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Droit actuel de l'apostasie en Islam (6/7)

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Etablissant le statut actuel de l'apostasie en Islam, nous rappellerons que son sens diffère selon la source citée: dans le Coran, c'est l'habituel abandon, officiel et volontaire de la foi; dans la tradition et chez les jurisconsultes, c'est la variation de la religion au niveau de mouvements de masses entraînant des bouleversements politiques.

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L'apostasie dans le Coran

L'Islam garantit la liberté de croire, incluant la conversion à l'Islam. S'agissant du fait d'apostasier, il est traité par des sourates qui confirment la liberté d'apostasier : La vache, verset 217 - La Table servie, verset 54 - Mohamed, verset 25 - Les Abeilles, verset 106 - La Famille de 'Imran, versets 86/87 - Les Femmes, verset 115 et 137.

Dans ces versets, il est indubitable que l'apostasie est une affaire entre Dieu et sa créature; et si Dieu la juge en termes terribles, il n'y réserve aucun châtiment terrestre, le renvoyant dans l'au-delà. Aussi, nul n'a le droit de contraindre le Musulman à ce qu'il peut croire, quel que soit le moyen de contrainte, Dieu donnant en cela lui-même l'exemple.

Certes, Dieu anathémise l'apostat parmi ses créatures et le menace de sa colère et de finir dans l'enfer, mais il ne le condamne toutefois pas à être mis à mort; c'est qu'il garde largement ouvertes les portes au repentir. En cela, l'Islam démontre son insistance à veiller à exhorter à ce que la foi soit libre et le reste, rien n'empêchant l'apostasie sinon la conscience et la barrière morale personnelle. Sans quoi, la liberté humaine d'adorer Dieu est bien pervertie.

La parole suivante de Dieu confirme cette orientation et la résume éloquemment: "Appelle les hommes dans le chemin de ton Seigneur, par la Sagesse et une belle exhortation; discute avec eux de la meilleure manière." (1)

Dans les versets cités ci-dessus, le terme apostasie est assez expressément cité, sans aucune mention de prescription de châtiment prévu pour l'apostat ou un tourment encouru ici-bas. Il en va de même dans des versets où l'apostasie est juste mentionnée par le sens, comme le verset 55 de la sourate La Lumière.

Il n'est donc du droit de personne - le Prophète lui-même en ayant été empêché - de s'opposer à la liberté personnelle de quitter une religion, sauf s'il s'agit d'une entreprise politique au sens que nous avons spécifié, qui est la variation dans la religion en tant qu'ordre étatique. C'était l'apostasie ainsi que connue dans l'histoire arabe islamique, c'est-à-dire une action rêvant à défier l'État et ses institutions, une contestation de sa constitution et de ses autorités légitimes. (2)
     
L'apostasie - variation dans la Sunna 

Le châtiment de l'apostasie, dans son sens de variation en religion, est indubitable dans la tradition avérée du Prophète. Il est établi sur la base de deux dires:

  • "Quiconque varie dans sa religion est à mettre à mort." (3)
  • "Il n'est point possible d'attenter à la vie de quiconque professant que Dieu est unique et que je suis le Prophète de Dieu que dans l'un des trois cas: l'adultère marié, l'homicide et celui qui quitte sa religion, désertant le groupe." (4)

Cette sentence établie en matière d'apostasie a été rendue par le Prophète de sa vie et ses compagnons y sont conformés. Toutefois, le sens donné à l'apostasie ici n'est pas celui que nous avons relevé dans le Coran, car il est dans la Sunna au sens de la variation, impliquant une altération intentionnelle de la religion et une déviance de ses principes ainsi que la violation ouvertement voulue de la paix civile.

C'est que l'apostat dans les propos de l'envoyé de l'Islam est bien celui qui modifie sa religion; il n'est donc pas cet individu visé par le Coran, qui change de croyance pour des raisons personnelles et des convictions ne regardant personne d'autre que lui. Ce dont parle la tradition prophétique, c'est plutôt du groupe en insurrection contre l'État islamique, refusant l'obéissance à ses commandements comme le paiement de l'aumône légale, et puis s'attaquant à l'autorité publique en cherchant à la renverser.     

L'apostasie dans la Sunna est synonyme de la haute trahison qui impose la peine capitale; aussi la sentence est-elle la mort pour l'apostat, tout comme c'est le cas jusqu'à nos jours pour qui trahit son pays, y compris dans les États démocratiques, sauf si la peine de mort y a été abolie. (5)
      
L'apostasie dans la tradition prophétique emporte donc le sens de la variation, l'adaptation et la métamorphise, ce qui implique la déviance par rapport à l'État que fonde cette religion qu'on modifie, le complot contre sa sûreté et la guerre livrée aux autorités qui en ont la charge.

L'apostasie - variation dans la jurisprudence 

En application de la tradition avérée du Prophète, les docteurs de la loi ont été unanimes sur la nécessité de la mise à mort de l'apostat qui varie sa religion et l'altère. En cela, il est l'équivalent de nos jours de l'auteur d'un coup militaire qui renverse l'ordre établi ou du responsable de haute trahison pour son peuple.

D'ailleurs, afin de s'assurer que l'intention de l'insurrection contre l'ordre et de la trahison de la patrie est bien déclarée, les jurisconsultes ont prévu une procédure préalable. En effet, ils gardent la porte ouverte à l'autocritique pour l'insurgé contre les pouvoirs publics en l'engageant à revenir à Dieu.

De telles précautions mettent l'accent sur l'importance de la liberté en islam, car elle reste bien son fondement, même à l'occasion d'une situation grave comme la révolte contre l'ordre, l'immunité pour le Musulman étant à espérer jusqu'au terme de la vie. (6)

À suivre

NOTES:

(1) Les Abeilles, verset 125.

(2) On en a confirmation dans ce que dit Ibn Al Qayim dans I'Iâm al-Muaqqi'yin 3/339.

(3) Cf. Boukhari. À noter qu''on a contesté la véracité de ce hadith.

(4) Cf. Mouslem.

(5) L'islam ne s'oppose pas à l'abolition de la peine de mort, seul Dieu étant habilité à reprendre la vie qu'il donne.

(6) L'imam Ibn Taymia le confirme dans Assarim al-Masloul ala Châtim arrassoul, p. 321.

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