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Commandements bourguibiens pour ramadan et l'État civil

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Stop à l'hypocrisie!

Ramadan est là et l'hypocrisie habituelle l'accompagne. Celle des religieux qui font semblant de pratiquer un islam tolérant tout en versant dans l'intolérance d'apparences trompeuses. Or, en islam, il n'est nulle place à l'affectation, cette religiosité qui n'est qu'une foi vide.

Hypocrisie aussi de la part de ceux qui prétendent honorer le legs bourguibien en tolérant les pires avanies à lui faites par une telle religiosité faisant se retourner Bourguiba dans sa tombe.
Il est temps de revenir à l'esprit du fondateur de la Tunisie moderne, un esprit bourguibien rejoint le concept d'État civil consacré par la Constitution.

Commandements pour ramadan

S'il est un comportement social combattu par Bourguiba dans sa pratique de politique aux lettres de noblesse, ce fut surtout cette jonglerie de foi mâtinée de politicaillerie, instrumentalisant la religion à des fins de basse politique.

Voici donc deux commandements à mettre en pratique à l'occasion de ramadan pour en faire un mois de foi crédible.

Consacrer concrètement la liberté de ne pas jeûner

On ne le dit pas assez, l'islam n'oblige nullement à jeuner d'une manière absolue au risque de faillir à des devoirs impérieux ou d'attenter à la santé, personnelle comme publique. Bourguiba est allé jusqu'à oser boire en plein ramadan afin d'insister sur la nécessité de préserver la santé économique du pays.

Or, la Tunisie est au plus mal et ce mois de ramadan arrive en une saison caniculaire qui incitera nombre de jeûneurs à délaisser le travail. Qu'ils choisissent plutôt de travailler, rompant le jeûne pour l'intérêt général!

Que les responsables de ce pays, surtout religieux, osent le leur dire! Que les autorités, pour le moins, donnent des instructions pour qu'on ne cherche pas noise aux cafés et aux restaurants d'ouvrir en pleine journée comme avant ramadan! Ainsi enverront-ils un signe concret pour ceux qui souhaiteraient travailler et ne pas jeûner, mais n'oseraient pas le faire de peur des représailles!

Liberté de vente et de consommation de l'alcool

Il est temps d'en finir avec le mythe d'interdiction de boire ou de commercer l'alcool, notre religion n'interdisant que l'ivresse. Que ce principe soit donc rappelé et consacré symboliquement en ce mois du jeûne afin de manifester de la meilleure façon l'autorité de l'État!

En islam vrai, tout est question d'éducation et de savoir boire, nullement d'interdiction, cause de tous les maux de notre société en matière d'alcool. Doit-on rappeler que le commerce est libre et protégé en islam, ne devant pas être contrarié, tout comme la liberté du fidèle de choisir ou non de boire, sachant que sa seule obligation est de ne pas s'enivrer, surtout pour s'acquitter de la prière?

N'est-ce pas le devoir de nos politiciens, notamment ces religieux qui se prétendent modérés, de rappeler une telle vérité? Sommes-nous meilleurs que le prophète ou l'ange Gabriel? Doit-on rappeler aux mémoires courtes que lors du Voyage nocturne, le messager de Dieu s'est vu offrir par l'Esprit saint deux coupes, l'une contenant du lait - qu'il a choisie - et l'autre du vin? Si le vin était interdit, l'aurait-on seulement proposé au prophète? On voit bien à quel point font du tort à l'islam les zélotes qui vont jusqu'à interdire que le croyant touche à l'alcool, comme s'ils se croyaient supérieurs à l'ange Gabriel!

Commandements pour l'état civil

Ce sont là deux commandements dont la portée symbolique est de nature à revivifier un imaginaire anesthésié par une religiosité coupable, levant les feins qui bloquent notre évolution par le vivre-ensemble démocratique.

Ils doivent être suivis par deux autres pour le moins mettant en oeuvre, aussitôt passé ramadan, le concept actuellement vide de tout contenu de l'État civil.

Pareillement aux précédents, ces deux commandements touchent aux domaines sensibles dont on veut pas parler malgré leur portée évidente sur un mental pollué par une religiosité qui se daéchise jour après jour, défigurant l'islam.

Suspension des appels à la prière sur les ondes publiques et de l'appel du matin par mégaphone

Il est inadmissible dans un État civil d'imposer l'appel à la prière sur des ondes publiques appartenant à tous les Tunisiens. Or, ceux qui payent la redevance sont aussi musulmans que non-musulmans, autant des pratiquants que des non-pratiquants. On ne peut laisser durer une telle hérésie n'ayant pas cours du temps de Bourguiba et ne devant plus être tolérée de qui se réclame de son héritage.

Car la pratique du mégaphone à partir des minarets suffit amplement pour qui veut être appelé à la prière. D'ailleurs, le musulman soucieux de s'acquitter de son principal devoir a-t-il besoin qu'on l'y appelle?

Il ne s'agit ici que d'une violence morale contraire à l'esprit de l'islam. Et il en va de même pour l'appel matinal lancé par mégaphone qui perturbe le sommeil des enfants, des malades et des travailleurs de nuit; aussi doit-il être suspendu. Car dans la foi véritable, un commandement dont l'effet est plus pernicieux que bénéfique doit être aboli au nom de l'islam même!

Liberté de se dénuder en contrepartie logique au voile intégral

Rappelons qu'il n'est nul voile qui soit islamique, étant plutôt judaïque ou chrétien, car il n'existe pas de prescriptions religieuses en la matière en islam où les versets ne relèvent que des règles de tenue décente conforme à une pratique sociale.

Aussi, si le droit au voile intégral déjà contraire aux habitudes de notre pays doit être accepté, il impose ipso facto son corollaire consiste à se dénuder, y compris intégralement. Dans notre pays aux plages multiples et en cette saison estivale, cela fonderait la liberté de créer, par exemple, des endroits réservés aux nudistes. Imagine-t-on le coup de fouet que cela donnerait au tourisme?

Et que les prudes ne nous parlent pas de morale, car notre société est loin d'être pudibonde ni l'islam qui ne fait pas péché de la nudité. Ainsi, le premier pèlerinage de l'islam triomphant s'est fait selon la tradition arabe, tous les pèlerins faisant nus la circumambulation, hommes comme femmes. Ce ne sont que les jurisconsultes qui ont introduit par la suite la tradition judéo-chrétienne consistant à se couvrir.

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