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Compétences et incompétence aux Affaires étrangères: Pour une diplomatie de mission!

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Le ministre des Affaires étrangères, Mongi Hamdi, est une compétence nationale et même internationale, nul n'en doute; seulement, à la tête de son département, il ne nous a pas montré encore l'étendue de cette compétence. Bien pis, elle semble se dissoudre dans l'incompétence généralisée; or on sait quel point atteint la force de l'inertie.

Constat d'incompétence

Certaines mauvaises volontés actives dans nos administrations entendent maintenir une chape de plomb sur le ministère, étouffant la moindre bonne volonté prête à servir notre pays qui en a le plus besoin.

Ainsi, rien de consistant n'a été encore fait pour remplacer les incompétences notoires qui violent l'esprit de compétence de la diplomatie tunisienne. Nombre de compétences avérées demeurent sur la touche quand elles ne sont pas ignorées, dont l'existence est même niée. Il en est, parmi elles, qui ont été brimées par l'ancien régime, et qui le sont à ce jour en violation du droit et de la morale.

Qu'on en juge avec un exemple personnel que j'évoque en témoignage de l'incompétence de nos compétences que je fais de nouveau par voie de presse avant de saisir la justice afin que, devant le tribunal ou l'opinion publique, raison et justice triomphent.

Injustice flagrante

Diplomate de profession, entré en diplomatie sur concours où j'étais classé second, sur mon seul mérite, loin devant nombre de compétences reconnues aujourd'hui (comme le Conseiller diplomatique du président du gouvernement) ou hier (le secrétaire d'État du gouvernement Caïd-Essebsi).

Pourtant, à ce jour, je ne retrouve pas mon droit à servir mon pays, ne serait-ce qu'en tant que compétence avérée. Or, militant des valeurs depuis toujours, j'ai servi les droits de l'Homme sous l'État de non droit, y compris dans l'antre du diable, ayant osé afficher mon attachement à la légalité et aux valeurs humanistes niées et malmenées dans le pays. C'est ce qui m'a valu, en 1996, d'être rayé du corps diplomatique par une entourloupe prenant faussement, comme c'était la règle, la forme d'une légalité viciée et vicieuse.

Si j'ai consacré ma liberté retrouvée à un devoir filial, accompagnant l'Alzheimer de ma mère jusqu'à son départ à la veille de la Révolution, j'entends aujourd'hui me dévouer à mon pays, lui apportant mon expérience à soigner l'Alzheimer politique qui ronge les élites d'un peuple bien sain.

L'injustice est toujours constituée et les gouvernements successifs refusent de la lever au prétexte que l'Administration, la nouvelle s'alignant sur les turpitudes de l'ancienne, prétendant ne s'être jamais trompée. On sait bien que l'administration de la dictature ne se trompait jamais, surtout quand l'injustice est flagrante.

Je ne demande pourtant ni réparation financière ni rétribution, ma seule ambition étant de retrouver mon droit pour le devoir de servir un peuple et un pays au moment où ils ont le plus besoin de la moindre bonne volonté pour contrarier l'action néfaste des incompétences notoires violant et violentant l'esprit de la révolution, le renouveau de la Tunisie.

Diplomatie informelle de mission

Aussi, depuis la formulation de ma requête en février 2011, je ne me suis pas retenu d'essayer de servir ce pays, mettant indirectement à son service mon expérience et mes connaissances.

Je pratique une diplomatie informelle en attendant de pouvoir le faire formellement. C'est une diplomatie de mission, ce que doit être celle de la Tunisie révolutionnaire.

Voici un pan du système que je propose sur le plan des rapports internationaux, en opposition totale avec l'esprit conformiste actuel. Il s'agit des axes d'une diplomatie en congruence avec l'âme du peuple, en résonance avec ses exigences, l'esprit du coup du peuple ce cri d'espoir et de désespoir à la fois. Elle est aussi de son temps, une diplomatie postmoderne, qu'il urge de mettre en œuvre en une Tunisie, expression basique de la postmodernité.

Au plan méditerranéen:

Je milite pour un espace de démocratie méditerranéenne, possiblement francophone en étape préliminaire. Les entraves à la circulation des humains doivent être levées en acquis imposé par la maturité politique du peuple tunisien et de sa société civile. Cela se fera sous le régime du visa biométrique de circulation, délivré gratuitement aux Tunisiens et renouvelé automatiquement.

Une telle formule est respectueuse des réquisits sécuritaires ainsi que des droits de l'Homme dans sa manifestation éminente de liberté de circulation. On ne peut continuer d'appeler à la libre de circulation des marchandises en la refusant aux hommes, créateurs des richesses; c'est contraire à la morale et à l'esprit du libéralisme de l'Occident.

Cela intégrera aussi la Tunisie à une aire de civilisation à ériger en Méditerranée et dans le monde en encourageant les évolutions démocratiques dans les moins mauvais représentants de l'Orient - la Tunisie en étant l'incarnation - et le meilleur d'Occident. Cela aidera à faire évoluer la politique migratoire européenne en Méditerranée, aussi inefficace que contraire aux valeurs même de l'Europe.

Au plan arabe :

La Tunisie renouera avec le meilleur de la tradition politique de Bourguiba en incarnant, pour la cause palestinienne, le rôle du "juste de voix et de voie". Elle appellera au retour à la légalité internationale, celle du partage de 1947, qui ne profite qu'à l'État d'Israël du fait de l'impéritie arabe. Loin de s'aligner sur l'agitation idéologique marquant les esprits en la matière, la Tunisie doit revenir aux fondamentaux de sa diplomatie en appelant à une reconnaissance de l'État d'Israël dans sa seule forme légalement possible du partage international. C'est ainsi et ainsi seulement qu'on agira efficacement pour une paix globale dans la région.

Au plan islamique :

La Tunisie n'a pas vocation d'être à la remorque des États musulmans qui violent l'islam, le réduisant à un culte particulier obscurantiste quand il est une religion universelle rationaliste. Ayant réussi à fonder un État civil, elle doit s'employer à en exporter une vision apaisée qui donne la meilleure interprétation de sa spécificité en tant que religion et code de vie. Culte pour la vie privée, l'islam est une culture dans la vie publique; c'est une cult(e)ure, incarnation du vivre-ensemble démocratique.

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