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La Cour constitutionnelle peut-elle abolir l'homophobie en Tunisie?

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Malgré l'émoi suscité par l'horrible attentat d'Orlando, ni les autorités tunisiennes ni les militants anti-homophobie ne se décident de proposer le projet de loi qui leur a été soumis et qui est de nature à abolir la honte de l'homophobie en Tunisie.

Si l'on peut comprendre la réticence des autorités, ne voulant pas prendre acte de la vérité que l'islam n'est pas homophobe, l'attitude est moins acceptable de la part des militants gays. Elle ne s'explique que par leur laïcisme et leur espoir que le problème soit réglé par la voie judiciaire. Est-ce possible?

Le faux espoir d'une abolition judiciaire de l'homophobie

La Tunisie est dotée d'une Cour constitutionnelle qui, si elle n'a pas encore été installée, suscite déjà les plus grands espoirs chez les victimes nombreuses des obsolescences juridiques actuelles toujours en vigueur.

Nombre de nos lois sont effectivement devenues caduques du fait des droits et libertés consacrés par la Constitution dont le pouvoir politique ne veut pas suspendre l'application.

Même les juges, pourtant garants de l'État de droit, n'osent pas s'abstenir d'appliquer ces lois devenues illégales, ce qu'une bonne logique juridique leur impose pourtant au nom du respect de la hiérarchie des normes, la Constitution devant primer les lois inférieures.

Parmi les espoirs suscités, il y a celui que nourrissent les militants anti-homophobie qui attendent l'entrée en fonctionnement de la Cour constitutionnelle pour la saisir d'un recours en inconstitutionnalité de l'article 230 du Code pénal, base légale de l'homophobie en Tunisie.

Ont-ils raison de nourrir un tel espoir? La réponse est catégoriquement non!

En effet, une fois saisie, la Cour sera tenue de vérifier si la loi en question est conforme à la Constitution. Or, celle-ci réfère à l'islam dont elle fait la religion de l'État, imposant le respect de ses valeurs.

Aussi, de deux choses l'une -- la première hypothèse étant irréaliste au vu de la sociologie de notre magistrature, mais on l'évoque ici pour le principe:

  1. soit la Cour estime que l'islam n'est pas homophobe, ce que nous disons et avons démontré amplement; alors, elle jugera effectivement l'article inconstitutionnel. On aura remarqué donc le passage obligé par la religion s'imposant au juge constitutionnel dans une lecture correcte;
  2. soit la Cour reproduit le mensonge actuel considérant l'islam homophobe, et ce malgré les preuves administrées qu'il ne l'est point; dans ce cas, seul probable sinon certain, elle validera l'article 230 comme étant parfaitement constitutionnel.

On voit bien que, du fait même de la Constitution, la cour constitutionnelle est tenue de référer à l'islam et se doit de l'interroger sur son attitude vis-à-vis de l'homosexualité.

Or, les militants anti-homophobie ne veulent justement pas entendre parler de religion, prétendant se placer sur le terrain exclusivement civil, ce qui est un non-sens total.

L'option de la Cour constitutionnelle est la stratégie des homophobes

Au vrai, c'est relever ainsi, et au mieux, d'un esprit laïciste et non pas juste laïque, sinon de l'islamophobie même; c'est ce qui les amène à une telle attitude qui condamne leur militance à l'échec. Car ils se privent ainsi de l'arme qui est la seule efficace contre l'homophobie en terre d'islam.

Or, eu égard à la physionomie actuelle de la magistrature tunisienne et de sa psychologie, ce serait véritablement miracle que les juges constitutionnels osent dire la vérité avérée, encore trop nouvelle pour les esprits dogmatiques en terre d'islam, à savoir que l'islam n'a jamais été homophobe.

Par conséquent, si jamais la Cour devait être saisie de l'inconstitutionnalité de l'article 230 du Code pénal -- ce que je déconseille fortement aux militants --, elle le validera obligatoirement comme étant parfaitement conforme à la Constitution. Et ce sera alors un enterrement en grande pompe de la cause anti-homophobie en Tunisie.

C'est ce qui explique, au demeurant, que certains juristes malintentionnés, qui ne sont que de vrais crypto-intégristes, conseillent aux militants une telle voie supposée de pur droit, et respectueuse de l'État civil leur disent-ils pour les tromper.

À la vérité, ils ne cherchent qu'à obtenir de la part des juges et des militants l'enterrement royal de la cause anti-homophobie sans apparaître y être pour quoi que ce soit. Et comme on le sait, nos islamistes ont toujours su sous-traiter leurs basses besognes à des idiots qu'ils manipulent à leur gré. En l'occurrence, ils entendent réussir leur forfait par le truchement des victimes d'homophobie eux-mêmes. C'est bien du manichéisme de haut vol !

Aussi, les militants sincères ¬-- car il y en a de moins en moins, la plupart étant juste motivés par le business que la cause permet de réaliser -- se laisseront-ils tomber dans le piège intégriste par excès de laïcisme et/ou d'islamophobie?

Militer pour la liberté des moeurs et les droits privés

Comme la seule issue pour la Cour constitutionnelle réellement indépendante de toute instrumentalisation est de dire que l'islam n'est pas homophobe afin de pouvoir déclarer inconstitutionnel l'article 230 pénal, qu'on commence par anticiper les choses dans ce sens!

Qu'on axe les actions médiatiques sur le rappel de la vérité historique que l'islam n'a jamais condamné l'homosexualité, on gagnera alors à cette juste cause la majorité du peuple qui n'a jamais été homophobe.

Bien mieux et en vue de préparer judicieusement le terrain à ce qui serait un pas de géant vers l'enterrement en Tunisie de l'homophobie, qu'on milite pour la liberté sexuelle pour tous. Car ainsi qu'il a été démontré aussi, il n'y a qu'un sexe total en Tunisie, d'un côté, et un tel texte est encore hors-la-loi, d'un autre côté.

En parler sera de nature, non seulement à servir la cause anti-homophobie et finir par abolir la coloniale loi homophobe, mais aussi libérer les moeurs pour toutes et tous. Ce serait alors une bataille de tout le peuple contre la minorité intégriste et non d'une minorité sexuelle stigmatisée qui n'existe pas en Tunisie.

Une telle action médiatique féroce est d'autant plus impérative que le parti islamiste, sous la pression de l'Occident, commence à lâcher du lest pour garder son soutien. Certes, il ne fait que louvoyer, mais il ne faut pas le laisser faire en l'obligeant à sauter le pas de la modernisation ou à dévoiler son vrai visage salafiste.

Que les laïcistes qui n'osent pas proposer des projets de loi et les défendre cessent donc de lui faciliter la tâche, permettant ainsi son jeu malsain! Qu'ils fassent feu de tout bois par un tir groupé de projets de loi!

Ainsi, outre l'abolition de l'homophobie, qu'ils proposent des textes sur l'égalité successorale (ou soutiennent celui déjà proposé), la dépénalisation du cannabis, la consommation et le commerce d'alcool, le droit au sexe libre, etc. Qu'on agisse à une libéralisation des moeurs en Tunisie qui sera une movida à l'espagnole!

Je leur rappelle ici, s'agissant de l'article 230, que le projet de loi qui leur a été proposé et qu'ils ignorent superbement est de nature à être voté au parlement s'il y entre. Plus que jamais, la promesse en ce sens de la part de M. Ghannouchi aux Américains tient. Aussi, c'est bien refuser l'abolition de la part des militants anti-homophobie que de ne pas user de l'arme fatale pour l'homophobie, ce texte juridique consensuel ayant toutes les chances aujourd'hui d'être voté.

Les démocrates et les militants gays veulent-ils vraiment l'abolition de l'article 230? Ils savent où est leur devoir. C'est leur heure de vérité et celles des libertés pour une Tunisie re-belle!

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