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La féroce guerre de la spiritualité contre la matérialité

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S'il est un ou deux traits marquant notre époque, c'est bien le triomphe de la matérialité, d'une part, et ce qui est forcément son corollaire, le retour de la spiritualité.

Une féroce guerre les oppose désormais, mais réduite, comme toute guerre injuste, à une fausse apparence se manifestant, d'un côté, par un capitalisme sauvage et, de l'autre, par une religiosité tout aussi cruelle.

La Tunisie, expression basique de la postmodernité (qui est, rappelons-le, un état d'esprit, une vision des choses et non une étape dans un processus linéaire), en expérimente à ses risques et périls les avatars.

C'est cela qui lui permettra, pour peu que ses élites fassent usage du talent ancestral à l'innovation de son peuple, oeuvre de génie qui aura des retombées mondiales.

Une matérialité arrogante et conquérante

Qui douterait que la Tunisie soit un laboratoire pour une expérience nouvelle voulue par l'Occident et son chef de file et imposée au nom de la mondialisation et le néolibéralisme triomphant?

Ainsi, hier honni et persécuté, l'islam politique a été réhabilité et mis au pouvoir juste sur la simple foi de ses gages en matière de programme économique libéral à outrance, allant au-delà de ce que pouvait espérer raisonnablement les néoconservateurs.

Peu importe que cela ne s'accompagne pas nécessairement de libéralisme sur la scène politique et sociale, notamment dans le domaine des droits et libertés privés ! Un capitaliste qui se respecte cède-t-il son intérêt devant ce qui relève de l'illusion quand il n'est pas juste un bonus à la plus-value sacrée?

Il y eut certes certains capitaines d'industrie qui ont sauvé l'honneur du capitalisme, lui trouvant une éthique religieuse; mais quand la religion verse partout dans l'innommable, devenant religiosité, ne cède-t-on pas facilement à la tentation de maximiser les profits en encourageant de telles turpitudes de religiosité?

C'est ce qui se passe en Tunisie où l'ancien ordre ne servant plus assez les intérêts du grand capital, il a fallu y initier une nouvelle donne, quitte à faire entrer, pour commencer, le loup dans la bergerie.

Il est vrai que le grand ordonnateur de la matérialité arrogante et conquérante se croit aussi des pouvoirs divins qui l'autorisent à transformer le loup en chien docile!

Une religiosité exubérante et violente

Dans l'attente de réussir -- les choses n'étant jamais désormais maîtrisées totalement, même par les plus perspicaces avisés des stratèges --, le loup a eu carte blanche pour se servir dans la bergerie Tunisie.

Certes, il s'est affublé de l'apparence du berger et a déguisé en chiens ses troupes, mais il a moins veillé à servir le pays qu'à servir une stratégie lui permettant de durer.

Il faut dire que sa nature propre, d'une part, mais aussi et surtout l'animosité de ses ennemis à son égard, n'étaient pas pour créer le climat de confiance nécessaire pour agir dans l'intérêt bien compris du peuple.

Ce qui a facilité les choses est ce caractère paisible de ce dernier, préférant aux conflits de se soumettre afin de donner libre cours à son hédonisme et son libertarisme dans cette soif irrépressible qu'il a de vivre.

Aussi a-t-on vu les manifestations d'une religiosité exubérante et violente non seulement tolérées, mais encouragées aussi, ne manquant même pas de se retourner contre le soutien principal des islamistes, l'Occident sans lequel ils ne seraient jamais arrivés au pouvoir ni ne s'y seraient maintenus.

Toutefois, les épreuves sont nos leçons, comme on dit, et le monde arabe est pris par l'effervescence qui ne peut être totalement contrôlable; aussi, on passe par pertes et profits les désagréments minimes afin de sauver l'architecture d'ensemble, celle de diviser encore plus le monde arabe par le virus de la religiosité pour mieux y régner en maître absolu, et pour le moins, en recours indispensable.

Qu'il y ait guerre dans le monde n'est-il pas le souhait des marchands d'armes et les démons de la politique mercantile, puisqu'on n'a jamais autant fait de profits que lors des guerres ? Après tout, ce ne sont pas les généraux qui la font, la guerre, mais la soldatesque et ce sont les populations civiles qui en payent le pris fort. Mais qui s'en soucie en un temps de turpitudes extrêmes?

La spiritualité est la solution en Tunisie

Justement, c'est en de tels temps que les justes de voix et de voie ne peuvent plus se taire, et plus que jamais, ils se manifestent. Car si le monde a trop souffert de l'excès de matérialisation du Nord repu, son salut ne peut être que dans cette réaction compréhensible de rejet de tels excès que manifeste la religiosité.

Chez les jeunes des pays du Sud, il ne s'agit nullement de foi, bien plus de radicalisation; mais moins celle d'une foi métaphysique que du rejet de la foi opposée, celle du lucre et de cette religion civile de Mammon.

C'est de cela qu'il s'agit, et nullement d'une adhésion à une religion, une illusoire islamisation, l'islam n'étant utilisé que comme une arme, la plus efficace présentement qui soit, mais rien qu'une arme! Aussi, si le christianisme ou le judaïsme s'avérait plus efficace, Daech se judaïserait. D'ailleurs, ne l'est-il pas déjà, étant soutenu par les supposés musulmans rigoristes qui n'ont rien de l'islam, sinon la tradition judéo-chrétienne qui s'y est infiltrée? Or, il n'y a d'islam que soufi!

Il se trouve que l'Occident actuel, réveillé à ses démons, et sa tête de pont au Proche Orient veillent au grain; que l'islam continue à être impliqué par les horreurs actuelles, ce n'est que tout bénéfice pour leurs affaires. Après tout, ce n'est pas aux Occidentaux de donner l'exemple, mais aux musulmans eux-mêmes; mais ceux-ci- ne sont-ils pas ses affidés?

Pourtant, il est une autre politique possible pour un autre monde où l'on cherchera réellement la paix partout dans l'univers, à commencer par la Palestine, moyennant la reconnaissance d'Israël, en revenant au droit international de 1947. Faut-il l'imposer aux uns et aux autres au lieu de jouer à l'apprenti sorcier ou à Ponce Pilate!

Il y a aussi un autre monde à construire en Méditerranée en y instaurant la libre circulation humaine redonnant l'espoir et la dignité de vivre aux jeunes, au lieu de ne se soucier que de libre-échange. Et cela est aussi réalisable en Tunisie aujourd'hui.

Car, en ce pays que Bourguiba a doté d'une femme libre, et dont les hommes savent le moment venu non seulement rêver de leur liberté, mais l'arracher, un autre islam est possible, bien différent de la caricature qu'en donne le chouchou des Occidentaux.

Cet islam est humaniste et tolérant, respectueux de la tradition libérale et méditerranéenne de la Tunisie, mais aussi de son attachement à un islam des libertés sans affectation ni ostentation de religiosité.

C'est l'islam soufi, une spiritualité que l'Occident a intérêt à s'en faire l'allié en obligeant son actuel partenaire à y puiser, cessant de faire la politique politicienne pour y insuffler un peu plus d'éthique. C'est son devoir et ce sera sauvegarder sur le long terme les intérêts de l'Occident en Tunisie et le salut de ce pays qui n'a jamais été orienté vers l'Orient étant déjà l'Occident de l'Orient.

Pourrait-il changer d'orientation aujourd'hui que l'Orient est en pleine déconfiture? C'est plutôt du Maghreb que doit venir la délivrance de l'Orient vers une aire de civilisation occidentalo-orientale commençant par un espace de démocratie méditerranéen.

L'Occident sait ce qu'il lui reste à faire en Tunisie au lendemain du congrès de son principal allié : l'amener à veiller lui-même à libéraliser la vie tunisienne, en débutant par les moeurs dont l'effet sur l'inconscient est énorme. Que ramadan, déjà entamé, en soit la première étape! Que l'on arrête de brimer les libertés privées pour commencer; et cela dépend d'Ennahdha et de ses affidés!

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