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Jemna: L'exemple à suivre ou quand l'État se trompe

Publication: Mis à jour:
JEMNA TUNISIA
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Voici un exemple flagrant où l'État, supposé avoir réussi une révolution renouvelant à terme et les mentalités et l'art de la pratique politique, se trompe en s'érigeant contre la société au nom d'une loi qui opprime et ne libère pas, étant la survivance d'un ordre officiellement déchu.

Aussi, de deux choses l'une: ou l'État est l'incarnation du peuple, mais use de loi injuste -- et il faut donc la changer et non s'en prévaloir pour aller contre la société --, ou c'est l'État qui est injuste et alors il perd sa légitimité démocratique!

Le droit contre lui-même

Il n'est plus besoin de le démontrer: la législation actuellement en vigueur dans nombre de domaines est illégitime et est même nulle de nullité absolue, étant illégale au vu de ses contradictions flagrantes avec les principes cardinaux de la Loi suprême qu'est la Constitution. Une telle obsolescence est devenue néfaste, car elle est à la source d'une terrible confusion axiologique.

Ainsi, prétendre qu'au nom de la loi en vigueur l'initiative populaire des habitants de Jemna est illégale, c'est enlever tout sens à l'esprit et même à la lettre de la notion de domaine public. Car celui-ci s'il est public, c'est qu'il appartient au public. Or, qui incarne mieux le public dans une région que ses habitants en premier?

Certes, on veut y substituer par un subterfuge légal l'État qui serait dépositaire de la volonté de tous; or, cette volonté générale n'existe que du fait de la réunion des volontés de chaque région, libres et indépendantes.

Il suffit donc que l'une des composantes de cette volonté qui légitime l'État manque pour des raisons légitimes pour qu'elle ne soit plus représentée par cet État. Or, qu'est-ce qui est plus légitime que l'exigence d'une communauté de gérer ses intérêts par ses propres moyens et dans l'intérêt de ses habitants, les premiers concernés?

L'État contre la société

En s'érigeant contre une initiative populaire saluée par des élus du peuple et qui entre dans le cadre de la démocratie participative la plus saine, l'État viole ses propres fondements; et d'abord sa légitimité populaire.

S'agissant des fondements, c'est qu'il se positionne contre la société puisque l'État est une pure fiction qui a besoin de l'adhésion de ce qui lui donne réalité, à savoir le vote explicite et l'acceptation implicite des citoyens.

Et on sait, avec la crise du concept démocratique, ce qu'il en est devenu du mécanisme du vote transformé en subterfuge faisant majorité artificielle de la volonté d'une minorité et cantonnant le pouvoir entre les mains de supposés experts qui ne le sont que dans la gestion de leurs intérêts politiques et des rapports de pouvoir.

La vraie démocratie aujourd'hui est dans la raison participative qui doit se retrouver dans une décentralisation à outrance, marque du nouvel ordre à instaurer. C'est la société qui, en dehors de ce qui implique le sort du pays sur la scène internationale, donc sa diplomatie, et sa sécurité, donc sa politique de sécurité, doit être la seule en charge des intérêts régionaux et locaux. D'ailleurs, on a bien eu des exemples de démocratie participative en Tunisie, mais trop vite avortés.

Le gouvernement et ses représentants, en postmodernité, ne doivent plus se comporter que comme le chef d'un orchestre dont la mission est d'harmoniser l'ensemble des performances des membres de la formation, ici les localités et les régions, dans l'intérêt bien compris du résultat final.

Voilà ce qu'est un gouvernement soucieux de l'intérêt national en premier lieu! N'est-ce pas le sens véritable du gouvernement d'union nationale?

Généraliser l'exemple de Jemna

Jemna est désormais une sorte de commune de Paris en Tunisie; tous les patriotes sincères doivent lui souhaiter plus de réussite! Or, tout s'y prête. Il suffit d'un peu d'imagination au pouvoir pour que cela se fasse autorisant la Tunisie à rattraper le temps perdu et à conforter son modèle sui generis et son exception politique.

Car les temps ont changé et il n'est plus aucun salut pour la Tunisie que d'innover en sortant des sentiers battus d'une politique politicienne à l'antique. Sauf à être au mieux participative, la démocratie n'est qu'une daimoncratie, le pouvoir des démons politiciens. Aussi la Tunisie doit-elle non seulement prendre encore mieux compte des exigences populaires, mais aussi et surtout s'y conformer.

Quel meilleur moyen de le faire que de s'inspirer de ce qui vient de se passer à Jemna afin non pas de le dénoncer comme le font certains responsables, mais de le généraliser aussi bien aux cas similaires qu'à la gestion de toutes les communes.

Pourquoi donc ne pas réinventer la gestion communale au vu de l'exemple de Jemna? L'occasion est bel et bien propice avec le renvoi de plus en plus probable aux calendes grecques des élections municipales pour cause de chamailleries de politicaillerie sur fond de crise du concept démocratique.

Le gouvernement d'union nationale a le plus grand intérêt à se saisir de cette occasion en or afin de démontrer que la véritable démocratie n'est plus dans les élections ou le système partisan, instruments désuets, bien obsolète, mais dans l'émergence de pouvoirs locaux réellement représentatifs de la sagesse populaire enracinée dans chaque région ! Ne fait-on pas appel aux sages de chaude région pour sortir des crises? Pourquoi ne pas le faire pour enterrer la crise qui mine tout l'État?

Il est bien du bon sens qui est parfaitement pratique, donc éminemment politique au sens noble du mot, dans chacune de nos communes; et il n'attend qu'à ce qu'on y fasse appel pour étonner le monde en réinventant la politique, donnant enfin le signal de la naissance d'une postdémocratie en Tunisie.

Jemna est l'exemple à suivre apte à faire revivre, après une telle éclatante manifestation de démocratie locale, le vrai État démocratique et légitimiste avec la répudiation de l'actuel État centralisateur légaliste. Car la légalité formelle de ce dernier ne fait plus sens, étant trouée d'illégalités du fait de sa législation obsolète en notre patrie se voulant plus que jamais une Tunisie nouvelle République.

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