'une lecture caricaturée de l'Islam. Or, il s'agit de la lecture retenue officiellement qui inspire certaines de nos lois, et elle est, de plus, celle du parti islamiste partenaire au pouvoir.

Il est impératif que nos élites ne restent plus à la surface des apparences, osant aller en leur creux, puisque le visible est plus trompeur que jamais! Car, si déjà nos universitaires se trompent de la sorte dans la lecture de l'état de notre société, comment pourrions-nous attendre mieux de notre jeunesse allant à la dérive?

Il serait temps que l'on ose bousculer cette idée reçue que notre peuple serait sous-développé pour expliquer notre actuelle situation, car ce sont ses élites, politiques notamment, qui le seraient en usant de catégories obsolètes pour comprendre leur société.

Comme disait le grand connaisseur du Maghreb que fut Jacques Berque: "Il n'y a pas de pays sous-développés. Il n'y a que des pays sous-analysés".

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