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Daech, Wahhabisme et leurs accointances avec l'Occident

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L'Occident est supposé combattre Daech, mais fait-il vraiment tout pour cela? Ne serait-il pas à l'origine de cette horreur dont la réalité ne se réduit pas à l'apparence que l'on a?

J'ai déjà rappelé la genèse de cette monstruosité; élargissons la question en tentant une archéologie dans les idées des faits politiques loin de l'esprit du temps de conformisme logique.

Les dessous de Daech, fondamentalisme sunnite

Daech est une déclinaison calamiteuse de l'Islam majoritaire, le sunnisme. Au vrai, il n'est qu'un wahhabisme extrême. Il n'est d'ailleurs un secret pour personne que les monarchies intégristes du golfe, particulièrement, sont wahhabites.

Ces derniers lui ont apporté un soutien actif; ayant permis l'émergence de ce qui ne serait, au final, qu'un avatar de l'Islam intégriste wahhabite.

Or, le plus grand soutien des régimes wahhabites est le gendarme du monde occidental!

Le wahhabisme est une instrumentalisation de la religion

L'émir Mohammad Al Saoud de l'oasis d'Arabie, l'ancêtre des wahhabites, Dariyah au Nedjd, a instrumentalisé la doctrine rigoriste et rétrograde de Mohammed Ibn Abdelwahhab.

Il a réussi à dominer les tribus de la péninsule en se donnant une légitimité religieuse usurpée. Cela a été facilité par le contexte régional marqué par la domination étrangère turque.

Usant à fond du prêche pour une doctrine ostentatoirement puritaine, caressant dans le sens du poil l'instinct libertaire arabe, le chef tribal a réussi à réunir sous sa bannière, contre l'occupant turc, des tribus arabes toujours attachées à leurs libertés.

Le wahhabisme a failli disparaître

Ce nouveau pouvoir est resté fragile; il a même failli disparaître sous les coups que lui a portés Mohamed Ali, vice-roi d'Égypte, au service de son suzerain ottoman.

Ce fut notamment le cas après la profanation dont ils se sont rendus coupables de villes saintes comme Kerbala en 1801, La Mecque et Médine en 1803 et 1806.

En 1914, à la suite d'une campagne commandée par l'un de ses fils, le Khédive réussit à défaire les Saoudiens, tuant leur chef, Abdelaziz ibn Mohammed Al Saoud à Taïf. Son oncle et successeur Abdallah déposa les armes l'année suivante selon un traité lui permettant de rester au pouvoir à Dariya.

Un autre fils du Khédive finit par détruire cette capitale le 3 septembre 1818, fusillant le petit-fils de Mohammed Ibn Abdelwahhab, l'imam Soulaymân, et envoyant Abdallah Ibn Saoud à Istanbul se faire décapiter; son corps y fut exposé en place publique.

Le wahhabisme est une création occidentale

Après cette défaite sanglante, des membres de la dynastie Saoud réussirent malgré tout à rester en vie, parvenant même à recréer leur État en 1824 à Riyad, mais ils perdirent le pouvoir en 1892 en faveur du clan rival des Al-Rachid qui profita de leurs divisions, bénéficiant de l'aide turque.

Cherchant à déstabiliser son rival, l'Empire ottoman, l'Empire britannique entra alors en jeu, usant du wahhabisme à ses propres fins géopolitiques, lui permettant de reconquérir Riyad et tout le Nejd entre 1902 et 1912.

C'est grâce à ce soutien que les saoudites s'emparèrent du Hedjaz, de La Mecque et de Médine en 1924 et de Jeddah l'année suivante. Et c'est sous la férule britannique que le Royaume d'Arabie Saoudite vit le jour le 22 septembre 1932.

Ce fut ce qu'on appela la révolte arabe, soutenue sinon mise sur orbite par le Royaume-Uni, qui a été donc à l'origine de l'État wahhabite intégriste. Et c'est à la suite du boom pétrolier que le wahhabisme s'imposa sur la scène internationale en puissance reconnue.

Cela a été une conséquence du pacte signé sur le croiseur USS Quincy, en février 1945, entre le roi Abdelaziz Al Saoud et le président Roosevelt, garantissant la protection américaine à la dynastie contre l'accès américain au pétrole du royaume.

Le wahhabisme est la tradition judéo-chrétienne en Islam

La pérennité du royaume saoudite est donc l'oeuvre des Américains. Leur appui à la dynastie rigoriste n'a jamais été renié, même quand les Saoudiens se sont illustrés en soutenant le terrorisme international à la faveur d'une lecture caricaturale de l'Islam.

Il est bien évident que sans la tolérance américaine fermant les yeux sur une réalité crevant pourtant les yeux, les pétrodollars n'auraient pas été aussi facilement mis au service de l'intégrisme islamiste.

La raison véritable de ce fait ahurissant tient au fait que cet islamisme n'est qu'une déclinaison grossière de la tradition judéo-chrétienne infiltrée en Islam, cette même tradition désormais rejetée en Occident à la faveur des acquis démocratiques et séculiers, mais qui est un marqueur de l'inconscient occidental.

Une nouvelle guerre de Religion

L'Islam est venu contester l'hégémonisme judaïque et surtout chrétien en Arabie. Il a été une révolution mentale grâce à un esprit tolérant, libertaire même pour l'époque.

Cela ne pouvait convenir et on a vite assisté à la réintroduction de la conception répudiée de la Bible en Islam sous forme d'interprétation rigoriste. Ibn Khaldoun n'a-t-il pas déjà relevé que les savants en Islam étaient dans leur quasi-majorité non arabe?

De fait, les jurisconsultes musulmans avaient un imaginaire dominé par la tradition judéo-chrétienne, plus particulièrement judaïque, à laquelle ils n'ont pu échapper, sauf dans de rares cas, qui furent ceux des premiers soufis. Ce qui fait que la lecture soufie de l'Islam reste la seule authentique de l'esprit premier de l'Islam.


Les liens évidents existants entre le terrorisme et le banditisme en général, d'une part, et le terrorisme intégriste et le banditisme institutionnalisé d'État, d'autre part sont désormais avérés.
Cette connivence, sinon complicité active, est la parfaite illustration d'une nouvelle guerre de Religion dont la gravité est encore plus grande que ce que l'histoire a connu.

Outre les dogmatiques intégristes, elle s'alimente de munitions inédites. D'une part, de Musulmans se disant modernistes, mais ne voyant pas les turpitudes d'une doxa occidentale au fond judéo-chrétien réactivé. D'autre part, des penseurs de talent, mais au tropisme islamophobe flagrant, ne faisant que servir consciemment ou inconsciemment la cause du diable au nom de Dieu, qu'il soit celui qu'on prétend connaître ou son avatar profane.

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