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De l'immoralité du projet de loi de lutte contre les violences aux femmes

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Le nouveau projet de lutte contre les violences faites aux femmes est parfaitement immoral; et il est d'autant plus qu'il est présenté par un gouvernement dont le chef se targue de ses qualités éthiques. Car l'objectif avéré de ce texte, quoique caché, est de chercher à détourner l'attention de la seule et plus grave violence faite aux femmes dans notre pays, une violence qu'on ne veut même pas éradiquer: c'est bien évidemment celle de l'inégalité successorale!

Un projet immoral

Tout un chacun sait que la morale n'est que cet ensemble de règles à respecter pour avoir un comportement de dignité. Or, quelle dignité dans le projet du gouvernement qui détourne l'attention du principal pour se concentrer sur l'accessoire. C'est en cela que réside son immoralité!

Qu'est-ce qui est donc plus important aux yeux de notre gouvernement: la lutte contre la violence morale de l'inégalité en droits citoyens de la femme ou contre cet épiphénomène du harcèlement qui n'a de sens que dans une société égalitaire et qui se nourrit justement d'une telle inégalité érigée en dogme religieux?

Le projet gouvernemental est immoral aussi, car il n'est en rien adapté aux moeurs de notre pays où il n'y a pas à proprement parler de harcèlement, plutôt des attitudes masculines, certainement excessives parfois, mais ne relevant pas moins de la mentalité machiste de la société légalement entretenue et aussi de la convivialité méditerranéenne.

Aussi, il ne sert absolument à rien pour agir sur cette mentalité et la changer de s'attaquer aux effets dans la société des lois scélérates, il faut d'abord abolir de telles lois qui sont à la source des comportements à bannir. Par exemple et surtout l'inégalité successorale ou encore ce texte moyenâgeux permettant le test de virginité.

En effet, de tels textes n'alimentent pas seulement les comportements mis au pilori aujourd'hui, mais les justifient aussi et ce au nom de la morale et de la religion qui plus est. Assurément, ils disparaîtront si l'on s'attaquait à leur cause.

Or, un projet de loi existe au parlement pour réaliser l'égalité successorale, mais dont se désintéresse royalement le gouvernement. Qu'il commence au préalable par le voter, et il pourra ensuite s'attaquer aux questions folkloriques comme celles traitées par ce projet de loi.

Un projet folklorique

Ce projet est non seulement immoral, il est aussi et surtout de pur folklore, car ne faisant que singer ce qui se fait en Occident, ayant juste pour but de soigner à la surface l'image du pays.

C'est, au demeurant, une politique bien rodée utilisée par l'ancien régime qui multipliait les textes de pure façade, juste pour ripoliner une triste réalité qu'on ne veut ni voir ni laisser voir ou modifier et ce à la couleur juridique de textes relevant de ce droit de bois qui est de la même veine que la fameuse langue tant décriée.

Avec une telle loi, on cherche le prétexte de pouvoir demain se pavaner dans les instances et manifestations internationales même si ce texte n'est qu'un cache-sexe ne cachant plus rien.

C'est donc du plus mauvais folklore qui ne représente même pas l'âme du pays qui est, pour qui la connaît vraiment, foncièrement égalitaire, respectueuse de la femme et de sa valeur éminente bien qu'en apparence machiste du fait de l'environnement légal qui seul l'est.

Car la Tunisie est d'abord femme et son avenir sera féminin ! Alors, osons donner à la gent féminine ses droits intangibles avant de chercher à la protéger par des mesures qui singent un Occident où la femme est depuis longtemps la parfaite égale de l'homme.

Un projet néfaste

Ce projet est également néfaste pour les droits et libertés des Tunisiens, car sous couvert de protection de la femme, qu'on maintient légalement inférieure et soumise, il donne plus de pouvoirs aux forces de l'ordre pour brimer la jeunesse masculine. Or, son supposé harcèlement à l'égard des femmes est généralement innocent traduisant juste une manière de lutter contre sa propre condition d'infériorité en faisant des sous-citoyens.

Aussi, ce projet de loi brimera encore plus nos concitoyens en leur imposant des obligations et des contraintes somme toute farfelues n'ayant pour but que de mieux imposer l'ordre des lois liberticides d'ancien régime qui entendent assurer le contrôle des autorités sur la société dans un État loin d'être de droit.

Pour avoir véritablement une morale du devoir et de l'obligation éthiques, on doit d'abord avoir une société de droits et de libertés; cela nécessite aujourd'hui que la femme soit la parfaite égale de l'homme de par la loi.

C'est bien honteux de se détourner de cet impératif catégorique de l'éthique en se limitant à se consacrer à un texte aussi inutile que celui qu'on nous propose et que l'on doit remiser jusqu'à ce que l'on ait assuré la parfaite égalité de la femme avec l'homme en Tunisie. Et cela passe forcément d'abord par l'égalité successorale et aussi par l'abolition des lois scélérates dont regorge le Code pénal.

Alors, à quand un gouvernement véritablement éthique pour faire ce qu'attend le peuple depuis presque six ans maintenant : l'abolition des lois d'ancien régime pour la concrétisation des acquis de la Constitution, toujours lettre morte, dont notamment la parfaite égalité entre les citoyens?

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