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Fête du sacrifice ou le sacrifice des valeurs vraies de l'Islam

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Comme l'année dernière, une campagne citoyenne salutaire appelle à ce qu'on ne fasse pas de dépenses inutiles cette année en sacrifiant un mouton.

Outre l'état déplorable du pays et des foyers, il serait préférable, en effet, d'investir dans des oeuvres plus utiles ce qui va habituellement pour l'achat du mouton. D'autant que l'aïd cette année coïncide avec la rentrée scolaire gourmande en dépenses.

Que le mufti appelle à ne pas sacrifier de mouton!

Or, cela ne suffira pas, car le Tunisien est légaliste et est attaché à ses traditions; il lui faut donc un avis autorisé lui indiquant que le sacrifice n'est ni obligatoire en islam ni même conforme à ses préceptes correctement lus.

Car ce qu'il ne sait pas, c'est que le sacrifice est lié au pèlerinage et ne s'impose que dans ce cadre. Aussi, l'aïd al Adha n'est une fête qu'à la Mecque, en étroit rapport avec le rituel du pèlerinage.

En dehors de ce dernier, la fête du sacrifice est une innovation qui n'a rien d'islamique. Elle a été reprise à la tradition juive.

D'ailleurs nombre de nos éminents jurisconsultes pensent que le fils d'Abraham sacrifié n'était pas Ismaël, mais Isaac. C'est le cas de Tabari, Qortobi, Zamakhchari ou Razi. Nombre des Compagnons du prophète, le pensaient aussi, comme le calife Omar, le cousin du prophète Ali Ibn Abi Talib, son oncle Al Abbes et son fils Abdallah, ou l'illustre Abdallah Ibn Messaoud.

Ce qui n'est pas pour étonner, notre religion reconnaissant les prophètes venus avant le nôtre, l'islam étant le sceau des révélations divines.

Que le mufti rappelle donc de telles vérités et en profite pour appeler, au nom de l'intérêt de la patrie et de notre peuple, à ne pas sacrifier de mouton cette année!

Qu'il saisisse l'occasion de l'aïd pour appeler à consacrer l'argent allant au commerce du mouton à faire face aux dépenses de la rentrée pour nos élèves souvent démunis du nécessaire!

Sortir l'islam de la caricature qu'on en donne!

L'année dernière, démentant une rumeur concernant l'adoption d'un avis juridique (fatwa) en matière de boycott du sacrifice, le mufti a défendu la tradition du sacrifice en usant de demi-vérités.

Outre celles ci-dessus rappelées qu'il a tues, il a dit que la fête du sacrifice est une pratique constante du prophète par laquelle il honore l'exemple d'Abraham, affirmant qu'une telle tradition demeure exigible de tout musulman ayant des moyens.

Ce que le mufti n'a donc pas dit, c'est que l'exemple d'Abraham honoré par notre prophète est celui du sacrifice d'Isaac et non d'Ismaël selon l'avis de la majorité des jurisconsultes musulmans dignes de foi, ci-dessus cités.

Bien évidemment, le mufti s'est gardé également de dire que si le prophète a toujours veillé à s'acquitter du sacrifice, ce fut plutôt en tant que rite intimement lié au pèlerinage et non en tant que fête indépendante. Ainsi, on appelle bien le jour du sacrifice Jour du grand pèlerinage. Ce qui revient à dire que sacrifier en dehors du pèlerinage, ce n'est qu'une tradition populaire honorant plus le commerce des moutons que la religion.

Ne l'ayant pas fait l'année dernière, que notre mufti se rattrape cette année, où coïncident l'aïd et la rentrée scolaire avec ses lourdes dépenses, pour déférer à l'effort auquel l'invite expressément et instamment notre religion: délaisser l'accessoire pour le principal en matière de prescriptions.

Que le mufti rompe à cette occasion avec la caricature de l'islam qu'il donne!

Revenir à l'islam authentique

Les vérités ci-dessus rappelées sont à connaître du plus grand nombre et c'est une obligation qui s'impose particulièrement aux responsables du culte, car le musulman doit être véridique.

C'est une constante qu'impose notre religion que d'être juste de voix et de voie! C'est d'autant plus impératif que nous vivons désormais un islam altéré, caricaturé, criminel même.

Et cela est d'autant plus grave qu'il alimente un terrorisme mental. Il suffit, pour s'en rendre compte, de voir chez nous, par exemple, le nombre de personnes apparemment dignes de respect qui encouragent secrètement ou publiquement l'ignominie de Daech.

Nos mensonges ou demi-vérités sur l'islam doivent s'arrêter, car l'islam est devenu officiellement inauthentique, et il commande que l'on revienne à notre belle foi originelle et originale qui fut une révolution mentale, initiant une modernité avant la lettre.

L'islam est et doit demeurer une religion de paix, de tolérance et d'amour. Ses fêtes sont d'abord dans le souvenir de cette vérité et dans la célébration des valeurs de solidarité et de piété et non des orgies dédiées à la consommation et au commerce.

Regardons donc nos rues et nos supermarchés devenus des foires païennes ne se souciant que de la matérialité au nom de notre religion qui est d'abord spiritualité!

Que le sacrifice du mouton reste comme prescrit par l'islam consigné à l'enceinte de la Mecque et que la célébration ailleurs du pèlerinage soit dans la piété et surtout la vertu qui est d'abord de donner l'exemple par des qualités éminentes!

Souvent, pour justifier leur attachement au rite du sacrifice en dehors de la Mecque, les adultes évoquent la nécessité de faire la joie des enfants; ce qui n'est qu'un prétexte fallacieux bien évidemment, les enfants d'aujourd'hui ayant d'autres moyens de s'amuser que de voir égorger un mouton. Ce qui peut en traumatiser et/ou conditionner d'aucuns.

Assurer en ce moment le bonheur de l'enfant, c'est lui permettre de réussir sa rentrée scolaire et ses études.

Qu'on sache enfin qu'en islam authentique, il n'y a pas de sacrifice obligatoire en islam en dehors du pèlerinage. Tout le reste c'est de l'ergoterie. D'ailleurs, le pèlerinage lui-même n'est une obligation que pour qui en a les moyens; que dire alors du sacrifice en dehors du pèlerinage!

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