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De l'autoritarisme en Tunisie (1/2): Rien de nouveau sous le soleil!

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La sagesse antique reprise dans l'Ecclésiaste de la Vulgate (chapitre 1, verset 9), affirme avec raison: Nihil novi sub sole, ainsi que le traduit le titre. C'est aussi le cas en Tunisie et il est donc temps de tenir un langage de vérité.

Ce que vit la Tunisie est si rare qu'il n'autorise que le meilleur devenir au prix du courage de le vouloir, quitte à risquer gros ou la pire des régressions en se contentant de vivre à l'antique selon le conformisme logique ambiant.

Or, la terre de Tunisie est ardente avec une riche spiritualité et un peuple qui est dans son écrasante majorité, consciemment ou inconsciemment, voluptueux dans sa volonté de vivre et croquer la vie à belles dents. Aussi mérite-t-elle le meilleur des sorts!

Une originalité bradée

Pourtant, on n'a rien fait depuis le 14 janvier qui aille vraiment dans le sens des exigences populaires, car ce que je qualifie de Coup du peuple a consisté en une volonté de vivre librement et dignement.

On sait que c'est en tenant compte de telles exigences par une poignée d'hommes aussi libres qu'intrépides des forces de Sécurité, restés fidèles à leurs origines populaires et donc patriotes, que la bascule des événements qui s'accéléraient en Tunisie a eu lieu au profit du peuple.

Depuis cette bascule salutaire, on a tout fait pour revenir au statu quo ante, celui d'une dictature souriante, certes, mais liberticide dont les abus étaient facilités dans un pays où tout se fait sans bruit, par tact chez le peuple et par hypocrisie chez la classe qui entend le diriger.

C'est là assurément l'originalité première de notre pays: on sait relativiser tout, y compris le pire, l'autoritarisme. De savoir incorporé, on sait, en effet, que le mal s'homéopathise et qu'il est d'autant plus nécessaire qu'il ne peut durer. Car le tragique de la vie suppose aussi un aspect dramatique à dépasser par un militantisme de tout instant dont la responsabilité revient toujours à une minorité prête à se sacrifier pour le plus grand nombre.

Pour l'autoritarisme inévitable entre les hommes qui retrouvent si facilement leur nature animale de loups entre eux, j'oserais prendre l'exemple de nos gouvernants, passés et présents, depuis la révolution, qui continuent d'user de cette langue de bois qui n'a plus cours chez le peuple, croyant pouvoir rétablir la dictature dont ils ont soigneusement préservé non seulement la pratique, mais aussi l'arsenal juridique répressif pour s'en servir, servir leurs propres ambitions.

Pour le militantisme, je me ferais violence en citant dans la deuxième partie de cet article mon propre cas, défenseur au sein même de l'Administration de l'État de droit et des valeurs humaines contre les torts et les travers de la dictature, ce qui me valut d'être rayé du corps diplomatique par un des détournements de procédure qui était monnaie courante sans avoir à ce jour réussi à obtenir mon légitime droit de réintégration.

Or, malgré une telle anomalie, je continue à agir en silence, sans trop d'agitation ou de manifestations médiatiques, le vrai militantisme en Tunisie ayant du panache et la dignité de la nécessaire distance avec la moindre vanité.

Une telle originalité est bien grosse des plus glorieuses réalisations; et c'est elle que continuent de brader ceux qui ont occupé les instances du pouvoir depuis la révolution.

Une dictature maintenue

Qu'a-t-on fait réellement dans le sens des volontés populaires depuis le Coup du 11 janvier? Rien, sinon ce qu'on ne pouvait éviter, soit le strict nécessaire pour dissimuler une volonté affichée de gouverner en autocrates.

La justice a-t-elle été rendue à ceux qui la demandaient et la méritaient? Les lois de la dictature ont-elles été abolies?

Même ceux qui se prétendaient être des militants au service de l'humanisme et les droits de l'Homme ont oublié leurs valeurs pour s'adonner à une honteuse politique politicienne, pactisant avec le terrorisme mental des dogmatiques de tous bords, religieux et laïques.

Aujourd'hui, on a un président et une majorité supposés élus pour rétablir l'État de droit dans une société de doits. Que fait-on? On laisse l'arsenal juridique scélérat en l'état se souciant juste de renforcer les lois répressives, oubliant même engagements et promesses électorales.

Certes, la situation que vit la Tunisie avec le terrorisme qui la menace exige un État fort; mais est-ce avec plus d'autoritarisme, moins de libertés pour le peuple que notre État sera plus fort?

On sait que c'est l'État de droit que veulent abattre les terroristes, et que l'État n'est vraiment invincible qu'avec le peuple serré autour de ses dirigeants en qui il a totale confiance. On en est bien loin et de telles lois sont de nature à continuer de saper une confiance faisant cruellement défaut. Car elles ne font qu'opposer encore plus l'État et ses agents conditionnés par une mentalité autoritaire à la société et à une jeunesse éprises d'un élan libertaire.

De plus, fait-on ce qu'il faut réellement contre le terrorisme mental qui alimente celui dont nous souffrons matériellement? Ce terrorisme mental a pourtant des manifestations graves dans ce qu'on voit et entend comme exclusion d'autrui, haine et même appels au meurtre.

Or, tant qu'on n'aura pas sévi contre de telles infractions au vivre-ensemble, tant qu'on n'aura pas rendu justice à ceux qui la réclament, tant qu'on n'aura pas eu recours aux compétences désintéressées écartées à tort et abusivement du service de la patrie, rien de nouveau ne verra le jour sous le beau soleil de Tunisie.

C'est bien triste, rageant même; mais n'est-ce pas ce que veulent nos dirigeants et leurs partenaires d'Occident et d'Orient accrochés à un ordre des choses pourtant obsolète?

À suivre ...

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